I. Cil. Richei, Revue philosophiijuc, i884i I, p
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aujourd'hui, celle de l'isolement dans l'esprit de l'idée qui se transforme en suggestion.
Ces études de M. Ch. Richet sont le point de départ d'un ensemble de travaux sur l'hypnotisme, les plus intéressants à mon avis, qui ont étudié le somnambulisme provoqué sans idée préconçue en se plaçant au point de vue de l'analyse psychologique de toutes ses manifestations. Une école psvchologique de Ihvpnotisme doit se rattacher à M. Ch. Richet, nous la retrouverons plus tard; mais pour le moment elle se dissimule, efîacée par le développement de deux autres écoles moins intéressantes, mais bien plus bruyantes.
La première de ces écoles fut celle que dirigea le P'" J.-M. Charcot à la Salpêtrière. Professeur de la clinique des maladies du svstème nerveux, Charcot comprenait parfaitement l'importance que pouvait avoir au point de vue médical et philosophique l'étude de ces états dé somnambulisme provoqué signalés avec insistance depuis plus d'un siècle et toujours repoussés sans examen par la science officielle. Mais pour aborder cette étude dangereuse avec prudence, il voulait d un côté se mettre tout à fait à l'abri du danger considéré alors comme si redoutable de la simulation et de l'autre apporter dans cette étude une méthode scientifique irréprochable. Or il venait d'obtenir de grands succès par l'analvse des symptômes que présentaient les maladies de la moelle épinière et il crut ne pouvoir mieux faire que d'appliquer les mêmes méthodes à l'étude des états hypnotiques. Sans doute il reconnaissait qu'il y avait dans ces états des phénomènes psychologiques étranges et extrêmement importants; il connaissait la suggestion, il en parlait et le cas échéant il ne refusait pas de s'en servir. Mais il répétait sans cesse que ces phénomènes psychologiques étaient très compliqués et d'un examen délicat, que toutes les erreurs des magnétiseurs étaient dues à leur mauvaise méthode, à leur habitude déplorable de commencer l'examen d'un problème par l'étude de sa partie la plus compliquée, qu'il voulait suivre la règle de Descartes et commencer par l'étude des faits les plus simples et les plus accessibles à la vérification scientifique. Avant d'étudier les phénomènes psychologiques délicats qui se passent dans l'esprit d'une personne quand elle est plongée dans un état anormal, il hiut d'abord connaître exactement les caractères de cet état anormal
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et savoir le reconnaître par des signes nets et insimulables. Pour un neurologiste habitué à l'examen du tabès ou de la sclérose latérale, les symptômes nets et insimulables étaient les modifications de l'état des muscles, des mouvements réflexes et à la rigueur des diverses sensibilités. Si l'état du système nerveux était réellement modifié, on devait constater des modifications dans ces divers phénomènes et c'est ainsi que, conduit par une méthode qu'il croyait rigoureuse, Charcot se mit à étudier avant tout l'état des mouvements et des réflexes chez les sujets que certains de ses élèves lui présentaient et qui étaient, disaient-ils, plongés dans le sommeil hypnotique.
Parmi ces collaborateurs de la première heure qui ont cherché à remplir ce programme et qui ont fait avec Charcot « le grand hypnotisme » quelques-uns sont bien connus, MM. Bourneville. Brissaud, Chambard, Paul Richer ; d'autres sont moins connus à ce point de vue mais ne doivent pas être oubliés, car ils ont joué, si je ne me trompe, un rôle important: ce sont M. Ruault et M. Londe, le directeur du laboratoire de photographie.
Ces élèves, comprenant bien les désirs de leur maître, ont montré à Charcot plusieurs sujets, en particulier trois jeunes femmes Witt., Bar. et Gl. qui pendant l'état hypnotique présentaient des réactions musculaires anormales. Il y avait dans cet état une certaine excitabilité musculaire et nerveuse telle qu'il suffisait d'exciter par un choc ou un pétrissage une masse musculaire ou les nerfs correspondants pour déterminer des fortes contractions de ces muscles, contractions qui persistaient sous forme de contractures plus ou moins tenaces et que l'on ne pouvait faire cesser que par certains procédés comme l'excitation des muscles opposés. Ces contractures se produisaient suivant les lois de Tanatomie : l'excitation du nerf médian, du cubital, ou du radial déterminaient des contractures en rapport exact avec la répartition de ces nerfs dans la main, des griffes médianes, cubitales ou radiales que des lésions nerveuses organiques avaient déjà appris à connaître. Ces contractures une fois produites se généralisaient suivant les lois de Pfluger : de l'éminence thénar gauche elles passaient à la main, au bras, à l'épaule gauches, puis à l'épaule et à la main droite, enfin dans certains cas à la jambe gauche et à la jambe droite'. A d'autres moments on constatait
I . Charcot et Pfrnl Richer, Contrihntion à l'ctiidc de l'hypnotisme chez les hystc-
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des catalepsies : les membres soulevés ne retombaient pas, mais gardaient indéfiniment la position qu'on leur avait donnée sans qu'il y eut fatigue apparente, sans que l'on pût déceler même par des graphiques les modifications respiratoires que ces attitudes fatigantes déterminaient rapidement chez des sujets en état normal. On constatait aussi certaines paralysies que l'excitation des muscles faisait apparaître, tandis que précédemment cette même excitation amenait de la contracture. Enfin, surtout sous l'influence de M. Ruault, on étudia d'autres contractures qui étaient déterminées cette fois par une excitation légère de la surface cutanée et qui semblaient une exagération des réflexes cutanés comme les précédentes étaient une exagération des réflexes protonds.
Tous ces faits se rattachaient admirablement aux travaux antérieurs de Charcot. Leur étude permettait d'utiliser les mêmes notions anatomiques, les mêmes procédés d'examen, les mêmes instruments, elle permettait de conserver à la main le fameux petit marteau à réflexes et d'opérer comme auparavant au milieu d'un cercle délèves : on continuait à rechercher sur les membres nus du sujet la place d'élection où le choc du marteau déterminait une belle contracture bien visible pour tous et bien démonstrative. Charcot ne sut pas résister à la tentation, il déclara que l'étude de tels phénomènes était tout à fait conforme à la plus saine méthode, qu'elle mettait seule à l'abri de la fameuse simulation des somnambules et que c'était par elle qu'il fallait aborder la critiqne de tout ce qu'avait décrit le magnétisme animal.
On se mit h l'œuvre pour classer ces faits avec précision et suivant les combinaisons de ces diverses réactions on distingua trois états très nets, la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme . Dans la léthargie déterminée par l'occlusion des yeux ou par un autre procédé le sujet semblait plongé dans un sommeil profond, il n'entendait rien et semblait ne réagir à aucune excitation, mais il présentait nettement l'excitabilité neuro-musculaire que je viens de rappeler ; si on lui ouvrait brusquement les veux à la lumière le sujet entrait dans l'état de catalepsie où les mem-
riques, du plicnomène de l'hypcrcxcitabilité neuro-muscvilairo. Archives île neurologie, i88i. H, p. Sa ; OEuvres ijéiiérales de Charcot, IX, p. Soô ; Chambard, L'encéphale, 1880, p. 2^1 ; Charcot et Brissaud, Œuvres, IX, p. 383; Paul Ricbcr, La grande hystérie. i885, p. bZ-j.
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bres gardaient les attitudes imposées, où l'excitabilité précédente était remplacée par une disposition à la paralysie. Divers procédés, en particulier la friction du vertex transformaient le sujet qui entrait dans le somnambulisme, il pouvait alors entendre et parler, il présentait cette disposition à la suggestion et ces phénomènes psychologiques dont on ne voulait pas encore aborder l'étude, mais surtout, seule chose à étudier pour le moment, il présentait des contractures nouvelles déterminées cette fois par l'excitation superficielle de la peau. L'ensemble de ces trois états formait le grand hypnotisme bien distinct du petit hypnotisme où l'on observait que des phénomènes psychologiques et dont l'étude plus aventureuse était remise à plus tard*.
Pour le momeot il fallait se borner à étudier toutes les variétés des phénomènes précédents et leurs conditions. On découvrit surtout un fait remarquable qui accentuait encore l'analogie de ces études avec celle des maladi.es organiques du système nerveux, c'était l'existence des états dimidiés dans lesquels un phénomène particulier, disposition aux contractures profondes ou superficielles, catalepsie, etc., n'existait que sur un seul côté du corps. On pouvait dans ce cas faire une expérience remarquable : par une excitation appropriée, en particulier en approchant des membres un gros aimant, on faisait passer toutes ces dispositions caractéristiques d'un côté du corps sur le côté opposé. C'était là le fait du transfert et son examen à la Salpètrière était très intéressant, car il rattachait aux vieilles théories du magnétisme animal une autre étude également singulière et méconnue, celle de la métallothérapie. Les fondateurs de cette doctrine, Burq et Dumontpallier avaient découvert ce phénomène du transfert, mais n'avaient pu le faire accepter. Or le transfert réapparaissait et se faisait consacrer oOTiciellement comme le somnambulisme provoqué lui-même.
Enfin, dernière observation importante, tous ces faits avaient été observés chez des malades atteintes d'une perturbation particulière du système nerveux, chez des femmes hystériques ; on en concluait qu'il s'agissait là de phénomènes déterminés par certaines manœuvres mais qui ne pouvaient apparaître que chez des malades du même genre. D'ailleurs toutes les hystériques ne
I. Cliarcot et Babiriski, OEiivres, IX, pp. 5o5, 53o; Paul Richcr, La grande hystérie, i885.
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les présentaient pas et l'apparition de symptômes de ce genre était liée à un degré fort grave de la maladie.
Telles sont les notions qui furent présentées par Charcot à l'Académie des sciences, le i3 février 1882, dans une communication sur les divers états nerveux déterminés par l'hypnotisation chez les hystériques. Il ne faut pas oublier que l'Académie avait déjà condamné trois fois toutes les recherches sur le Magnétisme animal et que c'était un véritable tour de force que de lui faire accepter une longue description de phénomènes tout à fait analogues. Charcot y parvint d'abord par son autorité scientifique déjà acquise et incontestée, puis par la méthode qu'il apportait dans cette étude en montrant qu'il se mettait constamment à l'abri de la simulation par ses vérifications compliquées de la forme anatomique des contractures et enfin par la tendance générale de sa communication qui présentait ces faits comme de simples symptômes d'une maladie particulière. On crut, et Charcot le croyait lui-même, que toute cette étude était bien loin du Magnétisme animal et qu'elle en était la condamnation définitive. C'est pourquoi l'Académie ne se révolta pas et accueillit avec intérêt une étude qui terminait la longue querelle du Magnétisme à propos duquel bien des membres de l'Académie n'étaient pas sans avoir des remords de conscience.
Ce succès de Charcot eut une importance extraordinaire : on eut dit qu'il venait de briser une barrière qui depuis longtemps contenait un torrent prêt à s'élancer. Peu importait le changement du nom, les études du magnétisme animal n'étaient plus proscrites, puisqu'on les accueillait à l'Académie des sciences et il n'était plus nécessaire de cacher ce que l'on observait en secret depuis longtemps. Quel sujet magnifique pour toutes les thèses, pour tous les articles possibles ! Puisque les anciens observateurs, affublés de leur nom de magnétiseurs, avaient été ridiculisés et oubliés, on pouvait sans scrupules reprendre toutes leurs anciennes observations et les publier de nouveau comme des découvertes, quelle mine inépuisable ! De tous les côtés, « rilypnosis redivivus », comme disait HaokTuke, 1881, suscita d'innombrables travaux. Il faudrait citer les noms de tous les neurologistes de cette époque, à l'étranger et en France, car la plupart se sont rattachés à ce moment à l'enseignement de la Salpêtrière : il suffît de rappeler quelques noms. Déjà en 1880 quand les études et les cours de Charcot commençaient à être
connus paraissaient les travaux de Bourneville et Régnard, de Berger, de Cohn, de Preyer, de Chambard, de Tamburini, de Seppili. En 1881, M. Paul Richer, dans son beau livre sur la grande hystérie décrivait et illustrait les phases de l'hypnotisme de Charcot. A partir de 1882, toutes les revues, non seulement médicales, mais philosophiques et même littéraires, les comptes rendus de toutes les sociétés sont remplis d'articles sur le grand hypnotisme; rappelons en 1882 les études de BroAvn-Séquard, de Tamburini, de Seppili, de Ladame, de Vizioli, de Pitres, de Descourtis, de Dumontpallier, de Leblois. Citons en i883 ceux de Paul Richer, de Luys, de Barth, de Babinski, de Brissaud, de Legrand du Saulle, de Jung (de Genève); en 188^, ceux de Pitres, de Bérillon, de Bottey, de Mocquin, de Féré, de Gilles de la Tourette, de Tageret, de Paul Magnin. Dans les années suivantes il faut signaler les travaux de Brémaud, d'Azam, de Morselli, deLombroso, de Bianchi, de Sommer, deDufour, de Paul Janet, etc. Des revues spéciales sont fondées, la Revue de l'Hypnotisme de M. Bérillon, la Rame des sciences hypnotiques , 1887, le Zeitschrift fur hypnotismus.
Toutes ces études ne portaient pas seulement sur la description des phénomènes physiologiques de l'hvpnotisme et sur la recherche d'expériences singulières, elles commençaient aussi à aborder les applications pratiques au traitement des maladies et plusieurs auteurs avaient indiqué les bons efl'ets du grand hvpnotisme particulièrement dans le traitement des névroses. Charcot trouvait ces applications pratiques un peu prématurées : il aurait voulu que les faits et les procédés fussent d'abord un peu mieux connus avant que l'on abordât la thérapeutique. Il y avait là une illusion naïve, car il n'était guère possible de faire patienter les malades et encore moins les médecins. D'ailleurs des dillicultés allaient bientôt surgir qui ne lui laisseraient guère le loisir d'achever son œuvre suivant le plan logique qu'il avait imaginé.