Op. cit., p. 189, 201, 2i
que clans une foule de phénomènes considérés comme seminormaux, semi-pathologiques et dont la fatigue et l'émotion sont les types, le niveau de l'activité mentale s'abaisse, les adaptations difficiles à des situations nouvelles ne peuvent plus se faire, les tendances supérieures, cest-à-dire les plus complexes et les plus récemment acquises ne peuvent plus s activer complètement et restent à des stades d'activation peu avancés ou bien ne parviennent à l'action complète que très lentement et tardivement. Plus la dépression est profonde, plus le nombre des tendances qui subissent cette dégradation est considérable et plus le trouble pénètre jusqu'à des tendances élémentaires.
Il est facile de constater que la suggestion est en rapport avec ces phénomènes de dépression. On observe la suggestibilité dans la fatigue : la distraction de l'homme qui travaille et qui fait ou qui vient de faire un grand effort d'attention est en grande partie un résultat de la fatigue et c'est pendant cette distraction que l'on observe le plus de suggestions au moins élémentaires chez l'homme normal. M. Lagrange et M. Tissié ont cité des exemples remarquables de suggestibilité apparaissant après de grandes fatigues, chez des coureurs de bicyclettes par exemple.
On remarque plus facilement encore le rôle de l'émotion qui n'est en réalité qu'une espèce de fatigue, comme j'ai essayé de le démontrer'. La plupart des auteurs ont insisté autrefois sur ce point, il suffit de lire les études de Mesnet^ de Liébault^ de Myers*, de Beaunis', qui insistent sur le changement de figure du sujet au moment de la suggestion et sur le trouble émotionnel de ses idées. J'ai moi-même résumé autrefois ce rôle de l'émotion et de la fatigue dans chaque suggestion : « Quand on affirme à une de ces malades, une idée bizarre en contradiction avec la réalité, elle reste surprise, elle semble recevoir un choc émotionnel et pendant quelque temps elle résiste, c'est-à-dire que pendant quelque temps elle conserve dans sa conscience la notion de sa personnalité, la connaissance des objets extérieurs et que ces idées justes s'opposent à la pensée contradictoire. Ensuite, l'attention se fatigue extrêmement vite, le malade ne peut con-
1. Les problèmes psychologiques de l'émotion, Revue neurologique, 1909, p. i556.