I. Bonjour, Revue de l'hypnotisme, p. 33o
formuler une ordonnance psychologique précise, nous prétendons faire de la suggestion ou de l'éducation psycho-motrice ou de l'excitation mentale et nous ne savons pas bien ce que nous réussissons à produire. L'effet obtenu dépend d'une foule de phénomènes que nous n'avions pas l'intention de provoquer et plus souvent que nous ne le croyons, nous sommes retombés dans la simple méthode de moralisation qui est aujourd'hui la forme la plus fréquente et la plus pratique de la psychothérapie.
Mais cela suffit-il et doit-on toujours en rester là? Evidemment non, car ce défaut de précision dans le diagnostic et dans le traitement a les plus graves inconvénients. Ces traitements généraux et confus ont les avantages mais ils ont aussi les inconvénients de la thériaque à laquelle la médecine a fini par renoncer. On obtient des succès avec les méthodes de moralisation, c'est certain; mais on ne peut en aucune façon les prévoir ni les diriger, et par conséquent on ne sait pas du tout si l'on pourra obtenir le même résultat avec un autre malade. Par exemple, je viens de rappeler que chez deux individus j'ai vu le spasme de l'œsophage guérir très nettement après de simples entretiens moralisateurs, vais-je proposer avec confiance d'appliquer ce traitement à tous les spasmes de l'œsophage ? Hélas, comment pourrais-je le faire puisque dans six autres cas, j'ai vu des traitements en apparence tout à fait semblables n'avoir aucun résultat. Je ne sais pas ce qui dans les deux premiers cas a produit un si heureux effet, je ne sais pas ce qui a rendu les seconds insuffisants, je ne peux rien prévoir pour un nouveau cas et je dois agir au hasard. 11 en est toujours ainsi dans cette forme de moralisation, nous ne pouvons pas progresser en passant d'un cas à un autre, ni profiter de l'expérience, nous comptons sur des séries heureuses et si les séries sont trop mauvaises, nous nous consolerons en disant que c'est la faute des malades qui sont décidément trop aliénés.
Si nous ne pouvons pas recommencer nous-mêmes ce que nous avons obtenu une première fois, à plus forte raison ne pouvonsnous pas enseigner aux autres à le recommencer. Quoique certains auteurs aient eu sur ce point des illusions, cette thérapeutique par moralisation ne peut absolument pas être enseignée à des élèves. Comme voire succès dépend d'une foule de choses que vous ignorez et peut-être d'une foule de choses qui vous sont personnelles, de votre taille, de votre barbe peut-être ou de votre
son de voix, vous ne savez pas ce qu'il faut enseignera vos élèves pour qu'ils réussissent de la même manière. Vous leur expliquerez vos théories sur la moralisation, c'est-à-dire la partie la plus insignifiante et la plus fausse de votre étude. S'ils essayent ensuite d'appliquer ce que vous leur avez enseigné en l'exagérant bien entendu et en supprimant l'essentiel que vous ne leur avez pas dit et qu'ils ne soupçonnent pas, ils seront simplement ridicules et ils discréditeront vos méthodes.
La psychothérapie par la moralisation contient le germe encore vague et indéterminé d'une médecine de l'esprit, comme la thériaque du moyen âge contenait le germe de toutes les thérapeutiques modernes. 11 faudra encore bien du temps et bien du travail pour que de ce germe sorte une méthode de traitement précise pratique et susceptible d'enseignement.