Morg. Magg.y c. xiv, st
474 LES MËDIGIS.
Luciana de Saragosse lui amène elle-même des troupes.
Ici Pulci a placé, selon Tus épique, une description du pavillon, brodé de ses mains, que l'héroïne offre à Renaud.
Ce morceau est curieut, et pour sa facture aisée contrastant avec le pittoresque un peu apprêté que les poètes latins du temps apportaient dans leur peinture des beautés naturelles, et pour l'éclat môme des tableaux. Le poète s'y complaît. Pour néo-platonicien qu'il soit, puisque nous verrons attribuer à l'idéaliste Marsile Ficin une partie de son œuvre, cette description montre qu'il n'échappa pas aux tendances naturalistes de la Renaissance, — ^Laurent de Médicis non plus (on le peut voir) en ses poèmes champêtres. C'est que la tendance à rechercher abstraitement, ou à figurer par les concrétions de l'art, la réalité des choses, s'imposait d'autorité aux poètes comme aux peintres les plus éloignés de ce que nous nommons le réalisme. Si les Paolo Uccello, les Gentile Bellini, se complurent à reproduire dans leurs différences variées la bête, la fleur, l'oiseau, Léonard de Vinci n'associait-il pas en ses types de femme l'expression de la beauté idéale à la précision vivante, à l'exact agencement des formes telles que les donne la nature observée face à face et sans parti pris ?
«... Quand Renaud vit ce pavillon, il s'émerveilla de tant de beautés, et il dit : — Assurément, je ne sais pas quelle déesse a produit une telle magnificence. Serait-ce Pallas? Et
il lui rendait grâces, disant: — Pour Famour de toi, ce pavillon^ toujours je le garderai : ainsi lèvent la raison ^
> Il était divisé de la^ manière suivante (on retendit pour le regarder sur le pavé de la grande salle), en quatre parties où étcdent figurés les quatre éléments. Le premier côté paraissait tout en combustion, car il était travaillé de telle manière par art qu'on aurait dit que c'était un feu véritable, plein de flammes et de rayons flamboyants, si bien que quiconque se tient devant en est ébloui 2.
» Là étaient certains escarboucles et rubis, qui se détachent bien sur cette couleur, certains rubis-balais et grenats si fins que de tout côté elle dardait de la splendeur ; là étaient Chérubins et' Séraphins, comme il y en a dans le feu de Téternel amour : là est la salamandre encore dans le feu, qui s'éjouissait contente en fête et en jeu 3.
» Dans la seconde partie est l'air pur, tout azur, et le ciel avec toute étoile, la Lune et le Soleil, et Vénus et Mercure, et Jupiter après, et Vulcain qui martèle, Saturne et Mars sous un aspect plus dur, douze signes, et toute chose belle, tant qu'il n'est temps pour tout raconter ; puis les oiseaux au-dessous on voyait voler. »
Suit rhomérique dénombrement des espèces, — oiseaux, poissons, reptiles, mammifères, — dans une série de stances par malheur intraduisibles ; car tout le piquant du défilé glt dans le heurt des syllabes sonores, imitatives, dans le jeu des vocables qui s'entre-choquent, mélodieux, siffleurs, cadencés, brusques, rauques ; parodiant dans une sorte de hourvari moqueur l'harmonie confuse de la vie en ses manifestations variées, de la