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Généalogie de quelques Or si ni cités

Jean d'Orsini surnommé Gaietano.

(xii« siècle).

Mathieu, eut entre autres enfants :

Napoléon.

A plusieurs degrés de descendance Jean.

Charles Latin, sei{,meur de Mentana; eut entre autres enfants

Clarisse, fille naturelle, épousa Laurent

de Médicis.

Paul,

fils naturel,

seigneur de Mentana,

duc de Bracciano,

étranglé par ordre

de César Borgia,

à Sinigaglia, le 18 janvier 1503.

Camille,

épousa

Vitellozzo Vitelli.

Jean Caïétan (Nicolas III),

pape de 1377 à 1280.

François.

Jacques, comte de Gravina.

François,

duc de Gravina,

étranglé par ordre

de César Borgia,

à Sinigaglia, le 18 janvier 1503.

RiNALDO

di Montcrotondo.

A plusieurs degrés ,

de descendance :

Orso (1424).

Laurent.

Jean-Baptiste,

archevêque

de Tarente,

cardinal-archiprétre

de Sainte-Marie-

Majeure, mort empoisonné

par ordre d*Alexandre VI,

au Vatican, le 33 février 1503.

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qu'ils offrent tout d'abord? Une compétition d'appétits servie par des forces, — violentes ou rusées, — et dominée par l'adage fondamental traduit sous mille formes dans l'histoire naturelle et dans l'histoire politique : Vâs victisL,, Homo homini lupus.,. Nominor leo,..

Attristé par la contemplation des nécessités organiques de Texistencô individuelle ou sociale, comment l'esprit retrouverait-il la notion de moralité et de progrès? N'est-ce pas en deux ordres connexes de faits, Fun donné par le développement social, l'autre fourni par la satisfaction que ce développement offre, toujours plus large et plus profonde, à nos sentiments sympathiques? Raisonnant en histoire sur une série de phénomènes où chaque terme actuel répond mieux que le précédent aux exigences de la sensibilité, notre sympathie se prononce de plus en plus pour ce qui tend à la mieux satisfaire, pour le régime industriel contre l'activité guerrière, pour la démocratie contre le despotisme.

La démocratie n'est elle-même qu'une force égoïste. Au point de vue des intérêts, toute puissance a ce caractère. Formée des éléments sociaux les plus nombreux, sous quel mobile la démocratie revendique- t-elle son droit? N'obéit-elle pas dans l'attaque, comme l'autorité (royauté, aristocratie militaire ou industrielle) dans la défense, à un appétit, à un intérêt?

Mais, à côté de ces forces, la moralité a son domaine distinct et ses organes. Un instinct sympathique adéquat au sentiment de ma personne me lie aux personnes sem-

LE GllET-APENS DE SINICAGLIA. Ui

blables ou analogues à la mienne. De là ce respect de la vie qui, poussé à bout, me condamnerait à mourir de faim, justifiant le but donné par le Bouddha à ses disciples : Anéantir en soi le crime de vivre, puisque pour vivre il faut tuer.

En ce qu'elles ont de supérieur au calcul d'un gain céleste, les religions populaires exprimèrent jusqu'à ce jour cette force sympathique, base des idées de justice et de fraternité. Elles entrèrent comme facteurs dans les formules complexes de la civilisation, avec une valeur importante, quoique bien inférieure à celle des intérêts ou appétits égoïstes, source des pouvoirs temporels.

Ainsi, la moralité catholique consacra et régla Tordre social au Moyen-Age, favorisant l'intérêt du plus grand nombre, seul rôle, civilisateur d'une puissance spirituelle. L'Église, en produisant Alexandre VI, semblait abandonner ce rôle, au delà même des exigences du temps.

Mais, pour passagère qu'elle fût, une abdication si complète marquait un changement profond. Tout un ordre d'intérêts progressait désormais en dehors du catholicisme ou contre lui. Vintérêt monarchique prévalait dans l'Église sur le sentiment religieux. Le scandale des Borgia n'est d'ailleurs qu'une exception historique, mais où les terribles appétits du pouvoir, ses tendances naturelles et inévitables, apparaissent brutalement. L'histoire vraie d'une dynastie s'offre toujours comme

LES MÉDICIS. II. — i6

une page de Buffoa ou de Laniark. On étudie Taigle ou le vautour, l'envergure de ses ailes, l'acuité du bec, la puissance desserres, la capacité de l'abdomen, on apprécie même le service que l'oiseau de proie peut rendre à l'homme, comme destructeur d^animaux plus malfaisants que lui.

Aussi Machiavel fait-il honneur à Borgia d'avoir délivré la Romagne de ses tyranneaux rapaces. Il prend parti pour une tyrannie non moins scélérate, mais sachant prévoir, administrer, terrifier les peuples, et se les attacher par des ménagements que n'avaient pas les anciens oppresseurs.

Frappant ceux-ci, on se pose en vengeur; on profite des rancunes satisfaites, des intérêts rassurés, paralysant par des promesses contradictoires l'action des partis auxquels on offre sa médiation.

Les petits tyrans de la Romagne n'en étaient pas là ; leur despotisme de sauvages coupait l'arbre pour en cueillir les fruits.

€ Ces princes étant pauvres, et voulant vivre en riches, étaient forcés de se hvrer à beaucoup de rapines, et cela, par divers moyens. Et parmi les voies déshonnôtes qu'ils suivaient, ils faisaient des lois prohibant certaines actions ; ensuite ils étaient les premiers à donner l'exemple de ne pas les observer, et ne pu* nissaientpas le délinquant jusqu'à ce qu'ils vissent qu'un grand nombre de gens avaient commis cette faute. Alors ils songeaient à les punir, non par zèle pour la loi, mais par le désir de héné* ficier de la peine. De là provenaient beaucoup d'inconvénientSé Le principal était que les peuples s'appauvrissaient et ne se cor-

Figeaient pas, et que ceux qui s'étaient appauvris s'ingéniaient pour exploiter les moins puissants qu'eux ^ >

Ces sauvages n'étaient donc pas sans finesse (la ruse subtile et la violence barbare s'accordent très bien) : ils étaient d'ailleurs très raffinés de mœurs et dilettanti des lettres et de l'art comme toute l'aristocratie italienne. Leur tyrannie seule, brutale et imprévoyante, avait ce caractère de sauvagerie non calculée, avec laquelle contrastait l'habileté réfléchie de César. L'école de la haute politique s'ouvrait sous ce professeur que Machiavel admira dans un traité célèbre.

Ce livre du Prince s'offre pour nous à l'avance, à propos des relations du secrétaire florentin avec César. Écrit bien plus tard, il est certainement pensé à cette heure où le théoricien politique, délégué par sa République auprès du duc de Romagne, observe de près le héros des coups d'État.

Document principal pour ces relations, la correspondance {Legazione) de l'ambassadeur florentin avec la Seigneurie s'éclaire par les vues que son esprit mûri développa depuis dans le Prince. Pendant que le jeune pubUciste chevauche à côté du terrible condottiere^ ou, au débotté, le soir, cause familièrement avec lui, la grande figure de l'Italie hante évidemment son imagination prophétique.

Il la voit, comme Dante, comme Pétrarque, comme

i. Machiavel, Discours sur Tité-Livei liv. IH, ch. xxix*

2U LES MÉDiGiS.

tous les poètes et les sages de son pays, poursuivant à travers Tépreuve Tunité nationale qu'il lui était réservé d'atteindre si tard.

La formation de la nationalité italienne a ceci d'original qu'elle procéda de l'aspiration idéale, du travail intellectuel, très long, très complexe, d'une élite d'hommes d'État et de penseurs.

Ailleurs, dans cette œuvre en quelque sorte végétative, l'instinct populaire domine. Ici, l'érudition et la réflexion ont la part maltresse. La coopération des grands hommes dépasse celle de la foule. Chez quel patriote, même de l'antiquité poétisée par l'imagination légendaire, retrouver au même degré qu'en Machiavel, disciplinée au service d'un idéal, l'union de l'enthousiaste et du politique?

Le livre du Prince le montre bien sous ce double aspect. Sous le parti-pris d'une politique, indifférente en apparence au mal, quand elle n'est que peu scrupuleuse sur les moyens d'atteindre ses fins, on sent contenue, mais brûlant d'une flamme secrète, Tardeur de l'Italien qui « va cherchant V indépendance si chère {la libertà cK è si car a) ». A la fin, cette aspiration éclate par un

transport presque lyrique :

« Ne laissons pas passer roccasion. Que l'Italie voie enfin apparaître son rédempteur. Je ne puis exprimer avec quel amour il serait reçu dans toutes les provinces qui ont souffert de l'invasion étrangère, avec quelle soif de vengeance, quelle foi obstinée, avec quelle piété et quelles lai'mes I Quelles portes se fer-

LE GCET-APENS DE SINIGAGLIA. 2i5

meraient pour lui ? Quels peuples lui refuseraient l'obéissance t Quels envieux s'opposeraient à lui ? Quel Italien lui dénierait la soumission ^ ? »

Le côté poétique de Tœuvre de Machiavel mérite d'autant plus d'être mis en lumière, qu'un préjugé trop répandu tient pour incompatibles l'inspiration idéale et les qualités pratiques de l'homme d'État.

Certes, à étudier, comme Machiavel l'a fait, dans ses engrenages meurtriers, la machine politique, à scruter les mobiles, souvent si mesquins, du monde des intérêts, l'esprit s'habitue à ramper s'il est médiocre. Audessous des hautes régions, dans une atmosphère épaisse et viciée, où les saints rayonnements de l'idéal pénètrent à peine, s'étiolent les généreux sentiments, par suite, les idées générales. Peu d'esprits ont la puissance d'y respirer l'aliment d'une vie supérieure. Mais ceux-là s'élèvent encore par un commerce intime avec le réel. Pour dures que soient les leçons de l'expérience, elles n'amoindrissent point en eux l'idéal. Loin d'en éteindre le sentiment, la notion pratique des faits le raffermît et l'active en le précisant, et, parce qu'elle empêche la pensée de flotter sur elle-même, elle l'oblige à se porter .en avant.

Tel est le caractère des écrits politiques de Machiavel, de ses vues sur l'ordre social dont il analyse chaque élément, mais non pas avec l'indifférence immorale qu'une

i. Machiavel, Le Prince^ in fine.

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superficielle lecture autorise seule à lui prêter. Ainsi, quand il compare tour à tour son Prince au lion et au renard, que fait-il réellement? Il constate les virtualités organiques auxquelles obéit la nature humaine placée dans certaines conditions et sous l'empire de nécessités spéciales. Il étudie physiologiquement et au point de vue statique, en dehors de la notion du progrès, V homme qui ne change pas, quand la société s'améliore ; ce dont il ne pouvait s'apercevoir déjà, car nous le voyons à peine nous-mêmes.

Voilà ce qu'il ne faut pas perdre de vue quand on veut juger sainement le Prince. A ce compte, toutes les manifestations de la vie collective ont leur idéal perçu par le penseur politique. Il les décrit, il s'y attache avec l'amour de l'artiste pour son œuvre, quels que soient les types qu'elle mette en relief, car ils représentent un côté de la nature, reproduite par lui sous ses aspects cléments ou funestes. Selon le précepte de Boileau, le monstre Borgia peut « plaire aux yeux » .

Le virtuose du crime politique revit sous la plume de Machiavel, pour l'instruction du monde plus encore que pour celle des émules dont sa gloire sanglante troublerait le sommeil.

Au moment où l'ambassadeur de Florence près de César Borgia fixait ainsi sa pensée politique, il avait sous les yeux l'homme qu'on pouvait croire appelé à réaliser l'unité italienne.

La principauté conquise par le fils du pape, plus pré-

LE GUET-APËNS DE SINIGAGLIA. til

occupé des grandeurs de sa famille que de celles de la papauté, pouvait paraître le centre auquel se rattacheraient les éléments anarchiques^ou asservis à l'étranger, qui constituaient l'Italie géographique.

Si l'auteur du Prince ne s'était pas arrêté à cette pensée dont il offrit plus tard l'exécution comme un appât à l'ambition des Médicis, comment expliquer ses dispositions favorables à la politique du Valentin ? Il n'eût vu en lui (ce qu'il fut par le cours imprévu des faits) que l'instrument des prétentions temporelles du Saint- Siège.

Et l'on sait comme il juge ces prétentions qui allaient aboutir, et dont il devait si nettement caractériser la funeste influence, n Aux criminels exemples de la cour de Rome, les Italiens doivent leur impiété, leurs divisions et leur faiblesse... Sans cette cour, ils seraient une nation... Mais, trop faibles pour les réunir tous sous leur sceptre temporel, les papes surent bien appeler l'étranger... Telle est encore, telle sera toujours leur conduite envers toute puissance italienne, capable de faire — œuvre au-dessus de leur force — un seul empire de l'Italie* ».

Tels sont les appréhensions et les espoirs d'un italianisme anticipé. Il est remarquable comme ces vues de quelques penseurs restent isolées entre les dernières palpitations du patriotisme local et républicain des cités^

i. Discours sur Tite-Live^ liv. I, ch. xii.

tiS LES MÉDIGIS.

et les avidités princières se disputant la proie des \illes et des territoires.

L'optimisme est difficile à l'esprit supérieur qui contemple ces scènes de violence et de perfidie. Un rêve à Tabbé de Saint- Pierre ne se dégage pas aisément de ces réalités attristantes. Il est plus logique qu'elles enfantent une*pensée politique, sans illusion, mais non sans générosité, qui cherche dans la mesure du possible à utiliser ces forces égoïstes pour la pacification et l'union du pays. En cette arène, parmi ces bêtes rugissantes (l'image est naturelle, elle s'offre d'elle-même et tout d'abord), Machiavel joue sur les noms de ces ours, de ces animaux à cornes, de ces loups, de ces renards. Entre ces déchaînements des fauves politiques, le jeune secrétaire de Florence garde son sang-froid, son observation implacable, mais avisée et prudente. Aux aguets pour lui-même et pour les siens, on dirait, tant il a retenu dans sa mémoire, pour les reproduire scrupuleusement un jour, ces physio nomies formidables et originales, un simple curieux étudiant sans péril des luttes où il apportait pourtant, outre de graves intérêts d'État à défendre, l'enjeu de sa sûreté personnelle. Mais l'intérêt du dilettante l'emporte, sans toutefois lui faire oublier la prudence. Il en résulte d'immortelles esquisses de ces hommes qu'il portraira con amore dans sou poème historique des Decennali.

C'est Pagolo Orsîni, Vitellozzo, — TOurs, le Veaul... C'est le Coq des Gaules, ami des Borgial... Toute une ménagerie politique! Serpents, Basilics, Renards 1...

« Les Coqs (les Gaulois) tournent le bec de la Romagne vers Milan, pour secourir les leurs....

» Tu étais sans armes, ô Florence, et tu étais en grande crainte, à cause delà corne qui était restée au Veau (Vitello), et tu doutais de l'Ours du Pape... .

» Après que le Valentin se fut guéri de ses blessures, qu'il fut retourné en Romagne et qu'il voulut commencer son entreprise contre messire Jean *;

» Quand on apprit cette nouvelle, il parut que l'Ours et le Veau ne jugèrent pas à propos d'assister celui-ci pour une telle olTense.

» Alors ces serpents, pleins de venin, se disputant entre eux, commencèrent à s'agripper et à se déchirer avec les ongles et les dents.

i Et, le Valentin ne pouvant les fuir, il fallut, pour esquiver ce risque, qu'il se couvrît avec Técu de France.

» Et, pour prendre ses ennemis à la glu, et pour les attirer dans sa tanière, ce basilic sifQa doucement.

» Et il ne perdit pas beaucoup de temps à les y conduire, si bien que le traître de Fermo, et Vitellozzo et ces Orsini, qui furent tant ses amis,

ï Heurtèrent promptement dans ses embûches^ où l'Ours laissa plus d'une patte, et l'autre corne fut coupée au Veau...

î Et le cardinal Orsini ne put éviter les malheurs de sa maison infortunée, et il resta mort sous mille perfidies*... »

Dans ces tercets amers, où il résume le drame de Sînigaglia, on dirait que Tauteur du Prince a voulu défendre contre tout reproche de complicité à ce guet-apens sa mémoire si calomniée. S'il assista, témoin impuissant, au coup d'État, s'il le raconta froidement à la Seigneu-

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