HYMNE V, TROISIÈME DES MENSUELS, Â HÉRA
« Héra, vénérable déesse, fille du grand Zeus, et épouse de Poséidon^ qui est Fêtre beau en soi, mère des dieux, habitant au dedans du ciel, productrice de la matière, donatrice de toutes leurs puissances aux espèces fixées en ce séjour, et parti- ;ulièrement de celle qui porte à toute vertu et beauté, tu établis aussi les lois, d où dérive ensemble pour toutes ces espèces la croissance, Téternité : donne-nous de bien vivre, nous menant avec bienveillance à la vertu*. »
Les subtilités néo-platoniciennes de Pléthon transfigurent, — on le voit, — étrangement le mythe égayé d*Homère. C'est recueil de telles exégèses alambiquant
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(nep\ v6|MttV, r, Traité des Lois, p. 204, 206, loc. cil.)
le sens vrai des légendes naïves et sans prétentions morales, pour en extraire leur ô|xOGo;i^o( ort. Aussi, dans le manuscrit d'où le dernier éditeur du Traité des Lois a tiré ces prières, un sceptique, un malin, contemporain, ou à peu près, de Gémiste, a-t-il écrit en marge de l'hymne à Poséidon : c Je te prie, ô Neptune, de ne » pas faire à ton père ce que celui-ci fit au sien, » Saturne. . . ! i>
Le traité de Pléthon porte sur le dogme, le culte, la liturgie, l'organisation sociale; ce livre appartient à la série des Républiques et des Utopies y inaugurée par Platon, poursuivie par les Morus, les Campanella, les Mably.
Tout d'abord l'idée d'une révélation divine est singulièrement altérée dans ce culte qui, prétendu hellénique, avoué pour fondateur Zoroastre , près d'Homère et de Platon. Le Polythéisme n'y est que fictif, grâce au dogme fondamental d'un Dieu-Tout-Unique , d'oti par degrés émanent tous les êtres constituant la hiérarchie de l'univers. Qu'importe si ces conceptions purement métaphysiques s'étayent d'un symbolisme hors d'âge , et tentent de légitimer un fanatisme que les croyances franchement issues de la spontanéité populaire peuvent seules éveiller I La théocratie ne saurait émerger que d'un dogme surnaturel, de l'hypothèse d'une divinité fondatrice.
La morale et la discipline de ce polythéisme idéal n'en reposent pas moins sur les sanctions des antiques
GÉMISTE PLÉTHON. 45
théocraties de l'Orient imitées par le catholicisme au Moyen-Age. A l'instar d'Auguste Comte, dans son Catéchisme positivistej Gémiste confie à un nouveau clergé le droit exercé par les pontifes égyptiens, de marquer, par la place qu'ils occuperont au champ du repos, les mérites et les démérites des morts.
L'auteur des Lois condamne les réprouvés à une sépulture ignominieuse. « Leurs restes sont enterrés dans une des trois enceintes du cimetière séparées Tune de l'autre par des clôtures très-apparentes*. » N'oublions pas que, parmi les réprouvés, Pléthon met, après l'avoir c brûlé vif >, « le sophiste » qui s'est permis de le contredire*.
C'est pousser loin le fanatisme métaphysique, aussi loin que la rage sacrée du théologien.
Le premier, heureusement, est moins à craindre. C'est l'honneur et aussi la faiblesse de ces doctrines équivoques se prétendant des religions sans avoir à leur base ce qui fait le succès durable de celles-ci : une étrangeté concrète, la fiction d'une aventure divine tenue pour réalité. On venge un Dieu crucifié, ou dont la chair saigne, hostie percée par le couteau d'4in juif, féroce légende du Moyen-Age... Allez donc venger des dieux, qui, Gémiste l'assure, n'ayant pas pour nous
1. Tr. des Lois, liv. lU, ch. xxxi, publié par M. Alexandre avec le texte grec; Paris, F. Didot.
2. . . . xoà croçicrTôv t^v tiç wapoi toi; yjjieTépaç tauta; Ôo^a; (TOî>iÇ6(i.cvo; h\(&i Çôv %cà ovToç xE)Ca>j(jeTat- {De legibus, III, xxxi.) «
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d'histoire, ni dans le ciel, ni sur la terre, ne sont que la conclusion d'un syllogisme gazée d'allégorie * I
L'hellénisme de Pléthon repose sur l'équivoque par laquelle le christianisme se perpétue. Oîi le vulgaire croyant lit une histoire divine, Texégôse raffinée déchiffre un symbole. Grâce à cette double interprétation, une institution religieuse peut agoniser longtemps, sans cesser de compter en politique : morte, un tel symbolisme ne la ressuscite pas.
Gémiste réagit contre l'ascétisme. Il recommande le mariage, persuadé a qu'une abstinence complète des plaisirs sexuels serait acceptée par bien peu d'hommes et que, la plupart du temps, elle serait vaincue par le plus impérieux de tous les désirs* ». Sa tolérance va même à consacrer la prostitution. II condamne la femme adultère « à avoir les cheveux rasés. On la livrera à
i. « U nous reste à traiter du culte des Dieux... Et d'abord il faut parler de leurs noms et montrer que ce n'est pas à tort que nous nous servons, à Tégard des Dieux reconnus par la philosophie, des noms des Dieux nationaux de notre race. On ne pouvait pas en effet désigner chacun de ces Dieux par une périphrase, au lieu d'un nom : ce qui n'eût pas été d'un usage facile pour la plupart des hommes; ne pouvant non plus ni leur donner des noms nouveaux ni leur appliquer des noms barbares, il ne restait à employer à leur égai'd que ceux dont usèrent nos pères. Mais, dira-t-on, ces noms ont été défigurés par les poètes qui ont brodé des fables absurdes sur les discours de la philosophie touchant les Dieux, aussi ne faudrait-il jamais avoir recours à ces noms. Mais la nature des noms n'est pas telle que, si un nom est une fois défiguré, il le demeure toujours ; mais elle est telle que, si l'on se sert d'un certain nom dans un sens vil et impie, ce nom sera défiguré ; mais, si l'on s'en sert dans un sens pur et sain, ce nom est aussitôt purifié* » {Traité des LoiSy liv. III, ch. xxxiv.)