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Pères de Florence un néo-païen comme Gémiste. On se demande si, bien qulls se regardassent sans rire, beaucoup de membres de la pieuse assemblée n'étaient pas entre eux dans la situation des augures à Rome au temps de Gicéron. En tout cas, à en croire le dévot Georges de Trébizonde, l'incrédulité de quelques-uns s'échappait parfois en d'intimes entretiens.

Pléthon fut dans les discussions du Concile une des colonnes de la foi gréco^hrétienne. Quoiqu'il ait déféré plus tard aux solutions«de la majorité favorable à Rome, il argumenta particulièrement contre l'opinion latine qui dérivait TEsprit, non du Père seul, comme faisaient les Grecs,mais de celui-ci et du Fils. Cette attitude théologique n'aurait été pourtant qu'un rôle démenti quelquefois par Gémiste lui-même. Au sortir d'une des sessions, où il venait de manier avec une conviction apparente le glaive syllogistique à la rescousse de l'orthodoxie orientale, notre philosophe engage avec l'évêque de Trébizonde une conversation sur ces abstruses matières. De thèse en thèse, et par le défilé du distinguOy la pensée du néo-platonicien déborde sa prudence; il s'attaque peu à peu aux bases de la foi évangélique. Tout un système qu'il développera dans le Livre des Lois * est posé par lui à rencontre des dogmes qu'il vient de défendre officiellement. « — Dans peu d'années^ dit-il, tous les

1. HAHeûNOS NOMÛN irrPPA^^HS TA 2ÛZ0MENA. Pléthon, Traité des Lois ou recueil des fragments en partie inédits de cet ouvrage, etc., par G. Alexandre, etc.; Paris, Firmin Didot, 1858.

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hommes embrasseront d'un comtntm accord vne seule et même religion^ à la première instruction qui leur en sera donnée par une prédication unique. . . Et cette religion ne sera ni celle du Christ ni celle de Mahomet ^ mais une troisième qui ne différera point du Polythéisme. »

Il faut s'entendre sur cette similitude.

Dévoilé avec une telle franchise, pareil état d'esprit à cette époque doit nous étonner. Il a pu longtemps provoquer le doute des écrivains portés par leur adhésion aux croyances de TÉglise h dissimuler les atteintes profondes qu'elles subirent vers le milieu du quinzième siècle. Mais l'évidence de ces atteintes apparaît aujourd'hui : la pensée révolutionnaire de Pléthon s'accuse pleinement dans les textes restant de lui, confrontés entre eux et rectifiés par l'érudition moderne. Et c'est un Médicis, le premier de ceux qui illustrèrent la race, c'est Cosme l'Ancien qui semble lui offrir son patronage.

Aussi bien, l'hellénisme de Gémiste venait à point, comme le couronnement naturel de ce retour vers Tantique accompli par les savants, les poètes et les artistes, sous la protection d'un Mécène de comptoir. Dans quelle mesure le Grand Cosme, alors dominant dans la politique et dans les lettres, accueillit-il le système hardi du théocrate byzantin? Il est difficile d'admettre qu'il en ait ignoré la portée entière, et, dans le cas fort probable oùill'aurait connue, qu'il s'en soit scandalisé. Toujours est-il que, gr&ce aux confidences des contemporains.

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nous pouvons le suivre dans ses entretiens avec Pléthon , familier, durant le Concile, de sa maison de Florence, et Tun des tenants de ses controverses philosophiques sous les ombrages de ses villas de Gareggi et de Gaffaggîolo. A travers un mysticisme trop souvent pédantesque et étroit, la religion de Gémiste devait abonder en séductions pour les libres esprits, les patriotes au mode antique groupés dans cette sorte de cour bourgeoise et républicaine autour de leur Périclès marchand. Au culte des vieux saints du calendrier, qu'ils commençaient à trouver un peu agrestes, n'opposait-elle pas celui des héros de l'action et de la pensée? Je croîs entendre ces humanistes, épris d'un sentiment nouveau et désintéressé de l'humanité et de la nature, joindre leur voix à l'invocation si élevée de ton et de style que Pléthon adresse à ces héros. Noble effusion du cœur oîi s'affirme par le souvenir reconnaissant et par l'espé* rance la solidarité des vivants et des morts.

« Bienheureux héro5^ dont la nature est très-divine et trèssupérieure à celle de notre race, qui, lorsque vous viviez sur cette terre, étiez pour la masse d'entre nous la source des grands biens sans cesse envoyés par les dieux, salut I

» 0 vous, nos ancêtres et nos pères, ayant été pour nous les images des dieux comme les auteurs immédiats de notre nature mortelle ; ô associés et commensaux, ô confrères et parents, qui, soit plus vieux, soit plus jeunes que nous, ayant vécu en cette vie, êtes parvenus à une existence plus divine et plus fortunée que la nôtre ;

» 0 vous nos compagnons et nos amis, ô citoyens et tous autres, ô vous tous qui gouvernâtes bien les choses qui nous sont com-

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munes, vous qui avez sacrifié ici-bas votre vie pour la liberté de vos concitovens et de vos frères en croyance, afin de maintenir la prospérité et le bon ordre de l'état ou de rétablir la chose publique en danger, salut à vous tous I

» Quand la destinée nous appellera de la part des dieux, comme elle vous appela, bienveillants et propices, accueilleznous arrivant en amis près de vous amis * ! »

Moins l'aspiration mystique, cette communion des vivants avec les morts dépasse de beaucoup Thorizon moral du quinzième siècle. Elle est plus près du sentiment de certains denosréformateurs5oaa/w^c5. Comme de nos j ours Auguste Comte, Gémiste rêva d'une réorganisation systématique de l'État et de l'Église. Sous l'autorité des philosophes érigés en clergé, il institua un culte embrassant par ses rites et ses instructions savamment ordonnés l'ensemble de la vie humaine dans ses manifestations diverses.

Sur les bases du calendrier des anciens Athéniens, il établit une nouvelle division de l'année en mois, en décades, dont il consacrait les jours de fêtes à la célébration des déités de son Panthéon, par des allocutions morales, des prières et des hymnes qui nous ont été conservés».

Cette restauration du polythéisme hellénique prend avec lui bien des libertés, quant aux attributions et à la généalogie des Olympiens.

1. G. Pléthon, Traité des Lois, liv. IH, p. 198-200. 2 Voy. Pléthon, Traité des Lois, passage déjà cité.

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Ainsi, bien que soumis au souverain Jupiter seul incréé, Neptune (Poséidon), fils, Junon (Héra), fille du Dieu suprême, engendrés sans mère, constituent avec lui une sorte de Trinité dominante.

Le premier, avec l'aide des autres dieux super-célestes^ produit et forme toutes les existences dans le cycle de notre ciel.

La seconde enfante la matière et coopère avec Neptune à la production des dieux célestes ou astres, et des dieux terrestres ou démons placés dans l'échelle des êtres immédiatement au-dessus de Thomme.

Entre les hymnes contenus dans le Traité des Lois à l'adresse de chacune des divinités et composés tous sans exception de neuf hexamètres, les suivants, en l'honneur des deux grands associés de Zeus, peuvent servir de spécimen. (Nous avons en ce traité, échappé en partie h l'inquisition chrétienne, le livre d'offices du néo-paganisme et, pour ainsi parler, sa messe j rivale de la messe orthodoxe.)

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