‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 18 sur 167 · Voy. stance · texte numérisé non relu

Voy. stance

2; Ce mariage, décide au mois de décembre 1468, dix iilois après hi joute, fut célébré au mois de juin de Tannée suivante. 3; Stance 11.

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les champions pénètrent dans Tarëne, dans toute la pompe chevaleresque d'un défilé dont le poète chante les merveilles. J'aime cet éclat décoratif, un des caractères de Tart italien , cette fresque rimée dont le poète semble emprunter au peintre le procédé.

Comptons les tenants :

Roberti do Sanseverino;

Soderino ;

Pandolfino;

Ugolino dé* Martelli;

Niccolo Giugni;

Buongianni de^ Gianfigliazzi;

Braccio de' Medici : sur sa bannière, une jeune fille voilée de blanc tient une guirlande de feuillage ; sous un chêne un léopard à Tattache. Du cimier de la bride aux sabots, le cheval Spazzacampagna (Balaie- Champs) est couvert d'une housse de velours blanc semée de léopards, attachés chacun à un chêne par un lien d'or. Autour du paladin, ses pages à cheval, costumés de soie blanche, avec un rameau brodé sur la poitrine, trompettes, hérauts, autres pages à pied. Caracolent ensemble Pierantonio et Piero Pitti sous la même bannière : t Cupidon larmoyant, car une demoiselle lui a lié les bras, déplumé et raccourci les ailes. »

A leur suite, deux cavaliers de Bernardine da Todi :

Dionigi;

Il Riccio;

Pier Vespucci : — sur sa bannière une donzelle se

LA GIOSTRA Dl LORKNZO. 49

gaussait d'Amour et de ses traits, et dans un beau ruisselet flammèche de s'éteindre; de quoi le malin se courrouce. Au cimier du cheval, une touffe de cheveux de cette dame qu'Amour ne dompte pas... Sur l'écu du preux, enclume flottant sur mer par Tengin d'une voile.

Silvestro Benci monte Tempête^ dont la housse de velours cramoisi est pleine de chiens, de serpents et de loups.

Suivi d'écuyers cuirassés, Jacopo^ di Messer Poggio^ chevauche sur Santiglia. La housse est de velours noir. Sur la tête, une tête de Méduse garnie de perles. Au poitrail, hydre née du sang de Gorgone.

Carlo Borromeidi pour symbole le Phénix {la Fenice),

Ch' era nel fuoco, ov' alla muore e nasce Fra mirra e nardo le sue estreme fasce.

Sur la tête, une toque avec un certain filet de perles audessus, tel qu'il ne s'en vit de semblables. Belle et plaisante cotte d'armes. Mais pourquoi ce filet mystérieux ? Peut-être Cupido Tavait-il pris dans son épervier? Bien empanaché, le palefroi Bufolacchio est tout brave de soie pourpre et or. line broderie d'oranges enguirlande sa housse de satin cramoisi.

Benedetto Salutati maîtrise Scorzone, vigoureux moreau bien râblé. Pages, écuyers, trompettes et fifres.

Le héros du poète, Laurent ^ avec sa devise : < Le temps revient. » 11 porte mi-partie de gùeuie et d'argent,

avec un laurier {Latero)^ et auprès « celle que le ciel nous envoie comme exemple des splendeurs du chœur éternel, tissée au milieu d'une guirlande, toute vêtue d'azur et de belles fleurs d'or » ; et ce laurier est en partie verdoyant, en partie desséché.

Laurent a pour acolytes Giovanni Vbaldino et Carlo du Forme. Parmi les chevaux de main qu'on mène à sa suite, est le Prince^ gris pommelé, de très haute taille, et «dont les puissants assauts sont d'un éléphant)». En riches gênerons blanc, vert et pourpre, brodés d'un rosier couvert d'un côté de roses sèches, de l'autre n'ayant gardé que ses épines, douze adolescents accompagnent le fils de Cosme :

Paolanton de^ Soderini;

Giovan Cavalcanti;

Bernardo Bucellai;

Giovanbatista de' Ridolfi;

Pier di Gino Capponi;

Alessandro di Boccaccifio;

Francesco Gherardi;

Pier Corsino ;

Pier degli Alberti;

Il Mar supin ;

Giulian Pianciatichi ;

Andréa Carnesecchi.

Entre plusieurs chevaux de main, ce qu'il faut voîrj c'est le coursier de guerre caparaçonné d'azur, avec la fleur de lys, « octroi du roi très chrétien» . Sa housse est

semée et de roses fraîches et de roses pâles et languissantes. Il s'appelle par antiphrase Falsamico (faux ami). Laurent le monte pour jouter. Mais la merveille, c'est le rubis-balais qui flamboie à sa poitrine « comme chérubin et séraphin . »

Messer francesco da Sassatella ;

Jacopo Guicciardin ;

Pier Francesco de' Medici;

Filippo TomabtÂoni,

Voici Julien; le second fils de Gosme, sur un destrier tout couvert d'acier de Milan, est suivi d'un long cortège : troupe de hérauts, le fidèle Ulivieri^ Strozzo degli Strozzi son frère, Anton Boscol^ Bernardo Bon^ MalateslGy il Ciampello^ le favori de Julien, son mignon (?),

Giovenco suc che 1 servia volentieri.

« Son jeune taureau .qui le servait volontiers. »

Tous vêtus de gonelles de velours violet. Puis venait une bande en sauvages des Canaries. Cent valets criant : Palle ! Palle ! en pourpoint de velimrs azur semé de lucioles; fifres, trompettes, tambours.

Puis s'avancent ensemble deux des Pazzi^ Guglielmo^ montant Almonte^ et Francesco montant Roman. Sur leur bannière, une demoiselle en robe pourpre est peinte sous un pin; d'un air humble, elle fait tomber de l'arbre fruits et rameaux. « A ses pieds, un petit chien blanc et joli n'aspire qu'à lui obéir, et de ces rameaux se fait un gîte, » Au cimier du cheval de Guglielmo,

« un paon tient la patte droite en Tair ; il pose l'autre au milieu d'une flamme ». Un beau dauphin s'approche du feu dont il se rit comme une salamandre. Guglielmo porte au poing un autour. Une nombreuse escorte à cheval et armée de lances l'accompagne. Le chevalier inconnu en heaume secret {colC elmo secreto) vient le dernier.

Les portes sont closes.

On compte douze bannières.

Vingt et un chevaliers luttent un à un avec des chances diverses contre un pareil nombre de champions successifs : — Boni farte contre Pier Vespiccci ; Dionigi contre Giovanni Ubaldino; Laurent^ qui est descendu de Falsamico pour monter sur Baiardo contre Borromei; Carlo da Forme contre Guglielmo de' Pazzi; Benedetto Salutati contre un des barons envoyés par Bernardino da Todi; Braccio de'' Medici contre Laurent; Francesco contre Pieranton de' Pitti; Bracciolino contre Pier Pitti; Riccio contre l'autre baron envoyé par Bernardino; Silvestro Benci contre Ubaldino; Laurent (pour la troisième fois) contre Carlo da Forme; Benedetto contre Francesco de' Pazzi; Braccio contre Pier Pitti; Pier Vespucci contre Carlo da Forme; Riccio contre Bracciolino; Pierantonio conive Dionigi ; Carlo Borromei contre Guglielmo de' Pazzi^ dont le cheval Fellone < semble danser la ronde »•

Il soufle, et mord, et tire à rétrier, Tantôt fait le dragon, puis la girafe !

Braccio se mesure avec Carlo da Forme; Jacopo avec le terrible Guglielmo; Laurent avec Benedetto Salutati ; Dionigi divec Borromei... Mais, dans ces luttes de couples, — réglées par le programme, — interviennent des mêlées : secourus par des frères d'armes, les preux s'escriment dans une vaillante confusion où Laurent fait merveille.

II change deux fois de cheval.

Dunque la giostra pareva confusa,

Ghè dov' è moltitudîn, sempre arviene ; Cosl lutte le cose al mondo s' usa, E sempre chi fa tosto non fa bene.

Ma dirô quel che si potre' pur dire, Ghè molto santa cosa è Tobbedire^

Ils semblent barons de Paris y Tant la terre tremble. . .

Baron di Parigi!,.. Je flaire un peu l'hyperbole! Ces combats inspirés par la lecture des Beali de France me semblent l'imitation adoucie, à armes courtoises, des tournois décrits par ces poèmes chevaleresques, et comme un avant-goût des carrousels si à la mode au dix-septième siècle, et qui furent la transformation dernière des rudes joutes du Moyen-Age. A la fin de la lutte, on voit Laurent jeté par terre avec son destrier

1 . « Doncqucs la joule paraissait confuse, ce qui arrive parloul oij il y a multitude ; il en advient pareillement dans toutes les choses du monde,

et toujours qui fait vite ne fait pas bien Mais je dirai ce qui peut

toutefois se dire, que moult sainte chose est robéir. »

5i LKS MÉDICIS.

du heurt de celui de Francesco de' Pazzi, Au milieu de rémotion générale, et avant qu'on ait relevé sans blessure le prince de la jeunesse florentine, le poète, digne frère de Luigiy place un épisode grotesque : une sorte de bouflbn, Cino,

. . . Vedendo Lorenzo non si rizza, Si pose a bocca un gran fiasco di vino, Ë bewel tutto quanto par la stizza ; Ma poi che vide, che 1 suo paladino Era già dritto^ e corne un barbio guizza, Ricominciô a suonar per festa il corno Pur da gambassi molto chiai^o il giorno. Aogni giuoco Cino voleabere.

« Voyant que Laurent ne se relève, il se pose à la bouche un grand flacon de vin et le boit tout de malerage ; mais, après qu^il a vu que son paladin est déjà debout, *et qu'il frétille comme un barbillon, il recommence à sonner joyeusement de la trompe et fête allègrement le jour par ses gambades (?).

» A tout jeu, Cino voulait boire. . .

» Les jouteurs ôtèrent le heaume de leur tôte et mirent fin à si longs labeurs; au Jouvenceau fut donné avec grande fête le premier honneur de Mars par le laurier : l'autre fut donné à Charles Borromée. Adoncques ils attribuèrent justement cela, le laurier à Laurent, la renommée à la Renommée, et du bal* con toutes les dames descendirent.

}» Et maintenant, ô mon Laurent, tu as mérité la guirlande de fleurettes nouvelles ; maintenant a son cours la. foi acceptée et donnée dans la maison de ton Braccio Martelli...

» On marquera ton âge avec une pierre blanche : puisses-tu être heureux longtemps ! Nous toucherons si doucement notre luth qu'Eurydice sera ravie à Pluton. Nous te ferons ici divin,

et sacré dans le ciel, et nous ^élèverons une statue comme à Bélus.

» Emile, et vous, Marcellus^ Scipion, et toi qui délivras le peuple esclave et affranchis le Gapitole d'un joug si pesant, gardez sans envie dans Rome la gloire de vos triomphes. Car tu fus, ô mon Laurent (Lauro), le principe de la gloire qui t'élève au sommet, qui apporte honneur, victoire et renommée à la haute et digne Maison des Médicis, »

Après ces carrousels, forme adoucie du tournoi chevaleresque, se placeraient, s'ils n'étaient pas mentionnés dans l'analyse de VOrphée *, les débuts de l'opéra moderne. N'oublions pas le feu d'artifice tiré en 1450 aux frais du grand Cosme par Bartolomeo Gapolini, une des plus vieilles illustrations de la pyrotechnie.

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