‹ Les médications psychologiquesChapitre 42 sur 123 · I . — Les premières études sur la suggestion · texte numérisé non relu

I . — Les premières études sur la suggestion

ET SUR l'hypnotisme.

Ce sont les manifestations extraordinaires qui attirent l'attention sur une force particulière et qui conduisent plus tard à la

onnaissance des phénomènes plus communs par lesquels cette force agit constamment autour de nous. Depuis longtemps les observateurs avaient remarqué chez certains individus des modifications étranges de la conduite en rapport avec certaines pensées dont l'action semblait remarquable. Les charmes et les amulettes, les bagues d'amour et les baguer, d'oubli, les maléfices qui nouaient l'aiguillette, le chevillement, l'envoûtement, les poudres de sympathies et l'onguent des âmes, les exorcismes mêmes n'étaient pas mystérieux pour tout le monde. De bons esprits, même au moyen âge. comprenaient très bien leur action et savaient l'utiliser'.

Au xvii*^ siècle, Malebranche savait déjà rattacher ces faits étranges à des groupes de faits plus communs : la troisième partie du livre II de la Recherche de la vérité a pour titre, « la communication contagieuse des imaginations fortes » et montre une connaissance remarquable de ces phénomènes. L'auteur nous explique bien comment « les personnes passionnées nous passionnent et font dans notre imagination des impressions qui ressemblent à celles dont elles sont touchées... Les visionnaires en viennent à cet excès de folie de croire voir devant leurs yeux des objets qui sont absents et dont on leur parle. » Malebranche raconte l'histoire d'un personnage qui voyant faire une saignée au pied de sa maîtresse ressentit subitement à la même partie une vive douleur qui persista pendant plusieurs jours (I, ii, 7). Il faudrait citer toute la description des croyances relatives au sabbat dont l'auteur explique si bien la genèse. En effet, la théorie même de ces faits est exposée par Malebranche d'une manière intéressante : « Chez ces gens, dit-il, une idée remplit tellement la capacité de l'âme qu'elle l'empêche d'apporter quelque attention à d'autre chose qu'à celle que ces images représentent. » A la fin du xviii* siècle plusieurs auteurs, Maine de Biran en particulier, dans ses œuvres inédites (III, p. 4^5), De Beauchène, dans son petit livre « de l'influence des affections de l'âme sur les maladies vaporeuses des femmes «, Demangeon dans son livre sur « l'imagination dans ses effets sur l'homme et sur les animaux », 1829, décrivaient des faits du

I. Cf. dom Calmet, abbé de Sénones, Les apparitions des esprits, les vampires ou les revenants de Hongrie et de Moravie, 1751, I, 2ilt ; E. Portalié, L'hypnotisme au moyen âge, Aviccnne, Richard de Middlctown, Études des Pères de la C'^ de Jésus, mars, avril 1892, p. 48i, 677; Régnard, De la sorcellerie. 1887, p. 5i.

ême oenre et les rattachaient assez bien à des lois générales de

la pensée.

Mais il faut reconnaître que cette étude fut tout à coup transformée et prit un essor bien plus considérable quand on s'avisa d'examiner au même point de vue les phénomènes qui se passaient pendant les séances de somnambulisme provoqué que déterminait le magnétisme animal. On constatait là des faits étranges qui attiraient l'attention par leui: exagération même et qu'il était facile de reproduire dans des circonstances variées. L'étude de ces faits que l'on appellera plus tard des « suggestions » a été le point de départ de la psychologie expérimentale.

Déjà les commissaires de l'Académie chargés d'étudier les sujets de Mesmer disaient en 178/1 : « Tous étaient soumis dune manière étonnante à celui qui les magnétisait ; ils avaient beau être dans l'assoupissement, sa voix, un regard, un signe les en retirait. On ne peut s'empêcher de reconnaître à ces effets constants une grande puissance qui agite ces malades, les maîtrise et dont celui qui magnétise semble le dépositaire. » Cela devint encore plus net chez les somnambules de Puységur : « Lorsque je jugeais ces idées devoir l'affecter d'une manière désagréable, je les arrêtais et je cherchais à lui en inspirer de plus gaies : il ne me fallait pas pour cela faire de grands efforts... Alors je le voyais content, s'imaginant tirer à un prix, dansera une fête... Je nourrissais en lui ces idées et je le forçais à se donner beaucoup de mouvement sur sa chaise'. »

L'attention étant attirée sur ces faits, tous les observateurs notent ces modifications de la conduite que l'on peut obtenir très facilement chez les somnambules en modifiant leurs pensées simplement par la parole. Bertrand, dans son « Traité du somnambulisme ))^ 1828, décrit les mouvements et les actes que l'on peut par un mot faire exécuter aux somnambules, les hallucinations que l'on peut provoquer dans leur imagination et, en outre, il observe l'un des premiers ce que l'on peut appeler les suggestions négatives : « La volonté, dit-il, peut les empêcher de voir une personne qui est dans la chambre (p. 256),

1. Lettres de Puységur, 8 mai 178/1; cf. Aubin GaMtliicr, Histoire du soniiiambuliame, II, p. a5i.

OU peut leur faire oublier une chose qu ils savaient fort bien (p. 288). » Il insiste particulièrement sur les suggestions dont l'exécution est reculée, qui ne seront exécutées qu au réveil du sujet et il remarque qu'un fait de ce genre s'observe au cours des délires spontanés : « Les extatiques de Saint-Médard prédisaient dans leur crise qu'ils jeûneraient et plus tard ils ne pouvaient pas faire autrement*. »

L'œuvre de Deleuze (i8i5-i825) est bien connue : il donne des exemples remarquables de tous les faits précédents, des anesthésies, des amnésies suggérées, des suggestions différées posthypnotiques. « Vous rentrerez chez vous à telle heure, vous n'irez point ce soir au spectacle, vous vous couvrirez de telle manière, vous ne ferez aucune difficulté de prendre tel remède, vous ne prendrez point de liqueur, point de café, vous ne vous occuperez plus de tel objet, vous chasserez telle crainte, vous oublierez telle chose. Le somnambule sera naturellement porté à faire ce qui lui aura été prescrit ; il s'en souviendra sans se douter que c'est un souvenir, il aura de l'attrait pour ce que vous lui aurez conseillé, il aura de l'éloignement pour ce que vous lui aurez interdit-. » L'abbé Fària; en 1826, dans un livre curieux qui vient heureusement d'être réimprimé, fait des études du même genre, moins originales qu'on ne le croit généralement, au point de vue de la description des faits qui avaient déjà été décrits par Bertrand et par Deleuze. J'ai déjà signalé ailleurs les travaux intéressants publiés par Délateur dans le journal « L Hermès ».

Après une interruption de quelques années déterminée par une éclipse du magnétisme animal, nous retrouvons les mêmes observations dans les ouvrages de Despine d'Aix. i84o, de Teste, i845, de Charpignon, l8à2-^8. Celui-ci fait des recherches assez intéressantes sur la durée des hallucinations suggérées' et sur les modifications physiologiques que la suggestion peut déterminer : « On peut obtenir également qu'une douleur fictive produise une trace de blessure ou qu'un sinapisme idéal rougisse la peau » (364, 365). Toutes ces expériences sont reproduites en public par Dupotet et décrites dans ses cours (iS^g)- Cet auteur

1. Cf. Teste, Manuel du inagnélisine, p. i33 ; Aubin Gauthier, Histoire du somnambulisme, 11, p. 269.

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