Grandeur et décadence de la suggestion hypnotique
Pour le moment le parti vainqueur exploita sa victoire : on peut dire que partout, aussi bien à l'étranger qu'en France, il y eut de 1888 à 1896 un véritable épanouissement de la thérapeutique suggestive. Elle eut en France ses revues spéciales, comme \^ Revue de l'iiypnolisme de M. Bérillon, la Revue des sciences hypnotiques à(i\i\i\s le i" juillet 1887. D'ailleurs dans toutes les revues neurologiques, médicales ou philosophiques, dans un grand nombre de thèses de médecine, dans de nombreux volumes s'étalait le récit d'innombrables guérisons de toutes les maladies possibles par de simples suggestions verbales, soit pendant létat hypnotique, soit pendant la veille.
Souvent il s'agit encore d'accidents névropathiques : Joffroy guérit de cette manière des hystéries convulsives et des paralysies, Blanche Edwards des vomissements incoercibles, M. Babinski des abasies avec agoraphobie et parle d'une manière intéressante de ralternance des états hystériques et des états hypnotiques (Congrès de psychologie, i88g, Gazette hebdomadaire, 1891, p. i5). Gilles de la Tourette montre bien comment l'hypnotisme guérit facilement les somnambulismes naturels. Pitres insiste sur le traitement de l'anorexie hystérique et publie dans le Brain, i8g3, p. 207, le traitement intéressant d'un accès de léthargie : dès le début de l'accès il détermine le sommeil hypnotique dans lequel le sujet reste sous sa direction et qu'il peut interrompre à volonté. Fontan et Ségard, dans un volume consacré à cette thérapeutique observent que les troubles physiques des névroses cèdent plus facilement que les troubles mentaux. Ballet, Dumontpallier, Cullerre, SoUier, Briand, Laloy et bien d'autres publient des guérisons d'attaques, de délires, de paralysies de toutes espèces. Mesnet (^Académie de médecine, 3o juillet 1889) décrit des opérations chirurgicales exécutées pendant le sommeil hypnotique.
L'application de ce traitement aux maladies mentales continue surtout sous la direction d'Auguste Voisin qui expose au Congrès de Munich, en 1892, le traitement de certaines formes d'aliénation mentale par la suggestion hypnotique, Cullerre signale des faits du même genre; M. Goroditche applique ce traitement à des obsédés et à des claustrophobes, il déclare que « presque tous les neurasthéniques sont hypnotisables facilement ». M. Bérillon et M. Mavroukakis traitent également avec succès des cas d'agoraphobie chez des dégénérés.
Si on ne prétend pas toujours guérir complètement les maladies organiques du système nerveux, on déclare cependant que l'on atténue et supprime la plupart de leurs symptômes les plus pénibles. Fontan et Ségard guérissent des hémiplégies consécutives à des hémorragies cérébrales ou à des myélites de diverses nature, M. Bérillon présente au Congrès des aliénistes de Bordeaux une étude sur le rôle de la suggestion hypnotique dans le traitement de lataxie locomotrice (5 août 1895).
D'ailleurs on ne s'arrête pas aux maladies du système nerveux, toutes sortes de maladies viscérales sont traitées de la même manière. Plusieurs auteurs à la suite de Gibert (du Havre), Ja.net. — Médic. psycli. 12
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décrivent la destruction des verrues par suggestion. Auguste Voisin insiste surtout sur le traitement des troubles utérins ; des opérations chirurgicales sont facilitées grâce à la suggestion qui donne l'anestliésie et le calme, les accouchements se font avec grand avantage pendant le sommeil hypnotique, etc.
Il y a même un mouvement très curieux qui tend à appliquer la suggestion hypnotique aux enfants et à en faire un procédé pédagogique. Guyau avait été l'un des premiers à signaler l'analogie de la suggestion avec l'instinct ainsi que l'application de la suggestion à la thérapeutique morale comme « correctif d'instincts anormaux ou stimulant d'instincts normaux trop faibles». Toute suggestion, ajoute Fouillée, est un instinct à l'état naissant créé par l'hypnotisme'. Delbœuf voyait aussi dans l'hypnotisme un instrument puissant d'éducation et de moralisation ^. M. Bérillon prend à cœur cette question et devient le propagateur de la pédagogie suggestive : il guérit par suggestion tous les tics des enfants et en particulier le tic de manger ses ongles, l'onichophagie, les incontinences d'urine, les paresses, les mensonges, etc. M. P. -F. Thomas confirme ce rôle de la suggestion dans l'éducation'^ et M. Pigeaud fait encore en 1897 une thèse sur la suggestion en pédagogie. M. Bourdon (de Méru) réclame des applications de la pédagogie suggestive aux divers troubles du langage et aux troubles du caractère*. Ces applications pédagogiques viennnent encore augmenter l'importance de l'hypnotisme thérapeutique.
Cette thérapeutique se répandit bientôt dans les pays voisins, on a déjà vu l'œuvre considérable de Delbœuf en Belgique, elle entraîna bien des médecins à expérimenter la nouvelle méthode de guérison universelle. En Suisse, la suggestion hypnotique fut appliquée par M. Forel, puis par M. Ladame qui insista particulièrement sur le traitement des buveurs et des dipsomanes par l'hypnotisme^. Le grand ouvrage de Forel sur L'hypnotisme, son importance psycho- physiologique, médicale et juridique et sa pratique, 1889 (3'' édition, 1896), contribua beaucoup à répandre en Suisse d'abord, puis en Allemagne, la doctrine de M. Bern-