‹ Les MédicisChapitre 163 sur 262 · III. Des I que par la volonté (Arischoses ) tote · texte numérisé non relu

III. Des I que par la volonté (Arischoses ) tote

super- \2<> Des choses supercélestes, célestes. § Tâme étant séparée du corps et plus par la volonté que par l'intelligence (Platon).

Le bonheur est dans cette dernière contemplation. Le sage la nomme après avoir énuméré toutes les imperfections et caducités gui atteignent les autres plaisirs , de la fortune, du corps et de l'esprit, jusqu'à la béatitude suprême, l'identité de l'âme humaine avec le Divin par la volonté.

La croyance chrétienne, telle que la Renaissance l'interprétait, attendrît parfois la déduction sévère, mariant les souvenirs de l'Évangile aux réminiscences du Phédon :

« Il nous semble faux de dire que le vrai bien consiste en ce bien qui mendie le bien de sa propre souffrance.

9 Mais quel besoin avons-nous de plus longues considérations ? puisque celui qui nous mène au vrai bien nous donne sur ce point sa sentence^ et tiens-y toi.

» Madeleine choisit la meilleure part, puisque Tune des deux est nécessaire; celle de Marthe est pleine d'inquiétude >

» Voilà la vérité qui ne varie jamais ; [personne n'appelle de

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son véritable jugement; aussi toute chose qui lui est contraire est fausse.

» Gomme vous voyez, Marthe n'est pas celle qui puisse éteindre notre longue soif; ce qui le peut, c'est Teau demandée à l'humble femme.

» Samaritaine : buvez de cette eau ; suivons Marie qui, prosternée aux pieds sacrés de Jésus, ne se tient pas inquiète, mais en repos.

» Ainsi demeure Tâme qui contemple, et, quand elle s'est bien approchée de celui qu'elle contemple, elle ne veut jamais autre chose que le contempler... »

Marthe, Madeleine, populaires images de la vie active et de la contemplation, onde où la Samaritaine étanche la soif du Maître divin, ces symboles de la foi commune s'encadrent sans effort dans ce poème, nullement chrétien pourtant, à moins qu'il ne faille appeler ainsi (et on le pourrait à quelques égards) l'idéalisme d'oîi la théologie chrétienne est issue. A quel point les penseurs platoniciens de la Renaissance partageaient-ils les croyances vulgaires, quant à la réalité des faits surnaturels du christianisme? C'est une question suffisamment tranchée pour le chef de l'école, Pléthon, douteuse pour Marsile, et qu'il faut aussi laisser en suspens pour l'auteur de VAltercazione. Mais, quelle qu'ait été leur adhésion, plus ou moins complète, au Credo, catholique, la pensée de ces hommes débordait leur croyance. La croyance en ce cas suit spontanément la pensée, se tempérant d'elle-même, évitant de se prendre au mot, de se trop nettement formuler*

Nous verrons en présence ces hommes et leur adversaire Savonarole, et comment la foi rigide repoussa les avances du platonisme.

Elles portaient surtout sur ce priilcipe :

... Piùralmaamando in vitaacquista La divina bontà che inquirendo.

« Le divin Platon, dit Laurent faisant parler Mai'sile, ce Phénix du monde, appelle la première vision Ambroisie, et la joie qui naît de la vue, il l'appelle Nectar.

» Notre âme pure et belle a deux ailes : Tintelligence et le désir, avec lesquelles elle s'élève, volant au Dieu suprême audessus de toute étoile... »

Je m'arrête... Ce symbolisme nous est trop familier I Ce qui ne Test pas, après et avant les longues déductions métaphysiques qu'exige Texposé du système, c'est la grâce précise de l'expression poétique qui semble le rajeunir. Il faut citer en italien des développements que nous sommes habitués à saisir sous cette forme, ou l'on ne comprendrait pas quel poète est Laurent, et même qu'il soit un poète :

Plato divine, al mondo una Fenice, La prima visione Âmbrosia appel la, Ë il gaudio pel veduto Nettar dice.

Due aie ha la nostr' aima pura e bella, Llntelletto, e il disio, ond' ella è ascensa Yolando al somme Dio sopra ogni Stella,

Ove si ciba alla divina mensa D' Ambrosia e Nettar, ne giammai vien meno Questa somma dolceeza eterna e immensa.»

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Di questi due è il Nettar piû ameno Ail' aima, che allor vive al mondo interita, Il gaudio del veduto ë assai piû pieno.

Perche s' è più nella vita preterita Merito, Dio amando, che intendendo; Se amore è il fior d'amore, il frutto mérita.

Che amor mérita piû proyare intendo, E che più Falma amando in yita acquista La divina bontà che inquirendo.

Âmor del paradiso âpre le porte.

Ne la nostra aima amando giammai erra, Ma il ricercarlo spesso induce morte.

Leva in superbia Tanimo dî terra La scienza talora; egliocchi vêla, A questi sempre Dio s'asconde e serra.

A sapienti e prudenti si cela, Corne di se la santa bocca disse, Amore a' semplici occhi lo rivela.

Les formes logiques reparaissent dans ces tercets qui parfois syllogisent, à l'instar de ceux de Dante, mais dans une langue moins technique. On n'y trouve pas de ces tours de force d'argumentation violemment imposés au vers et où semble se complaire le grand poète catholique :

Fai come quei che la cosa per nome

Apprende ben, ma la sua quiditate

Veder non puote, s' altri non la prome. Regnum cœlorum vïolenza pâte

Da caldo amore e da viva speranza,

Ghe vince la divina volontate ^

i. Dante, Divin. Corn,, Parad,, c. xx, terz. 31, 32.

« Tu ressembles à celui qui apprend bien le nom de la chose, mais ne peut voir sa quiddité si un autre ne la montre.

» Regnum cœlorum souffre violence par Tardent amour et la vive espérance qui vainquent la divine volonté. »

Il est curieux, du reste, de rapprocher des vers didactiques de la Divine Comédie certains passages de VAi^ tercazione. On y retrouve presque avec une égale précision de touche les mêmes défauts, afférents au genre, mais qui ne le doivent pas faire rejeter. Quand Lucrèce expose, avec toute l'exactitude technique de son temps, le système atomistique, l'emploi forcé de cette terminologie se pardonne. U y a même, non dans la difficulté vaincue (mérite secondaire), mais dans la rigueur de la forme métrique qui l'enferme, un attrait de plus. Et cette qualité ne nuit pas à l'éclat des descriptions et des images, qu'elle ne saurait suppléer.

Trop répétée en poésie, la démonstration messiérait pourtant, surtout sous sa forme syllogistique. Mais, si cette usurpation du champ du beau par la logique se justifie parfois, est-ce dans le passage suivant de notre poème ?

« L'esprit aspire, pour souverain bien, à celui qui le contente ; mais il n est content que s'il regarde et contemple seulement Dieu ;

» Parce que la vision que Tâme voyante reçoit en elle, bien qu'elle soit attentive, se contente du créé et du fini {que^ par nature^ elle ne saurait dépasser).

» Et si de puissance Tâme est finie, elle doit être ainsi dans tous ses degrés : son opération est aussi finie et courte.

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» Mais rftme, qui, échappant à ces liens, se contente et se repose seulement tout à fait dans les choses qui ont une vie sans limite,

n Cette ftme a uniquement la volonté du bien qui est connu de Dieu, et un tel désir parait être la joie elle-même qu'elle recherche.

» Car, aimant, elle se conyertit en Dieu, et au-dessus de Dieu vu elle se dilate. — Je rompis alors le silence, et je dis :

LAUBENT.

» Explique mieux une chose confuse dans mon intelligence à cause de quelque obscurité élevée dans mon esprit. — Marsile répondit :

MABSILE.

» Si l'âme est circonvenue de quelque erreur, je ne m'en étonne pas, et toi, pour cela, ne m'adresse aucune excuse.

» Un œil mortel ne peut porter si haut sa contemplation ; mais, pour que ta connaissance soit plus entière, je prends pour toi un exemple matériel.

» 11 7 a une différence entre le goût et la dégustation : le goût est la puissance de goûter ; la dégustation est posée par son acte.

» Pour les porter tous les deux à agir, la saveur est nécessaire ; elle est l'objet du goût, objet qui soumet le goût à l'action delà dégustation.

» Le goût est l'ftme pure et parfaite qui se meut à goûter l'objet digne par la dégustation qui est l'intelligence.

> Et, après qu'il est arrivé à ce premier but, il jouit de Dieu goûté avec un désir saint, et une telle joie est la saveur grosse de tout bien.

» La dégustation est justement bonne autant que douce est la saveur ; et l'âme, contemplant, goûte Dieu, et le désir lui fait un plaisir égal au désir lui-même.

» Ainsi nous conclurons, parvenant à la fin, que notre vrai

et souverain biea est ce Dieu éternel que nous tous allons cherchant ;

» Agneau simple, pur, immaculé, vers lequel chemine Fâme pèlerine pour se reposer dans sa sainte demeure. »

Sî ces strophes, fermes dans roriginal et d'un haut goût d'élégance, perdent, traduites, même Tapparence de la poésie, c'est que de telles qualités ne se transmettent pas d'une langue à une autre. Un fond d'idées anti-poétiques ne se sauve en poésie que par la musique et la couleur des mots, par l'artifice des périodes qui le rendent.

Le logicien est resté : c'est quelque chose. Où est passé le vates ?

Le philosophe termine son exposition en décrivant l'ascension de l'âme jusqu'au terme où, ravie comme saint Paul, elle s'abîme dans l'amour infini, suprême bien près duquel tout n'est que misère, l'humble vie du berger comme la noble et opulente existence des Médicis;

U se tait, l'ombre du soir s'allonge dans la vallée.

Chacun retourne à ses peines après cette halte dans l'idéal, — le citadin au tumulte de Florence, le berger à son troupeau...

a Et toi, lecteur, où ton désir te mène. »

C'est la vie ! Dans l'âpre combat pour l'existence, struggle for life^ la pensée (et de peu d'élus encore)

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dérobe si rarement aux exigences organiques l'instant qu'il lui faut pour se reconnaître!... Éclair furtif, par quoi l'homme entrevoit le divin j résume en un moment l'universel, l'éternité, pour retomber aussitôt sous la loi générale réglant en leurs manifestations fugitives, et sans but que la vie elle-même, les forces conservatrice et reproductive de la vie, Taccouplement qui maintient l'espèce, le carnage qui nourrit l'individu.

Ainsi, dernière hypothèse métaphysique, la conception moderne peut s'adapter à l'idéal objectivé par le platonisme, et que Laurent invoque dans cette oraison finale :

0 0 vénérable, immense, étemelle Lumière, qui te vois en toimême et dardes la lueur qui luit en ta divinité;

» 0 vue infinie, qui procèdes de toi, et par toi luis I par toi resplendit toute splendeur par la lumière que tu concèdes;

» 0 œil spirituel, qui n'es compris que par la vue spirituelle, par lequel et lequel seul, et non autre chose, elle voit et entend;

» 0 vie de tout voyant immortel, ô bien intégral de quiconque vit, qui accomplis tout désir qui de toi descend,

» Tu allumes le désir ; et de toi vient que de tout bien l'envie est très ardente, parce que tu consistes en tout bien, ô seule espérance...

> 0 souverain, éternel bien, ample el fécond, l'homme est plus misérable qu'une bête stupide,situ ne le fais pas beureux dans ta patrie.

> Mais ton vase déborde de toute grâce; aussi j'espère à mes martyres cette fin qu'on obtient plus par grâce que par mérite.

» 0 Rédempteur du monde, qui le délivres de Tenfer, ô vrai refuge, ô unique salut, qui sauves tout sous ton autorité !

» Par toi est la voie, tu es notre guide vers de tels biens.

> Fais-nous aimer ta beauté infinie, délivrés de Tanxiété, tourment du cœur, — et de toi. Bien suprême, qui stimules tout esprit,

» Que nous puissions jouir toujours avides et contents I »

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