‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 93 sur 167 · AriostE) Satires, trad. d'Ant. de Latour · texte numérisé non relu

AriostE) Satires, trad. d'Ant. de Latour

Laurent fut un véritable homme de lettres. On ne pourrait, malgré le mérite des quelques écrits qui nous sont restés de lui, accorder ce titre à son fils. Là, comme dans les arts plastiques, il demeure un grand amateur. Il est plus digne du nom de musicien par sa prédilection spéciale pour le chant et la composition. Peut-être sa participation, dès l'âge de treize ans, comme cardinal, aux cérémonies du culte le disposait à la pratique d'un art véritablement ecclésiastique par la mission longtemps prépondérante qu'il remplit.

N'oublions pas que la Musique est la plus haute des* sciences mathématiques dans le programme des études avant et môme quelque temps après la seconde Renaissance. Les gothiques universités d'Oxford et de Cambridge reçoivent encore des docteurs en musique. La science des sons constitue le couronnement du Quadrivium : elle vient dans Tordre ascendant la dernière, après la Géométrie, l'Arithmétique et l'Astronomie *.

Ce grand art, tout moderne en réalité, attendait Palestrina, qui, brisant les liens de cette captive du plain-chant, lui mit au dos les ailes qui devaient un jour la porter si haut, agrandies par les Pergolèse, les Mozart elles Beethoven.

Malgré sa monotonie, elle n'en exerçait pas moins dès lors, par sa majesté prosodique, semée de mélodies im-

i. Le Trivium, on le sait, degré préliminaire de renseignement, com^ prend dans le même ordre la Grammaire, la Dialectique et la Rhétorique.

mortelles dans leur simplicité attendrie ou terrible, un empire qui se prolonge encore dans les effets produits par la liturgie catholique.

L'influence de Léon X amena sous ce rapport au Vatican un changement sensible, — une vraie sécularisation de la musique sacrée. Effet naturel de la mélomanie d'un pape avide d'émotions nouvelles dans tous les arts. Il devait particulièrement s'inquiéter de celui dont son poste officiel lui imposait, pour ainsi parler, le commerce quotidien dans les longs offices de l'Église. Il le cultivait d'ailleurs assidûment et avec distinction. € Il disputait volontiers, dit Fabroni, les diverses questions de sons, d'accords et de tonalités. Et, dans su chambre à coucher, il avait un luth dont il jouait et sur lequel il rendait, par expérience, raison de ses théories *. »

Mieux que la virtuosité musicale, nul goût esthétique ne s'accordait avec la situation de ce curieux aux impressions raffinées.

Dans la confession dernière oîi Henri Heine nous a laissé comme le testament de son scepticisme fantaisiste et quelque peu malveillant, ce charmant esprit, en ses retours d'hypocondriaque sur son existence passée, sembla regretter que le sort ne l'eût pas investi d'une des grasses prélatures de la curie romaine. Comme, avec ses goûts d'artiste et de museur intellectuel, il eût coulé

Page 1