Pic. Mirand., Op. omn.f Basil., Apologia
» chemin, errait à Taventure, se mêlant à ces processions » d'écoliers dont les routes universitaires étaient embar- » rassées, couchant sous la tente de toile du bohémien » qui faisait métier de dire l'avenir, ou enfourchant le » cheval qu'un reître lui avait vendu pour vivre. Partout » il dépensait follement son argent, ruinait sa santé, » compromettait son existence au milieu de cette société » mouvante de verriers, de forgerons, de sorciers, de ^y magistrats, de prêtres, de jeunes filles, dont il étudiait » les mœurs, les habitudes, les superstitions ; on le vit » donner la moitié de son or pour quelques pages de la » grammaire d'un idiome qu'il apprenait chemin faisant » et qu'il parlait au bout de quelques mois. Cette vie de » mouvements matériels et spirîtualistes convenait à cet j> adolescent, amoureux fou de ce fantôme nuageux et » insaisissable qu'on appelle dans la langue de la phy- » sique feu follet, et gloire dans celle de l'artiste!... Il » voyageait, suivant sa coutume, quand il vit venir de » loin uae caravane d'Israélites à longues barbes et à y> robes flottantes, qui allaient de ville en ville pour » vendre des manuscrits recueillis dans leurs pérégrina- » tions. On s'assied sur l'herbe, on parle, on dispute; » Pic est dans l'enchantement. On lui offre soixante » codices hébreux composés par Esdras, et qui ren- » ferment, lui disait-on, les arcanes de la philosophie ) cabalistiques.. )).
1. Hist. de Léon X et de son siecley par J.-M. Audin, ?• édit.; Paris, Maison, 1856, t. I, ch. ii, g ii, p. 33 et 34.
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Ce tableau de la vie de Pic, à oe moment, s'accorde d'ailleurs avec le narré plus sobre et plus sec de Jean- François, son neveu. < D'abord, écrit le dévot disciple » de Savonarole , il fut très sensible aux attraits des » femmes. Beaucoup l'aimèrent pour la beauté de son 9 corps, pour la grâce de son visage, jointe à l'appas du » savoir, des richesses et d'une noble origine*..
» Mais Texpérience arrêta bientôt ses déborde- » ments *. »
Il était déjà loin de ces jours d'ivresse passagère, quand Marsile lui écrivit la lettre qui suit. On y voit la trace marquée dans les systèmes contemporains par la pensée du jeune sage et le ralliement final de Pic au platonisme :
c Tes élégantes lettres m'ont rempli d'une grande joie, parce qu'elles démontrent pleinement ton éloquence, que, pour ma part, j'avais déjà jugée; d'une plus grande joie, parce qu'elles témoignent que tu as abandonné le système péripatétique ; et d'une très grande joie enfin, parce qu'elles promettent ton adhésion au platonisme ; d'autant que tu parais avoir excellenmieDt cultivé ton rare et heureux génie. Après les études humaines de l'éloquence, tu as recherché auprès des péripatéticiens les raisons des choses naturelles. Et déjà tu te tournes aux divins mystères de notre Platon. Car les péripatéticiens cherchent à établir avec beaucoup de zèle selon quelle raison les choses naturelles ont été disposées partout. Mais les platoniciens, outre ces choses, montrent combien, et au-dessus d'elles, nous devons à Celui qui a disposé ces choses d'après le Nombre, le Poids et la Mesure. Aussi ceux-là nous rendent-ils aisément doctes ; ceux-