I. Cf. Lasègue, OEuvres, I, p
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influence morale, était convaincu de l'influence de l'idée sur la santé. Il répète sans cesse que les représentations morales, soit pendant la veille, soit pendant le sommeil, peuvent avoir la plus grande puissance sur l'organisme; il montre que les rêves mêmes modifient l'organisme'. Aussi ne se borne-t-il pas à traiter des maladies nerveuses, il croit que les idées suggérées peuvent lutter même contre les maladies corporelles et annuler les doses toxiques des poisons. Il prétend guérir par suggestion l'anémie^ les fièvres intermittentes, la tuberculose pulmonaire (p^ ^72), aussi bien que les troubles de la menstruation, les maux de dents, les névralgies et les migraines. Il est le plus convaincu et le plus enthousiaste parmi ces premiers disciples de Bertrand qui appliquent immédiatement à la thérapeutique des phénomènes psychologiques à peine entrevus. Demarquay et Giraud Teulon dans un petit livre intéressant, 1860, Trousseau, Mesnet, 1866, Michéa, Macario, Baillif, 1868, nous présentent une foule de tentatives du même genre.
La plupart des autres auteurs étaient moins ambitieux et ne se préoccupaient guère que d'un problème thérapeutique tout à fait particulier. Pour assurer le succès de l'hypnotisme et lui donner un rôle immédiatement pratique, on essayait surtout de s'en servir pour déterminer l'anesthésie chirurgicale. Récamier, 1821, Cloquet, 1829, Oudet, 1887, puis Ribaud, Broca, Follin, Guérineau, Vulpian, et en Angleterre, Topham, 1842, Eliotson, 1843, et surtout Esdaile ont pratiqué des opérations chirurgicales extrêmement graves, même des amputations de la cuisse, en profitant de l'insensibilité déter minée par le sommeil hypnotique et la suggestion. C'est de ce côté que l'étude de l'hypnotisme semblait avoir le plus d'avenir. Malheureusement la découverte de l'anesthésie par l'éther, beaucoup plus facile et plus certaine, vint arrêter ces recherches et porta un coup fatal à ces études. Un très petit nombre de travaux, comme le petit livre de Demarquay et Giraud Teulon, furent encore publiés et, vers i865, la suggestion et l'hypnotisme semblèrent oubliés comme l'était le magnétisme animal lui-même.
I. Liobault, Le sommeil et les étals analogues an point de oiie de l'action du moral sur le pliysi(/iie, 1860, p. 167; Bévue de l'hypnotisme, l, p. l'iâ.
L'HISTOIRE DE LA SUGGESTION ET DE L HYPNOTISME ii9
2. La RENAISSAJNCE DE l'hYPNOTISME, l'ÉCOLE DE LA SaLPÈTRIÈRE.
Pendant vingt ans à peu près, l'hypnotisme méprisé fut abandonné aux charlatans : quelques guérisseurs l'exploitaient encore en secret et plusieurs montreurs faisaient des exhibitions publiques de sujets plus ou moins réellement hypnotisés. Le belge Donato, l'italien Alberti, le danois Hansen, le français Montus' parcouraient les grandes yilles en montrant â un public émerveillé les attitudes et les mouvements brusques de leurs sujets suggestionnés.
Les hommes de science n'osaient plus s'occuper de l'hypnotisme : on le confondait avec le magnétisme animal de mauvaise réputation, on sentait vaguement que cette étude serait compliquée et difficile et pour ne pas s'avouer cette répugnance, on préférait répéter qu'une telle étude était rendue impossible par le danger perpétuel de la simulation; on considérait comme admis que toutes les erreurs commises étaient dues à la faute des sujets, à leur mauvaise foi, à leurs simulations. Certains auteurs essayèrent bien de dissiper cette crainte par des recherches sur le sommeil hypnotique des animaux. Mais les études de Kircher, Czermack, Heubcl, 1877, Preyer, 1878, Beard, 1881, Danilewski, 1889, ne semblent pas avoir eu un grand succès. Dans les faits qu'ils ont étudiés, il s'agit plutôt de manifestations de la peur que d'hypnotisme véritable' et il fallut revenir à l'étude de l'hypnotisme sur l'homme.
Ce fut l'œuvre de M. Charles Richet qui combattit avec le plus de succès ce préjugé de la simulation. Dans une série d'études publiées de 18-5 à i883 dans le Journal d'anatomie et de physiologie, dans la Revue philosophique de Ribot et résumées en partie dans son livre sur « L homme et l'intelligence », i883, il montra de mille façons que cette hypothèse d'une simulation perpétuelle était en somme très peu vraisemblable. Après le jugement de l'Académie de 18^0 et le rapport de Dubois (d'Amiens), il ne- restait plus, suivant un contemporain, d'autre alternative que celle de dupe ou de complice pour les partisans