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et d'où tombent sur Tune et Tautre joue deux cordons de perles.

Il tient d'une main le sceptre, de l'autre le globe, immobile, imposant, dans la raideur hiératique d'une idole. Quand il passera sous le pont de Rialto, l'étiquette veut qu'il baisse, comme trop haut pour ne pas heurter l'arche, son front de gédmi-maînamouchi.

Autour de La Majesté Sacrée toutes les pompes de l'Église et de la Cour, le luxe des hiérarchies profanes et religieuses : moines et domestiques j apocrîsiaires et logothètes, le Stratopédarque, grand juge du camp, le 'Protospathaire qui commande les gardes, et le Grand- Duc la flotte; le Grand-Drungaire, vice-amiral*; tous respectables, clarissimes ou illustres, depuis le Grand- Logothète, archichancelier, le Grand-Domestique, connétable, le Proto vestiaire, grand-chambellan, jusqu'à l'acolyte ou valet de chambre qui garde le petit chien de Sa Majesté Sacrée.

Venise aimait ces pompes de l'Orient, qu'elle copia dans les costumes, les cérémonies de sa cour dogale, illustrées. par les fresques du Palais.

Qu'on se figure le grand cadre des lagunes, si lumineux, — l'île Saint-Georges au levant, — à l'ouest, mille toits, tours, terrasses, la colonne et le dôme doré de Saint-Marc, le campanile, la place au Lion, comme parée de tètes humaines, les fenunes aux croisées du

1. GIBBON) Hist. de la Décad. de Vemp. rom.y ch. LUI; voy. Georges GooiNus GuROPALATA, cte OfficHs ecclesuR et aulœ Comtantinopolis.

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Palais, doQt la façade disparaît sous les tentures et les festons de fleurs I En bas, sur la Piazzetta, refoulée par la garde esclavonne, une plèbe grouillante et bigarrée, et, dans les milliers de gondoles autour du Bucentaure, une autre foule acclamant l'Aigle romaine unie au Dragon byzantin, le Lion ailé de Saint-Marc, patron de Venise.

Au carillon des cloches, à l'éclat des fanfares, un long cort^edébouchedu palais surle quai de Saint-Marc.

Tous les corps de TÉtat défilent.

Voici le doge en brocart d'or coifTé de son bonnet à forme phrygienne, le Sénat écarlate, les inquisiteurs, ' les Dix, — les Rouges et les Noirs, — les avogadors du commun, tous les provéditeurs, conseillers, secrétaires, amiraux, juges, capitaines, commissaires et barigels.

Ils s'embarquent surle Bucentaure et dans douze galères superbement équipées.

Parée comme au jour des noces dogales, cette escadre vogue vers le Lido, pour se joindre à la flotte portant l'empereur grec et sa suite.

Le Bucentaure aborde l'amirale où montent le Doge et les grands dignitaires de la Sérénissime. Ils adorent l'Empereur trois fois, se prosternant et touchant du front le tapis du tillac. Us prennent place autour de Jean II, aux acclamations rythmées des Byzantins, aux cris enthousiastes de la foule éparse dans les embarcations. h'Evviva italien coupe les clameurs que, selon Tétî-

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guette traditionnelle, les Grecs poussent en latin^ un nombre réglé de fois : Kowasp^T Aiovç llaTca/z! KcwotjoSMr

La flotte entre alors dans le Grand Canal et passe sous le pont de Rialto.

Le Doge siège à la droite de l'Empereur ; le despote Démétrius, frère du Paléologue, à sa gauche. Il est midi. Aux fenêtres, et des toits, des gondoles serrées aux murs des palais, des ruelles débouchant sur le Grand Canal,, la foule admire, eUe nomme ou cherche à reconnaître les Pères grecs du Concile, avec leurs longues barbes, leur chape d'or, leur mitre évasée, et cette haute crosse d'évèque oriental faite en béquille. — Joseph d'abord, nonagénaire, patriarche de Constantinople, puis l'archevêque d'Éphèse, Marc-Eugenios, Denys, archevêque de Sarde, et Bessarion, de Nicée; Dorothée, métropolitain de Trébizonde, Antoine, d'Héraclée, et Métophane, de Cyzique.

Après eux d'autres prélats, Macaire de Nicomédie, Ignace de Tornobe, Dosithéede Monembase, Dorothée de Mitylène, Joseph d'Âmasée, Damien de Muldoblanch et Nathanaël de Rhodes, les archevêques de Lacédémone et de Staurople, Mathieu de Mélénippe, Dosithée de Darme, Gennade de Ganne, Callisthe de Distre, Sophrone d'An-

i. Conservet Deus PapamI Conservet Deus Imperatorem ! Vivite, ihmim^ in multos atmos ! fi pour v et y) pour i, c'est ainsi que les historiens byzantins écrivent et orthographient les acclamations rituelles. — Yoy. Cét'émon. hyMnt.t chap. lxxv, p. 275» oit. par Gibbon, Hist. de la àécadij etc., ch. uiu

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chiale, Isidore, archevêque de Kiovie, métropolitain des Russes.

C'est encore les clercs dignitaires de Gonstantinople et les abbés des grands monastères : Théodore Xantopule, Diacre Grand-Sacristain; Michel Balsamon, Archidiacre et Grand-Chantre; le Grand-Ecclésiarque Scyropule, qui fut l'historien du Concile, Georges de Cappadoce, Grand-Défenseur.

. Puis les moines : Grégoire, confesseur de l'Empereur, et qui fut fait à Florence protosyncelle ou premier acolyte du Patriarche; Géronte, abbé du monastère du Tout- Puissant, et les abbés de Saint-Basile et de Cale; Moïse, moine de la Laure du Saint-Mont; Pacome, abbé de Saint-Paul ; Dorothée, moine de Bocopède ; Âthanase de Périblet, Marc d'Éphèse, et trois philosophes : Âmeruntza, Georges Scholarius, et le savant restaurateur du platonisme : Gemistos Pléthon ^

Curieuse figure que celle de Pléthon, l'apôtre, peutêtre le Messie avorté d'un Polythéisme philosophique renouvelé d'Alexandrie, et qu'il prétendit substituer au Christianisme I C'était pour siéger au Concile un titre au moins étrange. Gémiste, pourtant, en fit partie, il y joua même un rôle important en faveur de l'union des

1. La réception de l'empereur d'Orient et des Pères grecs du Concile eut lieu à Florence avec des pompes analogues. Une fresque de Benozzo Gozzoli, au palais Riccardi, représente cette entrée. — Jean II (robe noire lamée d*or, son cheval à la bride dorée). Devant lui, les patriarches de Gonstantinople; derrière, chevauchent Gosme de Médicis, son fils Pierre le Goutteux, Salviati, etc.

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deux Églises. On ne peut le séparer de son disciple et protecteur Bessarion.

Venu à Florence comme archevêque de Nicée, ce dernier prélat se rallia définitivement à TÉglise romaine doiA il devint cardinal en 1439. Il obtînt plus tard le titre de patriarche de Constantinople. Né en 1395 à Trébizonde, il était entré dans l'ordre de Saint-Basile. Le cardinalat auquel il parvint fut le prix de son savoir, et aussi de ses aptitudes politiques déployées dans plusieurs nonciatures et légations.

Il ne tint, paraît-il, qu'à son secrétaire Perotti qu'il succédât à Paul II. Pendant le conclave terminé par Télection de Riario (Sixte IV), un jour que Bessarion s'était enfermé pour travailler, trois de ses collègues les plus influents se présentèrent à la porte de sa cellule. Le trop zélé secrétaire refuse d'ouvrir, ne sachant pas qu'ils viennent apprendre à son maître que la majorité se prononce pour lui. « Ton impolitesse, dit Bessarion, me coûte à moi la tiare, à toi le chapeau ^ »

Comment ce cardinal, dont l'orthodoxie ne fut pas suspectée, s'accorda-t-il avec Pléthon, au point de s'avouer son disciple et de le défendre des accusations de Georges de Trébîzonde ?

Quelles étaient à cette époque les dispositions des esprits d'élite à l'endroit des croyances chrétiennes? On peut se poser cette question quand on voit parmi les

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