CIlirurgic de Pierre Franco de ïurriers
2. Dcmangcon, De l'imncjination considérée dons ses effets sur Vliommr et sur les animaux, 1829, p. laij. ^
2() LA RËCHERCIIt: DE L'ACTION MOHALE
Mesmer* qui a donné son nom à la doctrine et qui est considéré comme son fondateur est peut-être le moins intéressant de ces écrivains. 11 se rattache directement à la série des thérapeutes précédents qui opéraient des guérisons miraculeuses en faisant iippel à des forces mystérieuses, mais il eut l'intelligence de parler de forces encore bien inconnues sans doute maij» qui commençaient à attirer l'attention et dont l'action pouvait paraître assez vraisemblable à des esprits peu cultivés, les forces du » magnétisme, de l'électricité, les forces nerveuses. Ces puissances devaient avoir une action sur l'organisme de l'homme et sur sa santé : Glocenius, Yan Ilelmont, Robert Fludd, Winding, 1678, l'avaient déjà signalé. Le premier qui réunit en corps de doctrine les préceptes des anciens sur l'influence curative du magnétisme, fut le médecin écossais Guillaume Maxwell. 11 regardait toutes les maladies comme un résultat de la soustraction d'un fluide vital de nos organes et pensait qu'il pouvait rétablir l'équilibre par une simple restitution de la force magnétique. Les propositions de Mesmer ne sont au fond que la reproduction à peu près complète des aphorismes de Maxwell.
Mesmer naquit en l'j^h à Vienne ou à Mersebourg ; il se fit connaître de bonne heure par une thèse de médecine des plus singulières dont le sujet était : « l'influence des planètes sur le corps humain » : « Cette action, disait-il, s'exerce au moyen d'un fluide universel, sorte de gaz impalpable et invisible dans lequel tous les corps sont plongés. » Comme ce fluide ressemblait beaucoup par ses propriétés attractives à l'aimant et que d'autre part il manifestait surtout son action sur les êtres vivants il l'appela « le fluide du magnétisme animal » et il prétendit que la volonté humaine avait surtout le pouvoir de le mettre en œuvre, de le faire sortir d'un point, s'accumuler sur un autre et de produire chez les êtres vivants des efTets extraordinaires. L'homme, comme un aimant, est partagé en deux de haut en bas, le côté gauche contenant les pôles opposés ii ceux du côté droit. La maladie n'est qu'une aberration dans la répartition harmonieuse de ces fluides. Le traitement consiste à rétablir cette harmonie par une application du magnétisme.
I. Sur riiisloire du début du magnétisme animal, on trouve de bons résumés dans Ricard, Traité du marjnélisme, i84ij Baragnon, Traité du magnétisme, i853, p. 3^8; Noizet, Mémoires Sur le somnambulisme. i854, ou dans quelques ouvrages plus récents sur l'hypnotisme, comme celui de SiIuk Ider, iSq/i.
Mesmer réussit peu en Allemagne, il n'eut pas plus de succès en Suisse, enfin il arriva h Paris vers 1778 à une époque 011 les esprits troublés par les miracles du cimetière de Saint-Médard étaient très disposés à croire un mystère. Associé avec un médecin de la Faculté nommé Deslon il fonda une sorte d'hôpital et de cabinet de consultation où il traitait toutes les maladies. Il est intéressant de remarquer que Mesmer opérait avec un grand apparat et des cérémonies analogues à celles des temples miraculeux. La foule des clients était introduite avec cérémonie dans une grande salle dont toutes les fenêtres étaient fermées par d'épais rideaux et où régnait une obscurité presque complète. On entendait les accords d'un piano forte qui jouait continuellement des airs tendres et mélancoliques. Au milieu de la salle se trouvait une grande boite ronde en bois de chêne, le célèbre baquet de Mesmer. Cette boîte était pleine d'eau, de verre pilé et de limaille, le couvercle était percé de trous d'où sortaient un grand nombre de tiges de fer coudées et mobiles. Les malades qui devaient garder le plus profond silence se tenaient par la main et appuyaient ces tiges sur l'endroit malade. Le magnétiseur le grand Mesmer apparaissait dans une longue robe en soie lilas clair et tenait à la main une longue baguette de fei"; il passait lentement dans les rangs fixant les yeux sur les malades et promenant lentement sur leur corps sa main, ou sa baguette.
Beaucoup de malades n'éprouvaient pas grand'chose, le baron d'Holbach ou le critique littéraire La Harpe déclaraient qu ils n'avaient absolument rien senti, d'autres toussaient, crachaient, ressentaient des fourmillements bizarres, enfin plusieurs, surtout parmi les jeunes femmes, tombaient à la renverse et s'agitaient dans des convulsions extraordinaires si bien que la salle méritait d'être baptisée « l'enfer à convulsions ». Cet état convulsif accompagné de hoquets, de rires et parfois de délires constituait ce qu'on appelait « la crise » et il était, paraît-il, des plus salutaires : au bout de deux ou trois séances de ce genre beaucoup de personnes se déclaraient guéries de toutes sortes de maux.
Le succès fut au début très grand : Mesmer parhiit-il de quitter la France on lui faisait des offres magnifiques pour le retenir. Les auditeurs de ses cours s'engageaient au secret et se formaient en une « Société de l'Harmonie » qui eut des suceur-
sales diiiis plusieurs villes de France, à Strasbourg, à Lyon, a Bordeaux. Une société de magnétisme se forma même à Saint- Domingue ; le grand-maître de l'Ordre de Malte adopta la découverte avec enthousiasme et tous les chevaliers de l'Ordre se mirent à guérir en magnétisant.
Malheureusement les corps constitués, l'Académie de médecine et l'Académie des sciences intervinrent ; une première commission ne put s'entendre avec Mesmer, une seconde commission dans laquelle se trouvaient Lavoisier, de Jussieu et Bailly fit un rapport absolument négatif et décida que dans les phénomènes observés il n'y avait rien qui ne put s'expliquer par l'imitation et par l'imagination et que tout cela ne pouvait avoir à la longue que des eflPets funestes. Malgré une note plus favorable ajoutée par de Jussieu ces rapports firent du tort à Mesmer : la mode toujours volage se tourna contre lui et des plaisanteries achevèrent sa ruine. Un malade mourut au moment même où on publiait une de ses lettres de remerciements à Mesmer: « M. Court de Gébelin, dit un journal, vient de mourir guéri par le magnétisme animal. » Une pièce fut jouée qui tournait en ridicule les docteurs modernes et des chansons plus on moins drôles achevèrent de les déconsidérer. Abreuvé d'amertume, Mesmer quitta la France ; quand il voulut revenir plus tard, il ne put reprendre sa place, le magnétisme avait été modifié et était entré en réalité dans une seconde phase.
La deuxième période du magnétisme animal que l'on peut faire commencer en 1886 ou 1887 avec les publications du marquis de Puységur et du D' Pétetin de Lyon mais qui ne fut en réalité brillante qu'à partir de i8i3 époque des premiers livres de Deleuze a pour point de départ l'étude d'un fait remarquable observé pour la première fois par Puységur dans sa terre de Buzancy où il magnétisait tous les malades qui s'adressaient à lui en imitant les procédés de Mesmer. Il les appliquait un jour ^ à un jeune berger nommé Victor et il cherchait à produire la crise salutaire. Au lieu de commencer ces contorsions, le jeune homme parut s'endormir paisiblement. Mais quel sommeil singulier : d'abord rien ne peut réveiller le dormeur, ni les bruits, ni les secousses, ensuite il se lève de lui-même sans se réveiller et se met à marcher et à parler, il s'occupe de toutes ses affaires avec infiniment plus d'esprit qu'il ne pouvait faire pendant la veille. Il obéit d'ailleurs à tout ce que lui demande M. de Puy-
ségur qui semble avoir le pouvoir de changer ses idées et ses sentiments à volonté. Quand il se réveille il est très bien portant, mais il parait avoir oublié tout ce qui vient de se passer. Tel était au premier abord l'état que M. de Puységur appela « Somnambulisme » par analogie avec le somnambulisme naturel dont on connaissait bien des exemples.
Les défenseurs de Mesmer soutiennent que le même fait avait déjà eu lieu autour du célèbre baquet. C'est probable, car le somnambulisme est assez fréquent quand on fatigue ou émotionne des névropathes. Mais il ne sufïït pas d'avoir assisté à un fait pour en avoir fait la découverte, il faut le remarquer, le décrire et surtout en comprendre l'importance. Or cette étude du somnambulisme provoqué artificiellement fut évidemment l'œuvre de Puvségur, de Pétetin et de Deleuze'.
Ce somnambulisme avec une certaine exaltation intellectuelle et une agilité extraordinaire parut à ces auteurs extrêmement intéressant. Ils crurent que dans cet état l'esprit humain était transformé; l'aspect étrange du somnambule qui parlait en dormant, qui ne se souvenait pas de ce qu'il avait dit, fit croire à des transformations merveilleuses. Une pensée différente de la pensée normale ne pouvait être qu'uue pensée toute puissante, débarrassée de toutes les limitations qu'imposent à notre esprit les dures nécessités de nos e-ens, les lois du temps et de l'espace. Le somnambule faisait penser aux prophètes inspirés, aux pythonisses, aux pvthies : ce n'était pas la peine de changer de pensée, de voir avec les yeux fermés, d'agir en dormant si l'on n'était pas capable de voir au travers les obstacles, à toutes les distances, de connaître le passé et l'avenir. La constatation que la pensée était transformée, le sentiment qu'elle était devenue étrange amena les observateurs novices dans les études de psychologie pathologique à l'admiration et à la conception de la lucidité du somnambule.
Ce fut une révélation, le somnambule artificiel devint énormément intéressant et on ne s'occupa plus que de lui. Transformer un esprit humain, le rendre capable de tout voir, de tout comprendre, de tout savoir, quelle œuvre magnifique et divine!
I. C'^ Maxime de Puyscgur, Rapport des cures opérées à Baïonne par le magnétisme animal adressé à M. de l'abbé de Poulaiizel, conseiller-clerc an parlement de Bordeaux, in-8, 178^; Peletin, L'électricité animale, 1787; Deleuze, Histoire du magnétisme animal, i vol., i8i3.
Quels sorvices un pareil esprit ne pourra-t-il pas rendre à toute l'humanité ! Il faut à tout prix étudier les moyens de produire de pareilles transformations de l'esprit, cultiver ces dispositions, apprendre à se servir de ces instruments admirables qu'on aura créés, en un mot il faut travailler à faire des somnambules extralucides. Tel a été le but poursuivi avec acharnement pendant un demi-siècle par une foule de bons esprits. Ils ont dépensé pour cette œuvre des trésors d'intelligence, de patience et de dévouement et c'est leur œuvre à la recherche de cette pierre philosophale, « la somnambule extra-lucide » qui constitue véritablement le Macrnétisme animal français.
Les principes généraux qu'adoptaient ces travailleurs pendant la deuxième période ne diffèrent guère de ceux que Mesmer enseignait dans la première. Il s'agissait toujours de transformer un homme par l'action d'un fluide mystérieux qui se rapprochait de l'électricité et du magnétisme. Tout au plus faut-il dire que l'on ne parlait plus des astres et que l'on se préoccupait moins du fluide universel. Le fluide que l'on voulait utiliser était un peu moins prétentieux, plus humain : « le fluide magnétique, dit Deleuze, est une émanation de nous-mêmes dirigée par la volonté... magnétiser pour guérir, c'est secourir avec sa vie la vie défaillante d'un être souffrant. » Ce fluide est invisible pour nous, mais les somnambules qui voient tout, l'ont vu s'échapper des mains et des yeux du magnétiseur. Les unes le voient blanc, les autres rouge, jaune ou bleu, on ne s'entend pas sur la couleur, mais ce qui est certain c'est que le magnétiseur peut en remplir une bouteille et que transporté au loin il continuera à produire ses effets. Tout cela n'a pas au fond une très grande importance, il s'agit toujours d'un agent mystérieux que l'on essaye d'employer sans le connaître et dont on attend sans conviction des effets miraculeux. C'est dans la pratique que ce nouveau magnétisme diffère sérieusement du précédent : il s'agit avant tout de fabriquer des somnambules lucides, c'est un problème bien singulier dont il est facile de voir toute la difficulté et tout l'intérêt. Il s'agit de déterminer sur une personne une modification psychologique très profonde et très nette d'une manière tout à fait expérimentale, au moment où on la désire, et de ramener ensuite cette personne à son état normal sans grands troubles. Cette modiflcation ne doit pas être obtenue par des poisons capables de faire naître diverses ivresses, il faut
d'après les principes, l'obtenir au moven d'un fluide inA'isible c'est-à-dire d'une manière immatérielle sans aucune violence extérieure et sans aucun poison. Les chercheurs qui avec une témérité invraisemblable se posent un problème pareil vont être forcés d'étudier l'état mental de leur sujet pour reconnaître la modification somnambulique quand elle se produira. Il va falloir noter scrupuleusement les actions, les paroles de ce sujet, déterminer son caractère, ses souvenirs, ses sensations. Les magnétiseurs vont prendre l'habitude d'écrire perpétuellement tout ce qu'ils observent pendant les séances, les moindres mots que prononce le sujet, les paroles que l'on dit devant lui. J'ai étudié autrefois les travaux d'un magnétiseur très intéressant, le D'"Perrier (de Caen) et son fils avec une obligeance dont je le remercie m'a remis un certain nombre de ses manuscrits qui contiennent des notes prises pendant qu'il cherchait à magnétiser des malades. Ce sont de minutieuses observations médicales et surtout des observations psychologiques prises sur une personne étudiée isolément.
Les magnétiseurs vont être obligés également de chercher tous les moyens possibles pour transformer un état mental, ils seront forcés d'étudier le rôle de l'émotion, de l'attention, de la fatigue. Ils savent que leur sujet n'est pas lucide s'il n'est pas capable de se concentrer, ils le rappellent à l'ordre incessamment, ils savent qu'il se fatigue vite, que les séances ne peuvent pas r-tre impunément trop prolongées. Quand on s'occupe perpétuellement du somnambulisme et de ses variations on aura à se préoccuper de tous les accidents nerveux et mentaux qui avoisinent le somnambulisme. Les magnétiseurs ont été les premiers à bien connaître tous les accidents névropathiques et toutes les formes des crises nerveuses. 11 y eut là pendant un demi-siècle tout un ensemble d'études qui ont amené la psychologie contemporaine.
En même temps ces personnages qui passaient des jouinées entières auprès de leurs sujets et qui travaillaient tant pour les comprendre ont été forcés de s'intéresser à eux. Ils n'avaient plus à pratif[uer une opération physique sur un inconnu, mais ils devaient pénétrer avec sympathie dans son esprit: « Veuillez donc le bien du malade, disait Deleuze, ne vous distrayez pas de votre entreprise et vous porterez nécessairement sur lui l'impulsion et l'impression du sentiment qui vous anime... la première
condition pour m;ignéliser, c'est la volonté, la seconde c'est la confiance que le magnétiseur a dans ses forces et la troisième, c'est la bienveillance et le désir de faire du bien. » « Il faut régulariser la vie physique et morale du sujet qu'on endort », disait Teste. Il ne faudra pas s'étonner si la psychothérapie est sortie du Magnétisme animal.
Le magnétisme n'oubliait pas qu'il avait eu pour but primitif la sfuérison des maladies, il continua ses essais de traitement
en même temps qu'il poursuivait ses recherches psychologiques. Le traitement des malades se faisait de deux manières : la première était la plus simple et la moins intéressante. On amenait le malade devant une somnambule et cette personne à qui on attribuait une lucidité prodigieuse voyait les lésions à travers le corps du malade et indiquait les remèdes à appliquer. « Cette personne a des boutons plein l'estomac... celui-ci a un paquet de cheveux dans l'intestin... Je vous vois la poitrine toute écorchée en dedans et je vous défends de chanter d'ici plusieurs jours ; c'est gratté comme avec un canif et vous avez de la poussière dans les poumons *. » Les remèdes ordonnés sont quelquefois bizarres : une somnambule de Perrier aime beaucoup qu'on se repasse la poitrine avec un fer chaud, une autre ordonne souvent de la poudre de verrues de cheval ; mais ces remèdes bizarres n'en sont que meilleurs. Le D"^ Clapier compte en deux mois plus de 60 guérisons complètes opérées grâce aux conseils de son somnambule. « Je n'y suis pour rien, ajoute-t-il, car je n'ai fait qu'appliquer ses ordonnances -. » Quelle admirable modestie !
Ce n'était là en réalité que le traitement rapide et vulgaire des malades peu intéressants ; le véritable traitement consistait toujours à agir directement sur le malade pour le transformer, pour le rendre lui-même somnambule extra-lucide. Tous les travaux, toutes les recherches psychologiques et neurologiques dont nous avons parlé étaient faites sur des malades qui cherchaient leur i^uérison en essavant de devenir somnambules. Pour y parvenir ces braves gens changeaient toute leur vie, se rendaient tous les deux jours ou tous les jours chez le magnétiseur, lui consacraient des heures entières. Ils transformaient toute
I. Journal du magné Us me, I, p. 7O. Hermès. 1826, p. ^o. a. Hermès, 1820, p. 21G.
leur hygiène physique et morale, surveillaient avec une attente anxieuse les progrès de leur métamorphose, les modifications de leur sensibilité, de leur mémoire, enfin ils travaillaient avec le magnétiseur à la fois à leur propre guérison et à des découvertes superbes qui devaient transformer le genre humain.
Ces deux recherches psychologiques et thérapeutiques déterminèrent un enthousiasme incrovable et le magnétisme animal eut vers i84o une période défloraison et de succès qu'il ne faut pas oublier pour apprécier plus tard des mouvements d'enthousiasme analogues mais bien plus restreints. Le nombre des chercheurs qui de i8i3 à i85o consacrèrent leur temps et leur dévouement à ces études fut considérable. 11 ne faut pas croire que ces magnétiseurs étaient tous des naïfs ou des charlatans : c'était très souvent les hommes les plus distingués de leur époque : médecins, naturalistes ou philosophes. Je ne compte pas actuellement parmi eux des hommes comme Bertrand, Ordinaire, Faria, ni ceux qui s'intitulent eux-mêmes les animistes: ils se rattachent à un autre groupe de chercheurs et nous les retrouverons parmi les précurseurs de l'hypnotisme. Je ne parle que des magnétiseurs proprement dits, de ceux qui cherchaient directemei>t la transformation du système nerveux afin de produire le somnambulisme lucide. Parmi eux se trouvent encore bien des noms qui méritent de ne pas être oubliés : je rappelle le médecin Deleuze, le philosophe Douillet qui associaient leurs recherches à celles du célèbre physicien Ampère, des médecins et des physiologistes comme de Lausanne, Chardel, A. Dupau, Ricard, Aubin Gauthier, Ilenin de Cuvillers, Charpignon, Teste, Chambard, Lafontaine, Morin, Olivier, Dupotet (de Sennevoy), Perrier (de Caen), Despine (d'Aix). Des sociétés magnétiques se fondèrent partout, il y en eut plusieurs à Paris; en province, la société magnétique de Rennes, l'Athénée Troyen de mesmérologie, 1847, ^^^ sociétés magnétiques de Caen, de Reims où se réunit un congrès magnétique en i845 sont restées célèbres ; il y eut même une succursale, une société magnétique à la Nouvelle-Orléans, en Amérique. Les journaux que publièrent ces diverses sociétés sont en grand nombre. Je rappellerai les Archives du magnétisme animal, iSao-aS, le journal de Deleuze, 4 volumes in-8, 1826-29, l'Hermès, 1826, le Propagateur du magnétisme animal, 1828, le Journal du magnétisme animal de Ricard, 1889, les Annales du magnétisme, 8 volumes in-^^. 181 '1-
1826, la Inbliothèquc du magnétisme par un membre de la société du magnétisme, le Révélateur, 1837-1888, le Journal du magnétisme de Dupotet (de Sennevoy), 1847, ^^ journal anglais The Zoist, « a journal of cérébral physiology and mesmerism », i3 volumes, Londres, i844-i856. Quant aux livres ils forment toute une bibliothèque et ne peuvent être énumérés.
Toutes ces réunions étaient très actives, rédigeaient des journaux, fondaient des prix, décernaient même des décorations de l'ordre magnétique. Le public très intéressé riait un peu, mais suivait avec passion tous ces travaux. Le clergé lui-même favorisait le plus souvent le magnétisme et les journaux prétendent qu'il le faisait apprendre aux religieuses chargées de soigner les malades. Lacordaire parle en chaire du magnétisme et dit que c'est le dernier rayon de la puissance d'Adam dans le paradis terrestre, il en fait remonter l'invention aux prophètes. On fonde même des hôpitaux magnétiques à Londres et à Calcutta. La quatrième page des journaux aujourd'hui consacrée à d'admirables recettes pharmaceutiques était encombrée d'aflTiches de somnambules lucides, très lucides, extra-lucides suivant le prix qu'on voulait y mettre. Le magnétisme devenait bruyant, le 28 mai i85o on célébra la fête de Mesmer d'une façon qui fit époque; grande lettre de convocation, distribution des récompenses, concert, banquet gigantesque, toasts interminables et chansons composées pour la circonstance dont voici le refrain :
Ce sont les nerfs, ce sont les nerfs, Qui font mouvoir tout l'univers, C'est par les nerfs, oui par les nerfs Que nous possédons l'univers.
On mit enfin le magnétisme au théâtre : Adolphe Didier fit en i85o des tournées analogues à celles qui illustrèrent plus tard Donato. Le programme était alléchant : « grande fête des merveilles, séance de magnétisme par le célèbre somnambule Adolphe Didier, nouvelles expériences de vision malgré l'occlusion des yeux, transmission de la pensée, voyages à distance, poses extatiques. » Sur les vrais théâtres le magnétisme jouait un rôle et devenait la cheville ouvrière des pièces comme autrefois Scapin. Un grand drame, « la Croix de Saint Jacques » en 5 actes et 6 tableaux se jouait à la Gaieté : je n'y ai compris qu'une chose c'est qu'il y a là trois jeunes filles qu'on magnétise
LES GUÉRlSONS MIRACULEUSES 29
tout le temps, qui devenues lucides révèlent les secrets les unes des autres et débrouillent ainsi une intrigue enchevêtrée qui ne se serait jamais débrouillée sans cela. Dans son grand drame « Urbain Grandier », Alexandre Dumas nous prouve que pour entrer dans un couvent le meilleur moyen est de magnétiser la portière, la supérieure et toutes les personnes que l'on rencontre '.
La décadence du magnétisme se préparait par ses exagérations mêmes, les jugements des Académies vinrent comme la première fois la précipiter. Une première commission avait examiné le magnétisme en i83i et le rapport de Husson quoique sévère sur la clairvoyance et la lucidité n'avait pas été trop défavorable : « il est impossible, disait-il, de refuser sinon sa croyance, du moins son étonnement à ce qui s'est passé dans cette séance ». L'Académie fut étonnée de ce rapport: devant les invraisemblances de plus en plus giandes et le mécontentement de ses membres elle nomma une seconde commission vers i8/io pour examiner les deux somnambules présentées par le D"" Berna. Le rapport fut rédigé par Dubois (d'Amiens) et traita fort durement le magnétisme. Tous les phénomènes sont niés, même l'insensibilité ; tout est rapporté à une mystification adroite. C'était évidemment exagéré, M. Berna protesta ainsi d'ailleurs que plusieurs membres de l'Académie. Les querelles relatives au prix proposé par Burdin pour les personnes qui pourraient lire avec les yeux bandés, les discussions absurdes à propos du bandeau de la D"" Pigeaire rendirent ces études de plus en plus ridicules. Depuis lors le magnétisme animal était condamné dans le monde savant, il persista encore une vingtaine d'années plus ou moins dans l'ombre, mais il fut de plus en plus la proie des charbttans et il sembla disparaître. Les erreurs, les ixagérations, les extravagances et surtout la confusion complète de ces études avaient caché et fait méconnaître les vérités intéressantes qu'elles contenaient.
Le défaut de ces chercheurs fut double, ils furent trop ambitieux à la fois au point de vue scientifique et au point de vue pratique. Au point de vue scientifique ils ont voulu tout de suite faire la physiologie complète du système nerveux. Au point de vue pratique ils ont immédiatement voulu appliquer à la cou -