‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 166 sur 167 · TiRABOSCHi, Letter, Ital., t. viii, p* 342, app · texte numérisé non relu

TiRABOSCHi, Letter, Ital., t. viii, p* 342, app

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effort se porta surtout sur les connaissances exactes. Les métaphysiciens étaient devenus des savants, au sens moderne du mot. Indispensable métamorphose. En dépit de ses vues, en tarit de points positives, Pomponace, fidèle au Magister diocit^ ne respecta-t-il pas dans ses deux grands livres la cosmologie déjà si ébranlée d' Aristote?

On ne peut se séparer de ces hommes sans émotion, car ils touchèrent de près ou de loin à tout ce qui fait vibrer en nous la conscience du vrai, Tamour du beau. Si quelques-uns, patients commentateurs de Platon et des Alexandrins, utopistes rétrospectifs d'une palingénésie païenne, n'appartiennent sous ce rapport qu*au monde de la curiosité, Tensemble de ces sages et de ces artistes se montre, au seuil de la civilisation moderne, entouré de chefs-d'œuvre, dans la cahne et sereine attitude d'un groupe d'Olympiens.

Gens de goût, au demeurant, et qui se riraient d'un emphatique hommage à l'instar de leur patron, Jean de Médicis, le plus accessible, le plus simple, — dirai-je le plus bourgeois ? — des grands seigneurs 1 Si pourtant jamais plus d'esprit n'apparut sur les hauteurs du pouvoir et de la société, peut-être y a-t-il lieu de se deman- ' der, devant l'insuccès pratique de Léon, si l'esprit a quelque emploi dans le gouvernement des humains.

Un moine du Nord, étranger aux délicatesses de

ritalîe (il la visita sous Jules II et fut scandalisé), arracha la moitié de l'Europe à Léon, parce qu'il était, ce Luther, un caractère, un tempérament, avant d'être une intelligence, parce que, en raisoirmême de son infériorité cérébrale, il primait cette nature raffinée du Médicis, incapable d'adhérer avec persistance aux partis-pris de l'homme qui veut peser sur les choses et sur ses semblables. Il faut croire aux résultats pour les produire, ce qui, après tout, est le rôle des gouvernants et des dominateurs.

Luther appelait Loyola, un autre athlète.

Entre la Réforme et les résultats du concile de Trente, l'Europe ne put qu'espérer un moment le maintien de son unité dogmatique et morale.

Le christianisme était en question de la fin du quinzième à la seconde moitié du seizième siècle, non-seulement en Italie, mais en France ; témoins le livre de Rabelais et le Cymbalum Mundi de Bonaventure Despériers. Il refleurit dans ses variétés doctrinales et dans sa double forme, protestante et romaine, par Calvin, Loyola, Jansénius et Fénelon. Et, sous le rapport politique, il partagea l'Europe en deux moitiés adverses.

Le dix-huitième siècle ramena pour toute l'Europe la situation intellectuelle oît la seconde Renaissance avait placé passagèrement l'Italie. Les deux époques sont sœurs : la France de Voltaire se relie, à travers deux âges de réaction, à l'Italie des Médicis.

Que si, saisissant les analogies plus que les contrastes

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des deux époques, on se plaît à les mêler dans une évocation pittoresque, quels piquants parallèles, quels rapprochements imprévus I Bouffons de Frédéric près des grotesques de Léon X, athées du roi de Prusse et familiers du pape dissertant devant lui pour et contre l'âme immortelle ! Ici, le miracle des arts plastiques, les régals de la forme et de la couleur ; là (en peinture, en sculpture, le dix-huitième siècle est un indigent relatif), les prestiges de l'art dernier-né, la Musique, telle que Gluck et Mozart l'ont faite, préludant par le drame lyrique et les suaves mélodies aux épopées du Titan Beethoven ! Jusqu'au Neveu de Rameau^ étalant ses plaies morales et celles d'autrui, se retrouve dans le digne fils de la prostituée, l'Unique Arétin, proxénète et fléau des princes, panégyriste de la Vierge et des courtisanes !

Pour les féconds résultats, pour l'étendue et la profondeur des doctrines, notre dix-huitième siècle a la palme. Toutefois, comme intelligence politique, Machiavel demeure incomparable. Que n'a-t-il pu joindre à ses vues quant à la nature des gouvernements, au jeu nécessaire de la force et de la ruse {loup et renard) ^ quelques-unes des notions de Turgot et de Condorcet sur la marche, nécessaire aussi, de la civilisation au point de vue des progrès acquis et croissants du grand nombre ! L'œuvre de ce pessimiste de génie serait supérieure à celle de Montesquieu lui-même, et d'une application infaillible à la pratique courante des affaires d'État.

On ne peut qu'indiquer ces captivants parallèles. Mais un autre rapprochement s'offre entre ces deux époques réunies et notre temps; il n'est pas à notre honneur, si Ton compare aux préoccupations, si souvent mesquines, et isolantes, de nos hommes de savoir, la haute distinction d'esprit, la généralité de vues, la généreuse concordance d'efforts des Encyclopédistes et des hommes de la Renaissance.

Appelée sans partage à la domination, la Démocratie ne peut plus trouver qu'en elle de frein et de ressort progressif. Elle s'oblige par là, sous peine de déchéance intellectuelle, à favoriser la sélection d'une élite, aristocratie de l'esprit vouée aux labeurs de la pensée pure, à ses raffinements, à l'indispensable superflu de la science et de l'art désintéressés.

Les nations aujourd'hui se doivent d'être à elles-mêmes leur Auguste et leur Léon X.

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