CHAPITRE XXI
Ons*est un peu étendu dans la description détaillée de ces spectacles et de ces fêtes. C'est que ce ne sont pas de simples réjouissances patriciennes ou populaires , mais comme la traduction animée d'un état particulier des esprits, dans une cité vivant d'une vie esthétique intense, à laquelle nul n'est étranger à aucun degré de l'échelle sociale. Satisfaire à ce besoin devient là, comme jadis à Athènes, une préoccupation des hommes d'État. Dans cette pensée sans doute, à l'instar du dramaturge grec, qui est en même temps le metteur en scène et le régisseur des interprètes de son œuvre, le Magnifique mène par la ville des chœurs de masques exécutant des chants Camascialeschi, Il est le créateur du genre, rinaugurateur de cette poésie folle et barbouillée de lie, — comme la muse de Thespis, — agreste et même un peu poissarde, ou parfois plus que grivoise.
Noi abbiam con noi Baccelli, Lunghi, e teneri da ghiotti;
Se la coda in man ti tienî ; Su, e 'ngiù, quel guscio meni * .
Il faut renoncer à traduire et beaucoup laisser à deviner. Il suffirait de ce spécimen pour se rendre compte des licences de ces chansons; elles empruntent aux produits des jardins et des champs, aux procédés des divers métiers, des allusions qu'il faut tenir dans l'ombre en indiquant aux connaisseurs la source d'oîi Ton n'ose les tirer que très parcimonieusement. Si ce fruit défendu les allèche, il est bon de les prévenir que la cueillette n'en est pas aisée parmi les branchages épineux qui les protègent. Je ne sache pas de texte italien dont il soit moins facile de pénétrer pleinement le sens que ces couplets écrits dans un idiome rustique ou dans l'argot professionnel des diverses troupes d'artisans qui les chantent : pâtissiers, fileuses d'or, cordonniers, revendeuses, fabricants d'huile , gaufriers , — jusqu'aux cureurs de retraits.
Forsechè vi parrà strano Agustar quest' arte nostra Se ci guarderete in mano, Pur' assai vi si dimostra.
1. Tutti i Trionfiy Carri^ Mascherate, o canti Carnascialeschi andati per Firenie dal tempo del Magnifico Lorenzo de* Medici fino aW anno 1559. — un volume in-8' avec cette seule indication : In Cosmopoli, 1750. — Canto délie Foresi di Narcetri.
58 LES MÉDKWS.
Les galants vidangeurs abondent en fleurettes aux dames :
Ha cîascuno il suo piombino, Grande, c grosso, e benentrante ; Quando al luogo sei vicino, E che 1 Tondo è li davante ; Tu vel metti in uno stante, Poi lo cavi, e lo riponi.
Et les mendiants, les ermites, les muletiers, le chœur alterné des vieux maris et des jeunes femmes, le dialogue des fillettes et des cigales.