Mars. Fie, Epist, lib. VHI, p
Il y en a beaucoup de ce goût parmi les neuf cents propositions de Pic... quarante pages in-folio I
€ Possibile est, tenendo unîtatem intellectus, animam meam, ita particulariter meam, ut non sitmihi communîs cum omni* bus, remanere post mortem* >
Notons ce compromis entre le platonisme et les Averroîstes.
« Simplicitas primi et omnimoda immaterialitas probari non potest par causalitatem efficientem motus, sed per finalem tantum.
» Si cœlum inanîmatum esset, esset quoeunque animato corpore ignobilius^ quod dicere impîum est in pbilosophia.
» Deus movet cœlum ut finis.
i> Quilibet motor cœli est anima sui orbis, faciens cum eo magis unum substantialiter quam fiât ex anima bovis et sua materia.
» Cœlum est corpus simplex^ non compositum ex materia et forma. »
Au point de vue théologique, il faut voir dans treize de ces thèses, condamnées par Innocent YIII, moins Thérésie au sens des Luther et des Calvin, croyants robustes au merveilleux chrétien, que la tendance commune des platoniciens de la Renaissance à élargir, à idéaliser le christianisme. C'est le môme effort que nous étudions en Marsile, pour le faire passer, autant que l'orthodoxie chatouilleuse le peut comporter, du domaine de la légende historique à la simple donnée d'un symbole du dogme tout métaphysique de la Triade et du Verbe :
« 1* — Jésus-Christ n'est pas réellement descendu aux enfers quant à la présence, mais seulement quant aux effets.
» 2° — Une peine infinie n'est pas due au péché mortel qui est d'un temps fini, mais seulement une peine finie.
» S** — On ne doit adorer la croix ni aucune image, d'adoration de latrie, pas même dans le sens de saint Thomas {en tant qu'image).
» â'' — Il n'est pas sûr que Dieu puisse être uni hypostatiquement à toute créature, mais seulement à une créature raisonnable.
» 5*" — Il n'y a point de science qui nous rende plus certains de la doctrine de Jésus-Christ que la magie et la cabale. »
C'est la prétention de l'apologiste, la force et ensemble la faiblesse du savoir métaphysique de ces temps à rencontre de la théologie. Tant que le rationalisme s'offrirait appuyé sur la chimérique notion de rapports avec un monde occulte, tout en satisfaisant mieux que le dogme catholique, fondé sur l'idée du miracle, aux exigences de quelques intelligences subtiles et raffinées, il devait au fond moins bien répondre à celles du bon sens en quête des causes et des fins introuvables. Entre les doctes et la foule, la science positive peut seule faire cesser ce malentendu.
Aussi, comme cette pauvre cabale, si chère à Pic, est méconnue du vulgaire I Notre philosophe l'assure dans
PIC D£ LA MIRÂNDOLE. 381
son apologie de ses thèses : il passe, aux yeux de Vnn de ses censeurs, pour un monstrueux hérétique qui a écrit contre le Christ 1
Pic s'évertue d'ailleurs à renfermer tous les dogmes dans le cadre de ce rationalisme idéaliste.
(( 6** — Supposé l'opinion commune ((ue le Verbe peut s'unir hypostatiquement à une créature inanimée, il se peut faire que le corps de Jésus-Christ soit réellement sur l'autel, sans que le pain soit changé au corps de Jésus-Christ, ou anéanti; ce qui doit s'entendre de la possibilité, et non pas que la chose soit ainsi.
» 7"* — Il est plus raisonnable de croire qu'Origène soit sauvé que damné.
t> 8** — Comme personne n'est précisément d'un avis parce qu'il veut en être, de même personne ne croit précisément parce qu'il veut croire.-
^ 9"^ — Celui qui soutiendrait que les accidents ne peuvent pas subsister s'ils n'étaient soutenus par TEucharislie, ne laisserait pas de soutenir la vérité du sacrement et de croire que la substance du pain n'y est pas.
» 10° — Les paroles de la consécration sont réitérées matériellement et récitativement (comme un récit) par le prêtre, et non significativement.
» 11*» — Les miracles de Jésus-Christ ne sont pas une preuve de sa divinité, à raison de l'opération, mais à cause de la manière dont il les a faits.
» 12*' — C'est parler plus improprement de Dieu, de
382 LES MÉDIGIS.
dire qu'il est intelligence ou entendement, que de dire qu'il est âme raisonnable.
)) IS"* — L'âme n'entend et ne conçoit distinctement qu'elle-même*. »
Vieux comme toutes les vagues et insolubles questions d'origine (on connaît les abeilles d'Âristée naissant d'une peau de bœuf), le problème des générations spontanées est formulé en ces termes :
« Impossibile est eamdem speciem ex propagatione et ex putrefactione generari.
» Possibile est hominem ex putrefactione generari. »
Par contre, peut-on \ivre sous l'équateur ? — Averroès dit non dans la vingt-neuvième de ses quarante et une thèses :
« Sub sequinoxiali non potest esse habitatio naturalis viventibu9. »
Causes finales, qualités occultes, cosmologie fantastique, toutes les constructions d'une logique à vide, tous les problèmes saugrenus qu'elle se pose et croit résoudre en dehors de l'expérience, et la « questio > subtilissima^ utrum Chimera^ in vacito bombinanSy » possit comedere secundas intentiones * / »
1. Pic. Miband., Op. omn.f in Apologia.yoy,VhEVKY,Hi8t. ecdésiast.t liv. ex VI, ch. LXix.