Morg. Magg., c. xiv, éi
3; Mor^, Maggij c. xiv, st. 81*
En somme, le peuple animal que Pulci encage dans ses stances', — sa ménagerie, — comprend cent six espèces : cinquante mammifères; — quatre-vingt-six oiseaux; — onze reptiles; — trente poissons; — un arachnide (?); — sept crustacés ou mollusques; — deux phénix, un griffon, un dragon, une licorne et une hydre à sept têtes, sans compter les héros, les déesses et les dieux.
Le quinzième clïant est plein d'aventures extraordinaires. Renaud a mené son ost en Perse : il défie TAmostante. Roland, pri^nnier de ce prince , est mis en liberté pour combattre ce nouvel ennemi, qu'il ignore être chrétien et Français. Mais la vérité se découvre ; Roland et Renaud se reconnaissent. L'Amostante est trahi par sa fille, qui aime Roland. L'infidèle est tué par Olivier, sa ville est conquise.
A cette nouvelle, accourt Antée, fille du Soudan de Babylone; son père Tenvoie, comme suzerain, pour maintenir ses droits sur les domaines de son vassal 'Amostante. Magicienne, écuyère consommée, cette amazone est philosophe : elle platonise à Tinstar de ces doctes beautés qui dissertaient avec les sages dans le palais des Médicis. Elle a féru d'amour Renaud. Le preux doit pourtant la combattre; Antée Ta défié, le royaume de TAmostante est le prix de la victoire.
Le matin de cette journée, Renaud couché se lamente, chapitré à son chevet par son cousin, confident de cet aniour* Rassuré d'avance sur les suites du duel : « Ohl
LUIGI PULGI. — LE « MORGANTË MAGGIORE ». 481
S» dit Roland, notre Renaud est déjà en armes, il attend » dans son lit Ântée à la bataille. »
... Il nostro Rinaldo è già armato,
Gh' aspetta alla battaglia Antea nel letto^j
Le moment est venu; les champions sont en présence; Tamoureux faiblit, il jette sa lance. Olivier, qui veut remplacer son cousin, est vaincu et fait prisonnier par l'amazone. Puis, c'est le tour de Roland : les coups pleuvent impuissants de part et d'autre. L'armure de la belle est enchantée, celle du preux résiste comme si elle Tétait.
A partir de ce seizième chant, les hauts faits de nos héros, leurs épreuves, se multiplient à un tel point que le résumé consciencieux de ces récits, après le spécimen qu'il en fallait donner, devient aussi fastidieux qu'inutile. Il suf&t d'avoir vu comment la pensée railleuse de la Renaissance s'appropriait, mais transposés avec scrupule dans le ton qui lui est familier, les récits delà Chanson de Gestes. Sautant désormais par-dessus bien des épisodes, il n'y a lieu de s'arrêter qu'à ceux où l'indépendance d'esprit du poète, sa verve originale et sceptique, se caractérisent plus spécialement.
Ce n'est pas que Pulci, sauf par échappées, sorte des convenances théologiques. Ses libertés à cet égard, même quand elles atteignent la licence, s'autorisent presque toujours des traditions du Moyen-Age , de ces