‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 90 sur 167 · Hist. du Luthéran.y liv. I, p · texte numérisé non relu

Hist. du Luthéran.y liv. I, p

â. Batle, Dictionn. histor.y art. Léon X, note B.

3. Varillas, Anecd., lettre vi, p. 257, éd. de La Haye, 1687.

4. Il le place au fondement, Varillas à Taine. — P. Jov., Vit. L. X lib. ni, p. 126.

LES MÉDicis. n. — 21

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pétitions qui les divisaient, l'état de leur collègue, s'il était nommé par eux, leur offrait la chance d'une succession prochaine.

Les témoignages de l'histoire, s'ils ne tranchent la question dans aucun sens, autorisent néanmoins une présomption suffisante quant au caractère de l'infirmité. Us permettent de se demander s'il y a lieu de compter ce cardinal, alors âgé de trente-six ans, parmi les • « très précieuses » victimes d'un fléau que, dans son gaulois effronté, notre Rabelais appelle de son nom vulgaire.

Quelle qu'ait été la nature du mal dont souffrait notre pontife, le cruel fléau, fatal à François P*^, respectait peu les puissances de la terre et du ciel. Bien des crimes de lèse-majesté chargeaient déjà la conscience de l'infernale Syphilis. Alors même, le plus grand poète didactique de la latinité après Lucrèce, un familier de Bembo, Fracastor, décrivait la redoutable déesse, et les inappréciables services de ses ennemis : le Dieu Mercure, le bois de gaïac, célébré (et pour cause) à raison de ses vertus curatives par le chevalier poète allemand, Ulric von Hutten.

Cet arbre sauveur, il pousse dans l'fle d'Hispaniola, où Christophe Colomb a découvert à la fois le mal et le remède : — le précieux végétal et l'épouvantable infirmité issue de l'impiété du berger Syphilus. Ce pâtre libre-penseur refusa de sacrifier au Soleil ; il réserva son culte au souverain du pays, Alcithoûs. Ce dernier

accepta cet hommage aux dépens des Dieux frustrés des honneurs qui leur sont dus.

Pour expier cet attentat sacrilège, son peuple est désormais la proie du funeste virus. Tb\ est Tarrét du Soleil, et sa vengeance irrévocable.

Fracastor narre ces prodiges dans son troisième et dernier livre. Le début est splendide et d'un poète de premier ordre. L'étonnement enthousiaste des contemporains devant rAmériqué découverte, étalant ses races nouvelles, ses opulences inconnues, se traduit dans ces vers entraînants et originalement pittoresques *.

« Qu'un autre poète, séduit par la merveilleuse image d'un monde nouveau, accoutumé à célébrer les héros et les grandes aventures, chante les nefs qui osèrent, sous de meilleurs auspices, tenter les périls d'un Océan inexploré. Qu'ils disent et les terres diverses, et les fleuves, et les villes, et les races variées, et les monstres découverts, et les plages étendues, et les astres se levant dans les hauteurs du ciel, et une autre Ourse brillant par de plus grandes étoiles. Qu'il ne taise pas les guerres nouvelles, les étendards portés à travers tout un monde inconnu, avec nos lois et notre renommée. Qu'il chante (ce qu'à peine à l'entendre croiront les siècles futurs) Tespace embrassant les flots de l'immense Océan parcouru et mesuré tout entier en une fois par nos carènes. Heureux, à qui le Dieu aurd donné une si belle tâche ! Il me suffit d'exposer les vertus et l'usage d'un

1. Voy. Hieronymi Fracasîorii veronensiSf etc., CarnUnum editio II, t. I; Patavii, 1739; excudebat Josephus Cominus.

Voy., au tome H du même ouvrage, la traduction en vers italiens du poème, par Vincemo Beniniy colognese. — Syphilis ou le mal vénérien» poème latin de Jérôme FrâCâSTOR, avec la traduction en français et des notes ; Paris, Lucet» directeur du Bulletin de la littérature, rue Mont'^ martre, 94; 1796.

3ii LES NÊDIGIS.

seul arbre, comment il fut découvert^ et sous notre ciel il pa> vint importé à travers les flots d'une si vaste mer... Envoyés pour chercher les parages cachés de Nérée, vers l'Occident et la couche du Soleil, les vaisseaux loin des côtes de la patrie, et quittant le détroit de Galpé, voguaient sur le grand Océan, et fendaient les vagues, ignorants du chemin, et égarés en de longs détours. Autour des nefs nageaient les Néréides ruisselantes, accourues du fond des gouffres autour des monstres nouveaux d'une mer inconnue : elles admiraient cingler les poupes élevées, volant au-dessus des vagues salées, poussées parles voiles aux banderoles de couleurs diverses.

» Il était nuit : la lune brillait dans l'éther pur, épandant ses rayons sur les ondes marmoréennes d'une mer tremblotante... »

Nox erat, et puro fulgebat ah sethere Luna, Lumina diffundens tremuli per marmora ponti.

Deux hexamètres vraiment vîrgiliens I

<( Alors le héros magnanime^ choisi par les destins pour une si haute mission, le chef de la flotte errante à travers les flots : « — Lune, dit-il, ô toi à qui obéissent ces royaumes humides de la mer, tuas déjà recourbé deux fois les cornes de ton front doré, deux fois tu en as rempli l'orbe étincelant : à nous qui errons sans que se montre aucune terre, donne-nous enfin d'apercevoir des rivages et de toucher au port dès longtemps espéré, honneur des nuits, gloire du ciel, vierge, fille de Latone. » Phœbé entendit sa prière, et, descendant du haut de l'éther, prenant la forme sous laquelle nagent les Néréides Cymothoé et Glotho, elle se tient près de la carène, et, nageant pareillement à la surface des flots^ eUe dit : « — 0 nefs aimées, ne doutez pas: le jour de demain vous montrera la terre et tous donnera d'atteindre à un port assurée »

. SyphiL, lib. III, v. 13-29; v. 93-11 7 .

. . .Missse qusesitum abscondita Nerei i£quora, in occasum, Solisque cubilia, pinus Litoribus longe patriis, Calpeque relictis, Ibant Oceano in magno^ pontumque secabant, Ignaraeque vise, etiongis erroribus actœ. Quas circum innumerœ properantes gurgite ab omni Ignoti nova monstra mari^Nereides udœ Adnabant, celsas miralœ currere puppes, Salsa super pictis volitantes œquora velis.

Nox erat, et pure fulgebat ab œtbere Luna, Lumina diifundens tremuli per marmora ponti, Magnanimus quum tanta beros ad munera fatis Delectus, dux errantîs per cœrula classis, Luna, ait, o, pelagi cui régna hœc bumida parent^ Quœ bis ab aurata curvasti cornua fronte, Curva bis explesti, nobis errantibus ex que Non ulla apparet tellus, da litora tandem Aspicere, et dudum speratos tangere portus, Noclis honos, cœlique decus, Latonia virgo. Audiit orantem Phœbe, delapsaque ab alto iEthere, se in faciem mutât, Nereia quali Cymotboe, Clotboque natantjuxtaque carinam Astitit, et summo pariter nans œquore fatur : Ne nostrœ dubitate rates : lux crastina terras Ostendet, âdoque dabit succedere portu.

On s'égarerait dans ces larges développements poétiques, et aussi dans les curieuses observations cliniques où la science moderne a puisé. C'est ainsi que Fracastor élève à lui-même une objection contre la provenance américaine de la syphilis. En vertu de sa théorie des corpuscules impalpables, cause des maladies (il accumule les exemples et les inductions) , il estime que le fléau,

sujet de son poème, pourrait bien avoir existé de tout temps en nos contrées, envenimé seulement et accru par TefTet de circonstances spéciales.

Du reste, cette œuvre si éminente, pleine de pressentiments et de divinations, touche profondément aux actualités de l'époque, aux guerres, aux mélanges des peuples, aux deuils de Tltalie, à ses espoirs de régénération intellectuelle et politique personnifiés en Léon X :

Te vero ut taceam, atque alios, quos fama futura Post mutos cineres, quos et venientia secla Antiquis conferre volent, at, Behbe, tacendus Inter dona deûm nobis data non erît unquam Magnanimus LEO, quo Latîum, quo maxima Roma AttoUit caput alta, paterque ex aggere Tybris Assurgit, Romœque fremens gratatur ovanti. Gujus ab auspiciis jam nunc mala sidéra mundo Cessere, et Iseto régnât jam Juppîter orbe, Puraque pacatum diffundit lumina cœlum.

Unus, qui aerumnas post tot,longosquelabores Dulciajamprofugasrevocavit adotia Musas, Et leges Latio antiquas, rectumque piumque Bestituit : qui justa animo jam concipit arma Pro re Romana, pro religione deorum *.

« Je dois te passer sous silence, ô Bembo^ toi et d'autres, que la renommée attend après qu'ils ne seront plus qu'une cendre muette, et que les siècles avenir voudront comparer aux grands hommes antiques ; mais, Bembo, jamais on ne taira, parmi les dons des Dieux à nous accordés, le nom de Léon X. Par lui le Latium, la très grande Rome, lèvent haut la tète, le père Tibre

i. Syphil.y lib. Il, v. 43-57.

se dresse au-dessus de ses rives, et, frémissant, il félicite Rome qui triomphe. Sous les auspices de Léon, déjà des mauvais astres l'influence sur le monde a cessé, et Jupiter règne sur le globe joyeux : le ciel apaisé répand des clartés pures. Lui seul, ce pontife, après tant de calamités et de longs labeurs, a rappelé à leurs doux loisirs les Muses fugitives, il a restitué au Latium les lois antiques, le droit, la piété ; il a décidé, dans ses desseins, de prendre ses justes armes pour la chose romaine, pour la religion des Dieux. »

Parmi les remèdes prescrits par le poète, figurent, comme hygiène curatîve, les exercices violents, tels que la chasse.

« Point de repos. Poursuis sans relâche, intrépide chasseur, le sanglier, poursuis Tours. Que ce ne soit pas une peine pour toi de gravir dans ta course l'escarpement des hautes montagnes, de pousser dans les vallons le cerf rapide, et sur une longue piste de courir les bois. J'ai vu souvent le mal disparaître entièrement par les sueurs, et le virus se tarir dans les hautes forêts*. »

Cette hygiène fut largement pratiquée par notre pape. . . Pour combattre les suites du mal qui l'accompagna au Conclave?... On ne peut rien affirmer. Toujours est-il que, si saint Pierre était un pêcheur d'hommes, Léon fut un grand chasseur devant rÉterneh

C'est dans ses domaines de la Magliana qu'il se livrait avec le plus de charme à ses goûts de vénerie. Au pied du couvent de Sainte -Cécile, le château, bâti par

t. Syphil., Mb, U, v. 88-94.

Sixte IV, s'élevait dominant une vaste plaine entourée de coteaux boisés et giboyeux. Ce séjour à sa terre favorite terminait la série de ses villégiatures annuelles : aux bains de Viterbe, à Bolsène, où il péchait dans le ]aC| à Gività-Vecchia; là, dans les maremmes bordant la plage, il se plaisait à forcer le gros gibier rabattu par ses piqueurs. Voici en quels termes, le 18 octobre 1518, il annonce sa venue au gouverneur de la citadelle de Cività-Vecchia :

« Mon cher châtelain, le 21 courant, j'arriverai avec une suite nombreuse. Je vous prie de m' avoir du bon poisson^ et un repas complet pour moi et pour ma nombreuse compagnie. Faites-moi faire bonne figure avec ces gens des plus estimables : car ils sont tous, ou presque tous, lettrés ou artistes de haute considération. Tout ce que vous dépenserez vous sera immédiatement remboursé par moi. Je vous recommande que rien ne manque pour l'agrément de tels hommes, que je tiens en extrême affection. Vous préparerez le dîner dans le fort, et îious serons cent quarante personnes. Que tout cela vous serve de règle, pour que rien ne manqué sous prétexte d'ignorance. Je vous bénis, et suis vôtre affectionné souverain. »

Cette aimable épître peint l'homme ^

Dans ce cavalier botté, vêtu de court (au grand scandale du maître des cérémonies Paris de Gressis), on avait peine à reconnaître le pontife si majestueux dans les offices de TÉglise sous la pompe des ornements sacrés.

1. Conservée aux archives de Gività-Vecchia : citée par Audin, t. H, ch. XXV, p. 449.

c — Nulle intempérie ne l'arrêtait, dit Paul Jove.^ mais il ne pardonnait aucune faute à ses compagnons de chasse... Malheur à eux, si, par leur précipitation ou leur maladresse, ils lui faisaient manquer la bête ! Us n'osaient de longtemps lui demander les faveurs qu'il accordait si libéralement au retour d'une chasse heureuse. >

Du reste, ami de l'intérieur, épris des aisances d'une vie élégante et commode, il s'abandonne paresseusement aux entourages domestiques. Pour de tels caractères, les facilités de l'habitude déterminent à la longue les affections. Sceptique, épicurienne comme leur esprit, la sensibilité de ces penseurs désabusés exhausse parfois dans leur sympathie la bête au-dessus de Fhomme. J'aime les égards de Léon pour le cheval turc qu'il montait à la bataille de Ravenne quand il fut fait prisonnier, les soins particuliers que reçoit ce vaillant serviteur dans les écuries du Vatican, jusqu'à son extrême vieillesse.

À la Magliana, fidèle aux traditions bourgeoises de sa race, il arrêtait les paysans sur la route pour causer avec eux, non sans leur laisser quelques marques de sa libéralité familière.

Ces traits attachent : ils sont de l'homme d'esprit, et du Florentin. On retrouvera chez Machiavel cet abord facile, cette bonhomie d'allures sucée avec le lait dans un milieu républicain où toutes les classes, malgré les hié-

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