‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 73 sur 167 · Machiavel., LegG%Umej lett. i, p · texte numérisé non relu

Machiavel., LegG%Umej lett. i, p

264 LES MÊDIGIS.

réponse à leur lettre du vingt-huit, et ce que j'ai recueilli sur les menées du seigneur Paul, et sur les articles convenus entre les confédérés et le seigneur duc, soit de la bouche même du duc, soit de la bouche des autres. Comme le duc m'avait promis de m'en faire donner une copie, je me suis rendu aujourd'hui près deMessire Âgapit pour la prendre. Celui-ci m'a dit à la fin : « Je veux vous dire la vérité; ces articles ne sont pas encore en tout arrêtés, mais on en a fait une esquisse qui a plu au duc et au seigneur Paul. Ce seigneur est parti avec ce projet, et, quand les confédérés le confirmeront, le seigneur Paul devra l'approuver au nom du duc ; car celui-ci a donné procuration pour cela. Après le départ du seigneur Paul, le duc examinant ces articles, il lui sembla qu'il en manquait un, relatif aux intérêts et à l'honneur de la France. Aussi un article fut-il rédigé aussitôt sur cet objet, et le duc me fit-il partir à cheval pour rejoindre le seigneur Paul, avec ordre de lui exposer que, sans l'admission d'un tel article, il ne voulait d'aucune manière conclure. Quand je l'eus rejoint, il refusa d'accepter cette clause; puis, il dit qu'il la présenterait aux autres, mais qu'il ne croyait pas qu'ils l'acceptassent. En conséquence, le duc ne veut pas qu'on en donne copie, et on n'en a pas donné, ni au chancelier de Ferrare, ni aux autres... Et, ajouta Messire Agapit, ou cet article , sera accepté^ ou non. S'il est refusé, une fenêtre se trouvera ouverte au duc pour sortir du traité à sa guise ; s'il est accepté, il aura une porte pour en sortir. Mais des enfants se doivent rire de tels articles, ainsi faits pai* force, à si grand dam du duc et avec tant de périls pour lui. » C'est ainsi qu'il s'est brûlé à tant parler. J'écris en chiffres ces propos à Vos Seigneuries, parce qu'ils furent tenus en confidence. Les rapprochant de ce que je leur écrivis hier, Vos très-prudentes Seigneuries en porteront un jugement convenable. Soium, je dois leur faire observer qu 'Agapit est ami des Colonna (Colonnese), et très affectionné'à leur parti.»

César est plein de prévenances pour l'envoyé florentin. Observateur et observé se valent en finesse et sont à deux

de jeu. Le secrétaire des Dix à l'art de faire parler les confidents du Valentin, ou peut-être celui-ci, plus retors en cela que Tavisé diplomate, lui laisse-t-il croire que ces confidences proviennent de l'indiscrétion des agents, quand, au contraire, elles sont des moyens calculés par le maître. Entretenir une terreur salutaire de son nom en laissant percer un projet .dont l'exécution, sans engager en rien la responsabilité de la Seigneurie, pouvait la servir (le duc est l'ennemi de ses ennemis), ce but rentre dans le plan et dans les procédés de César. Et, quand ses âmes damnées soulèvent le voile devant Machiavel, n'est-ce pas peut-être par un ordre secret de Borgia ?

Quoi qu'il en fût, en cette tragédie réelle, comme dans les fictions du théâtre, la catastrophe finale se faisait pressentir avec une gradation dramatique. Par instants, le duc se dérobe, après s'être montré très accessible. Mais le négociateur trouve toujours à point nommé un af6dé direct ou indirect qui lui fait soupçonner un dénouement dont, après tout, il n'est pas dangereux qu'il envisage d'avance la sinistre hypothèse.

« Un homme qui fut votre connétable S et qui est pour le présent lance-brisée du seigneur duc, m*a rapporté comme qtfoi, hier soir, vers cinq heures, se trouvant au logement du comte Alexandre de Marciano, frère du comte Rimiccio,le seigneur duc, passant à cette heure par là, a fait appeler le comte Alexandre,

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