La thérapeutique philosophique
Dans ces conditions la thérapeutique se simplifie énormément : bien entendu, il n'est jamais question de diagnostic, il s'agit d'un malade et voilà tout. La conduite du médecin devient très uniforme, car le même traitement s'applique sans exception à toutes les maladies. Un point sur lequel Mrs. Eddy insiste souvent c'est qu'il ne faut pas limiter sa thérapeutique aux seules maladies nerveuses, mais qu'il faut l'appliquer indistinctement à toutes les maladies quelles qu'elles soient. « La Science Chrétienne ne doit pas se borner à traiter les cas d'hystérie, d'hypocondrie, d'hallucination, tandis que les autres maladies seraient traitées par le médecin ordinaire : une maladie n'est pas plus réelle qu'une autre, toutes les maladies sont le résultat de l'éducation et aucune ne dépasse le « mortal mind ». « Des maladies aiguës sont aussi disposées à céder à la vérité que des formes moins distinctes et chroniques » (176).
Cette thérapeutique unique est surtout négative : elle consiste d'abord et essentiellement à supprimer complètement tous les traitements chirurgicaux ou médicaux quelconques que la science humaine a inventés, ils sont tous aussi inutiles et aussi absurdes les uns que les autres. Les élèves du « metaphysical collège » qui « étaient déjà aussi ignorants que des enfants sur l'anatomie et la physiologie ne doivent pas non plus apprendre un mot de [)harmacie ou d'hygiène, ils ne doivent pas plus apprendre à lier une artère qu'à prendre une température ». F^armi les pratiques les plus condamnées se trouvent les pratiques que l'on croirait à tort toutes voisines, celles du magnétisme animal : u les observations propres de l'auteur l'ont convaincue que le magnétisme animal n'est pas un agent curatif et que ses effets sur ceux qui le pratiquent et sur leurs sujets conduisent à la mort morale et phvsique » (loi). Il faut enfin supprimer toute précaution hygiénique : « les dyspeptiques pourront manger et boire ce qu'ils voudront, car Dieu a donné à l'homme la domination non seulement sur le poisson qui est dans la mer, mais aussi sur le pois-
son qui est dans son estomac ». Il ne faut se préoccuper ni de la fatic^ue, ni du repos, ni même de la propreté : « Habituer un enfant à des ablutions quotidiennes est aussi absurbe que serait l'acte de prendre tous les jours un poisson hors de l'eau et de le couvrir de sable afin de le rendre plus vigoureux dans son élément » (Ai3).
Une seconde partie de cette thérapeutique négative est encore plus importante, il faut absolument supprimer les précautions morales que nous prenons en quelque sorte contre la maladie, c'est-à-dire cette peur perpétuelle que nous avons du mal, cette inquiétude dans laquelle nous sommes plongés dès que nous ressentons le moindre trouble. « Cette mère n'est pas une Christian scientist et son affection est bien mal dirigée quand elle dit à son enfant : vous paraissez fatigué, vous paraissez malade, vous avez besoin de repos, vous avez besoin de prendre une médecine... Une telle mère court après son petit qui se figure s'être blessé en tombant sur le tapis, elle lui dit en gémissant plus puérilement que l'enfant : « Maman sait que tu t'es fait mal » ; la mère serait bien mieux inspirée en disant : « Oh rien du tout, tu ne t'es pas « fait de mal, ne pense donc jamais que tu t'es fait du mal. » Quand on parle ainsi l'enfant oublie tout de son accident et s'en va jouer » (i5d, i55). On peut dire que la lutte contre la peur de la maladie est l'essentiel de la Christian science, sans cesse l'auteur répète : « Nous devons maîtriser la peur au lieu de la cultiver (198) Le médecin doit supprimer la peur de la maladie ainsi que la croyance en sa réalité et en sa fatalité, croyance qui fait plus de mal que n'importe quel accident (ig8) — Toujours commencez votre traitement en calmant la peur des malades... faites bien attention à cette simple règle de la C. S. et vous verrez que cela diminuera les symptômes de toute maladie... si vous réussissiez à enlever entièrement la peur, votre
malade serait guéri (4ii) et n'oubliez pas qu'il s'agit aussi
bien de supprimer la peur du médecin que la peur du malade, car la croyance du malade est modelée sur celle du médecin, même si celui-ci ne dit rien » (198).
Allons plus loin, pour rassurer complètement le malade et le médecin il faut supprimer la croyance à la maladie : « La médecine enseigne bien le néant des hallucinations... on dit aux enfants qu'il ne faut pas croire aux fantômes... pourquoi croiie davantage à la maladie qui existe encore moins? (Sôa)... La
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paralysie est une crovance au j)ouvoir de la matièie, détruisez cette croyance, montrez à l'esprit mortel que les muscles n'ont aucun pouvoir qui puisse être perdu, que l'esprit leur est toujours supérieur et vous guérirez toute paralysie (Syô) .. Opposez la vérité à toute forme d'erreur : les tumeurs, les ulcères, les tubercules, les inflammations, les douleurs, les déformations d'articulations sont des ombres d un rêve que l'on fait tout éveillé, de sombres images de lesprit mortel qui s'enfuient devant la lumière de la vérité » (4 18).
Remplacez maintenant toutes ces pratiques médicales si ridiculement inutiles, toutes ces craintes et ces croyances erronées par des croyances puissantes et salutaires, « par la conviction que l'esprit gouverne le corps non pas partiellement, mais entièrement, et sachez que cette conviction est l'agent le plus efficace de la pratique médicale (i 1 1)... Puisque l'Esprit est supérieur à tout, appuvons-nous sui-l'Esprit » (i44)- C'est pour parvenir à ce résultat, pour bien pénétrer l'esprit des malades de ces vérités qu'il faut leur exposer tout le système métaphysique de Mrs. Eddy sur l'esprit qui est tout et la matière qui n'est rien. C'est en supprimant l'idée de la réalité de la maladie que ce système aura tout son pouvoir curatif.
Ajoutez-v des bonnes paroles d'encouragement et de sympathie : « Le médecin qui manque de sympathie pour son compagnon n'est pas digne d'être un homme... celui qui n'aime pas son frère qu'il a sous les yeux, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas » (366). « Tout le système, dit un psychologue Américain, M. Goddard, doit toujours être exposé avec l'apparence d'un grand zèle désintéressé pour le bien d'autrui, avec une grande confiance en soi-même et il faut bien le dire avec beaucoup de déclamations qui rappellent un peu trop les trompettes de l'armée du salut \ »
Si on veut se représenter la mise en pratique de cette singulière thérapeutique métaphysique, appliquée indistinctement à toutes les maladies possibles, on ne peut mieux faire que de lire la description si vivante et si amusante qu'en a donnée Mark Twain dans son petit livre sur « Christian science- ». La peinture
1. Goddard, American Journal of psychology, 1898, p. l^!^^^;.