Pages 24-1-242 de notre premier volume
« Optimi maximique Jovis interpres ac filius, servator, rex, juxta vatum responsa, ex Olympo devolavit in terras, et, hominis assumpta figura, se pro salute Reipublicœ sponte devovit Diismanibus, atque ita concionem, sive civitatem, sive Rempublicam suam asseruit in libertatem, ac Jovis optimi maximi vibratum in nostro capite fulmen rcstinxit, nosque cum illo redegit in gratiam, ut persuasionis munificcntiss ad innocentiam reparati, et a sycophantoe dominatu manumissi, cooptemur in civitatem, et in Reipublicœ societate persévérantes, quum fata nos evocarint ex hac vita, in Deorum immortalium consortio rerum summa potiamur. »
CiceronianuSj sive de optimo dicendi génère Dialogus. — Desiderii Erasmi Rott. Opéra omnia; LugduniBatavorum,1703, t. I, p. 974, etc.
impérieusement aux arts plastiques défendirent mieux les sculpteurs et les peintres contre cette invasion des formes de l'érudition païenne dans Tinterprétation des sujets sacrés.
Au point de vue mythique, ils n'en admirent guère d'autres que les types dont le mélange avec les person • nages de la légende chrétienne était dès longtemps consacré : les Sibylles, par exemple. Mais un écueil, contre lequel les réformateurs piagnoni vont s'élever avec énergie, menaçait la pureté héréditaire des grandes figures de la légende : sous l'influence de l'école jiaturaliste, aux physionomies sacrées transmises par la tradition se substituèrent, pour représenter la Vierge, le Christ, les Saints, des portraits de personnages profanes , parfois scandaleux , comme au Vatican où Alexandre VI adora, sous les traits de Marie, les charmes de Giulia Farnèse. Parmi les artistes de cette époque les plus émancipés au point de vue religieux, on est surpris de compter le Pérugin. Il s'éprit un moment d'enthousiasme pour la réforme de Savonarole ; mais , après le supplice du grand prédicateur, ses convictions chrétiennes ne tinrent pas longtemps contre les lumières philosophiques qui s'imposaient à tous les hommes supérieurs :
« 11 était sans religion, dit Vasari, et on ne put jamais lui faire croire l'immortalité de l'âme. Toutes les raisons qu*on lui donnait de ce dogme se brisaient contre ce caractère de porphyre! »
Ea cela Pérugin n'appartient pas au platonisme, mais se rattache aux sentiments de Técole aristotélique de Padoue , qui exerce dans la seconde période de la Renaissance italienne une influence au moins égale au crédit obtenu dans la première par les idées de Pléthon et de Ficin.
Toujours orthodoxe dans son œuvre, Pérugin aurait une fois trahi sur la toile le secret de son incrédulité. En son tableau de la Résurrection^ au musée du Vatican , parmi les quatre soldats qui gardent le Saint Sépulcre, un seul n'est pas endormi. Il fixe sur le Christ ses yeux éblouis à moitié par la lumière. « Ce guerrier » debout n'est autre que Pérugin lui-même; et, pour 3) peu qu'on étudie sa physionomie inquiète et contrac- » tée, on y lira sans peine une expression de tristesse et » de doute et comme l'interrogation désespérée d'une » âme sceptique, qui semble demander au Christ s'il est » bien réellement le fils de Dieu ^ »
Quoi qu'il en soit de cette interprétation, trèsplausible d'ailleurs, les sentiments philosophiques du peintre, si fidèle aux catholiques traditions de l'école ombrienne, du maître de Raphaël, éclatèrent à sa mort. Comme on lui demandait de remplir ses derniers devoirs de chrétien : « Je veux voir, répon- )) dit-il , ce que deviendra là-bas une âme qui ne
1. Voy. De VArt chrétien^ par A.-F. Rio; Paris, Hachette, 1861, t. I, p. 258.
)) se sera pas confessée *. » Et il finit en libre penseur. Michel'Ange, lui, eut toujours des tendances au mysticisme. Savonarole s'attacha bientôt son âme concentrée : l'austère tendresse de Vittoria Golonna devait le fixer sans retour à la croix, dont il chanta dans ses sonnets les affres et les grâces. Mais son imagination d*artiste et de poète put s'épanouir un instant aux vagues enchantements du platonisme. Expliqués par Marsile, célébrés par Politien, ces mystères, qu'égayait Pulci, étaient discutés par les sages dans les jardins de Laurent à Saint-Marc. Bien jeune encore, le futur peintre de la Sixtine venait d'être admis dans ces jardins par le Magnifique, son protecteur, pour y étudier les statues antiques rassemblées là, grâce aux soins du patron de la Pléiade. Son bas-relief des Centaures date de cette époque. C'est à ce moment aussi que se rapporte l'anecdote si plaisamment racontée par Benvenuto Cellini dans ses amusants Mémoires.
« Unjour, lui dit Torrigiani, que ce Buonarroti m'ennuyait de ses plaisanteries Je devins furieux, et je lui appliquai un si terrible coup de poing sur le nez que je sentis l'os et les cartilages se briser sous ma main comme une oublie, de sorte que toute sa vie il en portera la marque. » — « Ces paroles, ajoute Benvenuto, soulevèrent tant de haine chez moi, qui chaque jour admirais les chefs-d'œuvre du divin Michel-Ange, que, loin
1. Cité d*après le même ouvrage, et selon im exemplaire de Vasari (1" édition), où ce fait est relaté dans une note écrite en marge par Gaspare Celio, peintre romain du seizième siècle.
1i LES MÉDICIS.
d'avoir le désir de suivre Torrigiani en Angleterre, je no pouvais plus souffrir sa présence K »
Le calme des horizons platoniques pouvait-il convenir longtemps à Michel-Ange, peintre de la Bible plus que de l'Évangile, à ce Judœo-Grec de Tart, enivré des visions d'un illuminisme tragique, — Grec, mais de la Grèce primitive des Cyclopes ei des Titans, de la Grèce d'Eschyle, plus que de celle de Sophocle ou de Phidias?
1. Mémoires de Benvenuto Cellini, traduction Léopold Leclanché, 2" édition; Paris, Paulin, 1847, t. I, liv. I, ch. m, p. 37.