Mark Twain, op. cit., p. aii
sance qu après la révélaliou qu'elle a eue chez Qiiiniby. C cstqu a ce moment seulement elle a conçu Ticlée d'un but, elle a acquis une idée directrice de sa vie. Elle a pu alors surmonter complètement la névrose et faire montre d'une volonté indomptable. Dans nos études de psychothérapie Mi**. Eddy nous instruit encore mieux par l'histoire de sa vie que par son livre.
C'est grâce à ces circonstances que l'exploitation industrielle du principe thérapeutique de Quimby a aussi bien réussi et a été si avantageuse pour les che'fs de l'exploitation. Mais il reste à rechercher ce que vaut le principe en lui-même et s'il a été aussi avantageux pour les malades. C'est là un problème encore plus délicat et qu'il est bien plus difficile de traiter avec quelque précision. Evidemment des réflexions faites un peu à priori nous causent des inquiétudes. 11 n,ous semble qu'il ne suffit pas de nier la maladie et la mort pour en supprimer la triste réalité. En refusant de voir le mal réel on se conduit comme les autruches qui se cachent la tête pour ne pas voir le danger et d'ordinaire un pareil procédé n'est pas très sur, il ne protège guère et risque d'aggraver des maux qui auraient pu être évités. Quelle que soit l'impuissance de la médecine traditionnelle, il y a pourtant des choses qii'elle sait faire et bien faire; il y a des accidents qui sont infiniment mieux guéris par une opération simple ou par l'usage du mercure que par la psychologie la plus savante. Demander la guérison de ces accidents à des exhortations morales, c'est s'exposer aux plus grands dangers. Sans cesse les médecins Américains citent des cas où les « scientists » ont laissé mourir des individus d'infection septicémique sans vouloir t>uvrir les abcès ni essayer la moindre désinfection, où ils ont déterminé des péritonites en alimentant des typhiques, où ils ont infecté des écoles entières en refusant d'éloigner des enfants contagieux et il serait surprenant qu'il en fut autrement.
Mais nous ne devons pas trop insister sur ces réflexions quanti on nous présente des faits (jui ont la prétention d'être nouveaux, si ces laits sont éclatants, il faudra bien nous incliner. Le sont-ils?... M. Goddart fait tristement remarquer que la puissance curative de cette nouvelle médecine ne doit pas être bien grande, puisque la mortalité par les principales maladies n'a pas diminué dans les régions de l'Amérique où la « Christian science » a pris le plus grand développement et qu'au contraire elle a plu-
tôt augmenté. On ne peut se contenter de cette observation générale et il faudrait juger la méthode sur des cas particuliers, c'est-à-dire sur les observations qu'elle nous présente.
Les matériaux d'études ne manquent pas, car on est véritablement submergé par un déluge d'observations merveilleuses. Toutes les maladies possibles et imaginables sont admirablement guéries après quelques conversations ; des gens qui étaient couchés depuis trente ans et déclarés incurables par toutes les Facultés se lèvent et dansent immédiatement autour de la chambre. Il y a là de quoi satisfaire les plus difficiles, pourquoi ne sommes-nous pas convaincus ?
C'est parce que ces observations sont rédigées d'une manière inquiétante et ne contiennent rien de ce qui pourrait nous rassurer sur leur exactitude. On voit qu'elles sont écrites par de pauvres diables qui s'improvisent médecins et qui n'ont aucune notion, je ne dis pas de l'observation médicale mais d'une observation pratique quelconque. Certaines de ces observations sont simplement comiques, voici une perle recueillie par M. G. Milmine : « un jeune poulain de quatre ans avait trop mangé et il était fort malade d'une indigestion. Elle lui dit : vous êtes le cheval du bon Dieu, parfait comme tout ce que Dieu a fait. En tant qu'œuvre de Dieu, vous ne pouvez pas manger trop, ni avoir la colique ; la nourriture matérielle ne peut pas lutter contre l'activité, la liberté de ce qui est spirituel. — Avant le traitement, ce pauvre petit cheval avait la tète basse, la respiration courte et rapide, une heure après il était ail right. » Les autres observations ne sont pas aussi charmantes, mais il s'agit toujours de pauvres malheureux qui depuis des années souffrent de tout leur corps, qui ont perdu tous les sens, dont tous les organes intérieurs sont déplacés et qui guérissent admirablement « parce que tout se remet en place ». Pour discuter des cas semblables dit très bien A. T. Myers, il suffit de rappeler l'histoire de Mary Jollv qu'on lisait autrefois à la quatrième page de tous les journaux, laquelle après trente ans d une agonie indescriptible, déterminée par la décomposition de ses sangs tournés a été guérie tout d'un coup par une assiette d'une excellenle soupe à la Révalescière arabique '. »
I. A. T. Mycrs, Mind-curo, failli-ciirc atid (lie miracles ol" I.oiirdos, Proceedinrjs nj Ihe S.J. P. /?.. 1893. p. i-li.
Le même auteur a très bien mis en évidence par une expérience très curieuse l'impuissance de ces excellents guérisseurs à dire exactement ce qu'ils ont vu et de quoi il s'agit. Il avait remarqué dans une liste de cas merveilleux une observation intitulée « guérison complète d'une ancienne paralysie infantile ». Or les paralysies infantiles laissent ordinairement à leur suite de tristes séquelles parfaitement caractérisées par des symptômes très nets et que nous ne sommes guère capables de faire disparaître : une guérison de ce genre semblait facile à contrôler. Malheureusement l'observation, telle qu'elle était publiée, donnait des détails curieux sur les souliers spéciaux à semelle de liège, coûtant dix dollars, sur les pantalons tout particuliers que le pauvre homme était obligé de porter, mais omettait complément, par oubli sans doute, de nous donner les indications qui nous auraient été utiles sur le début des accidents, sur l'état actuel des os, des articulations, des muscles, sur les réflexes, sur les atrophies, sur les réactions électriques, etc.. A. T. Myers se crut permis d'écrire une lettre très aimable à l'auteur de l'observation pour le prier de lui donner ces quelques renseignements complémentaires ainsi que l'on ferait d'ailleurs avec un médecin, auteur d'une observation qui nous intéresse. A. T. Myers reçut en réponse une lettre bien extraordinaire qu'il a publiée*.
Le guérisseur bien entendu ne lui donnait aucun des renseignements demandés et probablement ne savait pas du tout de quoi il s'agissait, mais il traitait de haut en bas son questionneur indiscret en lui montrant ce qu'il devait faire pour arriver à comprendre ces belles observations : « le prophète Jonas, lui disait-il a dû entrer dans le ventre de la baleine et y demeurer trois jours avant de voir la lumière. Il faut que vous fassiez comme Jonas, c'est-à-dire que vous sortiez de votre crovance à la vie, à la substance, à l'intelligence de la matière avant de comprendre les opérations de l'Esprit ». Ce pauvre A. T. Myers, qui ne pouvait pas faire comme Jonas, dut renoncer à savoir l'état des muscles avant et après la guérison et dut par conséquent renoncer à se faire une opinion sur le diagnostic de cette prétendue paralysie infantile.
Hélas, il en est presque toujours de même quand nous voulons étudier scientifiquement les observations de la « Christian