‹ Les médications psychologiquesChapitre 18 sur 123 · Mark Twain, Christian Science, Leipzig · texte numérisé non relu

Mark Twain, Christian Science, Leipzig

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m L\ RECHERCHE DE L'ACTION MORALE

est évidemmcat un peu chargée, mais les tons en restent très justes. Le héros du livre vient de faire une chute grave dans les montagnes, il est ramené tout couvert de terribles contusions et les membres fracturés. Une femme qui pratique la Christian science est amenée auprès du blesse, non sans peine, car elle voulait le traiter de loin par « absent treatment ». Elle n'examine aucunement les blessures, mais elle reproche durement au malheureux ses gémissements de souffrance : « Vous ne devez pas sentir de douleur, lui dit-elle, car la douleur n'existe pas et parler de choses qui n'existent pas comme si elles existaient, c'est une contradiction absurde. La -matière n'a pas d'existence, rien n'existe que l'esprit, et l'esprit ne peut pas ressentir de douleurs, tout au plus peut-il l'imaginer faussement. — Mais, dit le blessé, si l'on souffre tout autant. — Cela n'est pas, une chose qui n'est pas réelle ne peut exercer les fonctions de la réalité ; la douleur est irréelle, donc la douleur ne peut pas faire souffrir. » En avançant à grands pas au travers de la chambre, la doctoresse a marché sur la queue du chat qui proteste par un juron désespéré et le blessé de murmurer avec timidité : « Est-ce que l'opinion du chat sur la douleur peut être considérée comme valal)le ? — Un chat n'a pas d'opinion, les opinions ne viennent que de l'esprit et les animaux étant éternellement périssables n'ont pas été gratifiés d'un Esprit, ils n'ont donc pas d'opinion. — Alors, il s'est seulement imaginé qu'il sentait une douleur, le chat? — Paix là, le chat n'a pas d'imagination... ce sont vos imaginations à vous qui sont vides et folles. — Je suis martyrisé par des douleurs imaginaires, soit; mais je ne pense pas que je pourrais souffrir davantage si elles étaient réelles. Que dois-je faire pour m'en débarrasser? —Vous n'avez pas à vous débarrasser d'elles puisqu'elles n'existent pas ; ce sont des illusions propagées par la matière et la matière n'a pas d existence. — . Mais si la matière n'est rien, comment peut-elle propager quelque chose? » Dans sa compassion elle eut presque un sourire, elle eût souri complètement si le sourire eût été quelque chose : « C'est tout à fait simple, dit-elle, les quatre propositions fondamentales de Christian science expliquent cela très bien : i" Dieu est tout dans tout ; 2° Dieu est le l)ien, le bien est esprit ; 3" Dieu, l'esprit étant tout, la matière n'est rien ; 4" la vie, le Dieu toutpuissant, le bien contredisent la mort, le mal. le péché, la maladie : ces propositions sont évidentes, même lues ;i l'envers, mêuio

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lues dans tous les sens... Voilà, maintenant vous comprenez tout. » Le malade complètement abasourdi finit par répéter avec la doctoresse toutes les formules et s'affaisse en murmurant : « C'est étonnant. » Comme la guérisseuse lui demande en payement 23li dollars, il essaye de lui donner un chèque imaginaire, mais elle exige des dollars substantiels, ce que le pauvre blessé trouve inconséquent.

11 y a évidemment beaucoup de vrai dans cette description humoristique: ni les médecins « scientists », ni leurs pauvres malades ne comprennent un mot à ce qu'ils disent. Ce sont de part et d'autre de vagues bégaiements sur Dieu, l'esprit, la matière, le péché, la maladie, la santé, l'harmonie, la négation de l'erreur, etc. Mais il rie faut pas oublier que ces vagues et absurdes déclamations ont réussi à fonder des cathédrales et à soulager des millions d'hommes. Le dernier chapitre de « Science and health )), intitulé « Fruitage, la récolte » contient la description de 80 observations des guérisons les plus remarquables et de nombreuses lettres de remerciements et d'actions de grâce. Ces observations sont choisies parmi la grande quantité de documents de ce genre que le Journal publie incessamment. Dans ces observations, il s'agit de la guérison d'une foule de maladies de toute espèce depuis la migraine,- la constipation, l'alcoolisme, l'eczéma, la cataracte, jusqu'à la folie, . l'épilepsie, les lésions des valvules cardiaques, les cancers, la consomption du poumon réduit à « l'état de papier mouillé et entièrement restauré « ; il v a même des cas de « chirurg-ic mentaie )) où l'on voit que des bras cassés se sont recollés tout de suite. Ajoutons qu'il ne s'agit pas seulement des maladies, mais que les troubles de la conduite morale, les vices et les péchés sont également supprimés d'une manière radicale : « le péché comme la maladie n'est qu'illusion et le réveil de ce rêve mortel nous conduit à la santé, à la sainteté et à l'immortalité. La science humaine a voulu faire Dieu semblable à l'homme, la Christian science fait l'homme semblable à Dieu » (aSo). Jamais un système métaphysique n'a encore produit de si remarquables résultats et, si à bien des points de vue le système de Mrs. Eddy nous paraît rappeler un idéalisme banal et peu logique, ses résultats pratiques le mettent hors de pair et lui assurent une remarquable originalité.

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Il me semble juste de rattacher au mouvement de la « Christian science » des tentatives en apparence différentes, mais qui sont fondées sur le même principe. Elles essayent de se distinguer de l'école de Mrs. Eddy et même de s'opposer à elle, mais en réalité elles l'imitent et cherchent à profiter de son succès. Une des plus intéressantes me semble être l'école américaine de métaphysique dirigée par M. Leandcr Edniund Whipple (the philosophy of mental healing, i8g3, igoli, Practical health, 1907). Ici aussi on affirme que « la santé est la conclusion naturelle d'un principe métaphysique indiquant la véritable relation de l'homme avec l'univers », ici aussi on soutient que la maladie résulte des idées fausses que nous avons à son propos : « C'est parce que l'homme y pense qu'il y a des microbes dans le sang du lapin... Si l'on suggérait à temps au cobaye de ne plus tant penser au bacille de Koch, il ne serait plus tuberculeux. ». Ce qu'il y a de plus curieux dans cette école c'est que son programme d'enseignement constitue un véritable cours de philosophie analogue à celui des classes de nos lycées. L'enseignement se compose de sept cours : 1° Philosophie générale, i5 leçons; 2° symbologie, 12 leçons; 3" éthique, 16 leçons; /j" mentalité, 16 leçons; 5° science, 16 leçons; G" le cours normal de traitement métaphysique en 12 leçons; 7° instructions orales pratiques en 2^ leçons. Ce cours complet de philosophie doit être intéressant, mais nous avons quelque peine à comprendre comment on peut présenter tout cet enseignement comme un enseignement médical et en faire la seule introduction à la pratique de la médecine. Il me semble qu'il y a là un exemple frappant de l'influence persistante de Mrs. Eddv.

On pourrait faire aussi une étude curieuse sur un personnage nommé Antoine le guérisseur, qui a joué récemment un rôle assez important à Jemmapes-lès-Liège en Belgique et dînis le Nord de la France. C'est l'auteur d'un petit livre bizarre qui a pour titre : « Le couronnement de la révélation d'Antoine le guérisseur, L'auréole de la conscience », 1907-09. Dans sa « Revue mensuelle de l'enseignement du nouveau spiritualisme » Antoine le guérisseur propose « un seul remède pour guérir Ihumanité » et il est singulier de remarquer que ce remède c'est « la négation de la maladie et de la souffrance, la négation du mal. celte chose qui n'existe pas ». Sans doute il s'agit d un enseignement beaucoup plus simple et de pratiques qui se rapprochent davan-

tage des simples guérisons miraculeuses, mais on y retrouve bien des expressions analogues à celles de la « Christian science ». Il se peut qu'il y ait encore là, d'une manière plus ou moins indirecte, une influence du même genre. Aussi n'v a-t-il pas lieu de séparer ces écoles métaphysiques ou spiritualistes : les réflexions rapides que je désire présenter à propos de la « Christian science » s'appliqueront aussi à ces diverses imitations de son enseionenient.

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