Azam, Revue scientifique, i
4. Cf. parmi beaucoup d'autres l'observation des fugues de Rou, Névroses et idées fixes, 1898, II, p. 256.
tiques ont une grande indépendance et reconquièrent, comme on vient de le voir, plus de volonté personnelle que pendant la veille. M. Bernheim dans son dernier article*, fait une autre objection. Il dit que la plupart des phénomènes caractéristiques de l'hypnotisme et en particulier l'amnésie post-hypnotique peuvent être déterminés même dans l'état de veille par la suggestion. Je ne crois pas que ce soit très facile ni que cela puisse être obtenu chez tous les sujets, mais peu importe. Si pendant la veille vous avez obtenu par suggestion tous les phénomènes caractéristiques de l'hypnotisme y compris lamnésie consécutive, vous avez déterminé un état hypnotique par suggestion, voilà tout. C'est là une théorie sur la production du sommeil hypnotique par suggestion et non une théorie sur ses caractères et sa définition. Pourquoi M. Bernheim veut-il que le sommeil par suggestion soit de l'hypnotisme et ne veut-il pas que le somnambulisme par suggestion soit de 1 hvpnotisme ? Je suis donc obligé de conserver mon ancienne opinion, c'est que l'hypnotisme, quel que soit le procédé qui a permis de l'obtenir rentre dans le groupe des états somnambuliques, comme la suggestion rentre dans le groupe des impulsions.
Peut-on aller plus loin et se faire une idée générale du somnambulisme ? Le somnambulisme est une modification de l'état mental d'un individu instable et cette modification consiste en changements très variés qui ne sont pas les mêmes chez tous les individus. J'ai noté autrefois des modifications dans les sensibilités prédominantes, dans la nature et le nombre des tendances qui peuvent être évoquées, dans l'étendue du champ de la conscience. Je crois maintenant qu'il faut y ajouter des changements importants de la tension psychologique : souvent elle est diminuée dans les hypnotismes où l'attention et la volonté sont plus faibles que pendant la veille, où la suggestibilité est accrue ; quelquefois elle monte au contraire beaucoup et on obtient des états artificiels où la volonté personnelle est plus grande et où la suggestibilité a disparu. Il y a d'ailleurs dans de tels états bien d'autres changements que nous connaissons imparfaitement.
Mais cela n'est pas suffisant, car de tels changements survien-
1. Bernheim, Définition et valeur de l'Iiypnotismo, Journal fiir psychologie und neurologie, Leipzig, igii, p. 47'-
lient incessamment au cours de notre vie et ne déterminent pas des somnambulismes. C'est que d'ordinaire ces changements sont petits, ou graduels, ou compensés par d'autres phénomènes et qu'ils n'altèrent pas la continuité de la mémoire personnelle. Quoique je sois maintenant fatigué et déprimé, je me souviens encore de ce que je faisais tout à l'heure quand je ne l'étais pas. Dans certains cas et pour différentes raisons, parmi lesquelles la suggestion même peut jf)uer un rôle, ces modifications de l'état mental sont accompagnées par une modification dans la continuité des souvenirs personnels et par l'apparition des mémoires alternantes. L'apparition de ce signe est très grave et amène une foule de conséquences importantes ; comme le disait déjà Gurney : « les pertes de mémoire sont si communes et si importantes après l'état hypnotique que les cas qui les présentent et les cas qui ne les présententpas ne doivent pas être confondus sous un même nom général'. » Sans doute cette amnésie qui suit le somnambulisme a des caractères très spéciaux : elle est variable, elle peutêtrejusqu'à un certain point et au moins momentanément induencée par la suggestion, elle n'est pas très profonde et n'existe que pour les remémorations personnelles et non pour les remémorations automatiques, elle peut ne pas être très durable et disparaître avec le temps ou avec les modifications de la maladie et de la tension psvchologique. Le souvenir des états hypnotiques réapparaît pendant la veille après un certain temps comme celui des somnambulismes et celui des doubles existences, cela est très vrai, mais cela n'empêche pas que cette amnésie existe et qu'elle soit très caractéristique. Le somnambulisme devient donc pour nous une transformation momentanée et passagère de l'état mental d'un individu capable de déterminer chez lui des dissociations de la mémoire personnelle.
La définition de l'hvpnolisme en'^'ésulte tout naturellement. Une observation curieuse faite probablement pour la première fois par Puységur nous montre que, par des procédés dont nous ne comprenons pas toujours bien l'action, nous sommes quelquefois capables de déterminer des transformations semblables sur certains individus, de les mettre en somnambulisme. L'hypnotisme qui est sorti graduellement de l'ancien magnétisme animal n'est pas autre chose que la production artificielle du somnambulisme.