‹ Les médications psychologiquesChapitre 8 sur 123 · Joiirnul (lu langnélisiiic. i8f\ii-iS^O p'isslin · texte numérisé non relu

Joiirnul (lu langnélisiiic. i8f\ii-iS^O p'isslin

naissance des secrets du monde et de l'avenir et au traitement de toutes les misères possibles des notions encore si vagues sur des changements de nature inconnue que l'on déterminait dans l'esprit humain. Ils ont bien payé leur ambition démesurée : leurs travaux et leurs personnes furent tournés en ridicule d'une manière invraisemblable et toute leur œuvre sombra dans le mépris. On ne peut se figurer quelle défaveur s'étendit sur ce genre d'études : un médecin risquait toute sa carrière s'il s'occupait de ces choses, les hommes les plus estimés, les plus haut placés n'osaient pas avouer ouvertement qu'ils observaient des somnanibulismes. Le grand aliéniste de Rouen Morel n'a jamais dit tout haut qu'il magnétisait quelques malades. J'ai eu des renseignements très curieux sur la vie d'un médecin fort distingué d'une ville de province qui fut toute sa vie un grand magnétiseur sans que personne le sut. 11 avait sa maison en quelque sorte officielle dans la ville : il en sortait de bon matin une boite d'herboriste sur le dos, soi-disant pour herboriser dans la campagne. En réalité il se rendait à une petite maison qu'il avait installée dans un village voisin où il gardait en secret un petit hôpital de maladies nerveuses : il avait là de pauvres femmes somnambules qui avaient l'ordre de vivre cachées, qui devaient rester endormies et immobiles pendant son absence et sur lesquelles il faisait d'interminables recherches. Il y a là de véritables romans avec séquestration arbitraire que je raconterai quelque jour d'une manière plus complète car ils sont bien curieux. Pendant cette période beaucoup de travaux remarquables furent cependant publiés mais sans vaincre l'indifférence et la défiance du public scientifique.

Le magnétisme animal a laissé quelques traces : les problèmes qu'il a soulevés prématurément intéressent encore quelques chercheurs, on parle encore un pieu dans les congrès magnétiques et psychiques de la force nerveuse, de l'influence d'un système nerveux sur un autre, des fluides et de la polarité du corps humain. Mais ces études effrayent la majorité des savants qui ne se croient pas capables d'aborder actuellement de telles recherches avec fruit. Les affirmations des magnétiseurs n'ont plus assez d'influence sur l'esprit public pour qu'on les croie encore capables de mettre en mouvement des forces mvstérieuses et le doute leur a enlevé la plus grande partie de leur puissance curative.

Il ne faut pas croire cependant que les thérapeutiques de ce genre fondées sur l'usage des remèdes mystérieux aient complètement disparu. Il est bien probable qu'une partie au moins de la puissance reconnue aux traitements électriques, aux traitements par le radium ou même par des injections de sérunis merveilleux dépend de phénomènes psychologiques analogues. Pour ne prendre qu'un exemple voici une méthode thérapeutique assez célèbre en Amérique qui semble bien au point de vue de son mécanisme comparable aux anciens traitements par le magnétisme animal : je veux parler des pratiques de l'ostéopathie.

On trouverait des renseignements sur cette singulière méthode médicale dans les ouvrages de MM. E.-R. Booth, G.-D. Hulett D. L. Tracker et dans le Journal of Osteopathy'. Le fondateur de cette nouvelle méthode de guérison universelle est le D'' Andrew Taylor Still de Balwin (Kansas) en 187^^. La première école fut établie à Kirksvill (MO.) en 1892. « L'Ostéopathie est le traitement de toutes les maladies par l'écartement de leur cause grâce à un réajustement anatomique... la maladie est causée par un léger défaut de l'anatomie causant une pression ou un obstacle dans le cours des nerfs ou des vaisseaux sanguins qui vont à la partie affectée... il est plus scientifique d'écarter cette cause avec les doigts plutôt que de ne traiter que les effets, c'est-à-dire les symptômes avec des drogues. » Cette déformation que l'on considère comme la cause de toutes les maladies consiste dans un déplacement léger d'une ou de plusieurs vertèbres, car le moindre déplacement de la colonne vertébrale modifie la circulation, l'état de la moelle et des nerfs. La localisation de la maladie dépend de l'aire de la moelle affectée : si le déplacement est dans le cou, c'est l'œil, l'oreille ou le nez qui manifestent la souffrance, si le déplacement est dans la partie supérieure du dos, c'est le cœur ou les poumons, s'il est plus bas c'est dans l'abdomen que l'on observera des troubles. Le véritable traitement découle tout naturellement de ces principes, il consistera toujours dans un massage profond, une sorte de pétrissage des muscles de la gouttière vertébrale : c'est là le

I. E. l\. Boolh, Hislory of ostcopalhj and twentiest cenlury médical praclicc, Cincinnati: G. D. Hulett, Priitciples of oslcopathy, Clovcland ; D. L. ïrakcr, The principles of osteopalhy, Los angeles ; 11. K. Smitli, Massachusel's Journal of osleopalliy. novembre, décembre ii)o5.

seul et unique traitement appliqué par cette école dans toutes les maladies possibles.

Quoique cela puisse sembler bizarre, ce traitement a un grand succès : on compte, disait récemment le journal de l'Ostéopathie plus de 3 5oo praticiens de ce genre dans les Etats-Unis qui exercent dans de nombreux dispensaires disséminés dans bien des cités Américaines ; beaucoup d'ouvrages et de journaux sont consacrés â relater les succès thérapeutiques et l'on rencontre très souvent des malades enthousiastes et reconnaissants. Comment s'effectuent ces guérisons ou ces apparences de guérison, il est peu probable que ce massage de la colonne vertébrale joue un grand rôle. Il est vraisemblable qu'il y a encore ici d'autres forces mises en jeu à l'insu du malade et de son médecin. Le prestige de la science anatomique joue ici le même rôle que le prestige de l'astronomie dans les pratiques de Mesmer ou le prestige de la science physique de l'électricité dans les traitements magnétiques. C'est encore là malgré son aspect pseudoscientifique un traitement médical qui rentre dans les magies. Son succès tout récent nous montre bien qu'en médecine les pratiques magiques n'ont pas disparu.

!x. — La valeur des traitements miraclleux.

Il est trop facile de tourner en ridicule les récits des guérisons miraculeuses : tout a été dit sur ce point non seulement par les incrédules mais par les croyants eux-mêmes. Car les dévots d'une religion éprouvent un singulier besoin d'attaquer les superstitions voisines : jamais les fidèles de Lourdes ne voudront croire aux récits des miracles d'Esculape et jamais les admirateurs du magnétisme animal ne prendront au sérieux les miracles de Lourdes. Chacun attaque cruellement son voisin sans se douter que ses critiques retombent sur lui-même.

Il est évident en effet que la dllficulté principale de ces études ne consiste pas à interpréter les faits miraculeux, mais ii les constater. Il ne s'agit pas de discuter indéfiniment, comme le fait M. Bertrin, pour savoir si la rapidité de la guérison est un signe de miracle, si la sainte Vierge en guérissant doit ou ne doit pas laisser de cicatrice'. Il s'agit de savoir tout simplement

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