PoMPONAT., Deincantat.y p
POMPONACE 473
Les rites, prétendait Pomponace, comme toutes les choses générables et corruptibles, sont infinis. Ils se remplacent Tun l'autre comme un homme hérite d'un homme, comme une plante succède à une plante. L'Univers seul est éterneP.
C'est à l'action des corps célestes qu'il faut attribuer la mission des Législateurs, justement appelés fils de Dieu... Si l'on considère l'ordre de l'univers, on y verra tantôt s'améliorer, tantôt devenir pire la variété sans limite des phénomènes naturels, au nombre desquels il faut comprendre les religions... Les faits extraordinaires qui accompagnent l'établissement d'une nouvelle loi ne sont même pas des miracles, au sens vulgaire du mot. Pomponace insiste sur ce point capital de sa doctrine. « Non sunt... miracula quia sint totaliter contra natu* A ram et praeter ordinem corportim cœlestium; sed » pro tanto dicuntur miracula , quia insueta et raris- » sime factay et non secundum communem naturae cur^ » 5wm, sed in longissimis periodis^. »
En un mot, ces faits ne sont des prodiges que parce qu'ils se produisent rarement. Mais, à quelque intervalle qu'ils reparaissent, ils sont l'efTet d'une loi accomplie, non d'une volonté, dont les décrets échapperaient à toute prévision.
1. « Quarecum continua et œterna sit talis vicissitudo, habet causam seternam per se. In nullam autem aliam causam reduci potest, nisi in corpora cœlestia, Deum et intelligentias. Ergo ista naturaliter sunt a corporibus cœlestibus. » (De Incaniat., cap. xii, p. 290-291.)
^. De Incaniat, cap. xii, p. 29i.
47i LES MËDICIS.
Il faut pourtant échapper à rinquisition, et, concluant, séparer les thèses phUosophiques du Maître des opinions imposées au chrétien, — réserver à la foi le soleil qui s'arrête à la voix de Josué, qui pâlit quand Jésus expire.
Ces faits, qu'on doit croire, s'accorderont-ils avec le système astronomique d'Aristote? Nullement. « Le ciel en soi ne soufTre aucun repos ^ ^
D'autre part, « le contenu (le soleil, etc.) ne saurait avoir un mouvement indépendant de son contenant (le ciel). >
a Les corps célestes ne peuvent donc varier leur route » accoutumée, ni s'arrêter, ni se mouvoir plus vite ou » plus lentement *. »
11 faut donc choisir entre l'autorité de l'Église et celle d'Aristote.
Pomponace n'hésite pas.
Aristote et Platon étant des hommes mortels, faillibles, ignorants, pécheurs, leurs raisons ont beau nous sembler plausibles (apparentes)^ elles ne tiennent pas contre les déclarations de Dieu même.
Quand nous n'aurions rien à opposer aux solutions des sages, « comme elles sont contraires à la foi, ce qu'ils » allèguent est faux, falsum est. Impossibile namque » est Deum mentiri^ neque prsestigiarP . »
1. « Gœlum secumdum ipsum non potest quiescere, neque intelligentia intendere, vel remittere motum suum. »
(De Incantat., cap. xni, p. 315.)