Lauda v, Stanz
412 LES MËDIGIS.
0 prince infernal.
Ne fais résistance ; Le céleste roi Vient avec puissance ; Fais*lui révérence, Ouvre-lui les portes.
Voici, le puissant Vient avec victoire Le Seigneur puissant, Seigneur de la gloire ; 11 eut la victoire, Il vainquit la mort !
Il vainquit la guerre Qui dura des ans, Fit trembler la terre.
Et, — fin des tourments.
Remplira les trônes, Repeuplant sa cour.
Vieux père, il t'appelle, Adam^ toi, les tiens ; Abel, son fidèle, Vient avec Noé ; Moïse Tespère...
Venez à sa cour.
Âbram patriarche Suit le grand Seigneur :
Son serment ne passe ; Il vient Rédempteur.
David^ le chanteur, Lui fait digne cour.
Et toi, Jean-Baptiste, Or sus, sans tarder.
Ne perds pas de vue
LAURENT DE MÉDIGIS. 413
En haut le saint chœur ;
Siméon aussi
Fait derrière escorte.
Chétifs innocents, Devant tous passez!
Êtes-vous contents Des coups essuyés ?
0 joyaux et perles, Adorez sa cour.
Voici, vient le règne Longtemps désiré ; Car sur le saint bois Il est mort percé ; Il a racheté L'humain héritage ^
1. On a tâché de rendre en vers blancs, fréquemment rimes, grâce à l'étroite parenté des deux langues, le texte de Lucrezia Tornabuoni :
Ëcco il Re forte,
Ecco il Re forte ;
Aprite quelle porte.
0 Principe infernale,
Non fate resistenza :
Gli è il Re celestiale
Ghe vien con gran potenza ,
Fategli riverenza,
Levate via le porte.
Ghi è questo potente
Ghe vien con tal vittoria?
Ëgli è Signor possente,
Ëgli è Signor di gloria;
Avuto ha la vittoria,
Ëgli ha vinto la morte.
Ëgli ha vinto la guerra
Durata giâ molt* anni ;
E fa tremar la terra
Per cavarci d'affanni;
Riempier vuol gli scanni
Per ristorar sua Gorte.
414 LES MÉDIGIS.
Où la Muse facile et savamment naïve de Laurent se joue avec le plus d'aisance, c'est dans le mythe antique, dont les symboles se prêtent aux fantaisies de son imagination, aux caprices subtils de sa galanterie, plus souvent amusée que mélancolique ; c'est dans le sonnet, et surtout en ces charmantes pièces en toscan rustique où des amoureux de village content leurs tortures aux échos. Selve damorCj Canti, Canzoni^ Canzonettej Sonetti^
£ vuole il Padre antico,
E la sua compagnia;
Abel suo vero amico ;
Noè si metta in via;
Moisè qui non stia ;
Venite alla gran Gorte.
0 Abraam Patriarca
Seguite il gran Signorc,
La promessa non varca,
Venuto è il Redentore :
Vengane il gran Cantore
À far degna la Gorte.
0 Giovanni Battista,
Orsù sanza dimoro,
Non perdete di vista ;
Su neir eterno coro ;
E Simion con loro
Drieto a se fa la scorte.
0 Parvoli innocenti,
Innanzi a tutti gite ;
Or siete vôi contenti
Deir avute ferite?
0 gemnie, o margarite,
Âdorate la Gorte.
Venuti siate al Regno
Tanto desiderato;
Poichè nel santo legno
r fu* morto e straziato;
Ëd ha ricomperato
Tutta Tumana sorte*
LAURENT DE MÉDIGIS. 415
témoignent d'ailleurs de la même souplesse esthétique, de la même franchise d'impression rendue avec une égale réalité dans la touche pittoresque. Ainsi ce tableau pastoral dans la première Selva (ïamore :
Vient le printemps. Le bon pâtre commande
D'abandonner le bercail des hivers ;
Et le troupeau saute, joyeuse bande,
Vers la montagne, et Tonde, et les prés verts.
L'agneau trottant suit sa mère...
Lagnel trottando pur la materna orma ' Segue,.,
Et admirez le charmant détail :
..,Ed alcun che pur or ora nacque Lamorevol pastore in braccio porta :
Il fido cane a tutti fa la scorta ^.
Quelle intraduisible simplicité! « — L'agneau qui naît de moment en moment, le long de la route, l'amoureux pasteur le prend dans ses bras...
» Puis, c'est une brebis blessée qu'un autre berger met sur ses épaules, tandis qu'un de ses compagnons, monté sur une jument pleine, porte en croupe les claies et les outils nécessaires pour construire le parc qui, à la nuitée, protégera contre les loups le troupeau... On fait halte! Quelles lippées de laitage T Quels ronflements sous le ciel ! i>
Un altro pastor porta sulla spalla Una pecora ch' è nel cammin Boppa ;