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Morg. Magg.jC . xvi, st

LES MÉDIGIS. I. — 31

48â L£S MÊDUIS.

parodies quasi-officielles des mystères et du dogme qui, à certains jours, avaient leur place au sanctuaire, comme le fou à la cour du roi. L'assurance d'une domination incontestée éclate dans ces tolérances des pouvoirs pour la critique ; ils se Tincorporent en quelque sorte ainsi , ils se consacrent en la consacrant comme une dépendance d'eux-mêmes. Certaines plaisanteries de Pulci dépassent ce cadre : l'impiété voulue s'y laisse voir.

Lorsqu'il est sérieux, l'auteur du Morgante s'inspire du mysticisme rationaliste de Ficin. Il professe ce catholicisme élargi où le symbole orthodoxe s'accommode sans trop d'efforts aux exigences du néo-platonisme réformateur. Rapprochés des parties théologiques du poème, les écrits de Marsile éclairent la pensée de son ami quand celui-ci vise à la haute philosophie. Pulci est plus à Taise avec lui-même quand il se livre aux caprices de son dévergondage épicurien. Il redevient le joyeux commensal du Magnifique, le railleur bouffon des mystères sacrés. Il a des irrévérences sacrilèges, comme celle-ciç par exemple.

Interrogeant sur sa foi le géant Margutte dont il vient de faire rencontre, — « Dis-moi, s'écrie Morgante, si » tu es chrétien ou sarrazin, ou si tu crois au Christ ou )> à Âppollin. »

({ Margutte répondît alors : A te le dke de suite, je ne crois pas plus au noir qu'à l'azur, mais au chapon bouilli ou^ si tu veux» rôti ; et je crois quelquefois encore au beurre, à la bière et^

LUIGI PULCI. — LE t MORGANTE MAGGIORE ». 483

quand il y en a, au vin nouveau... Mais, par-dessus tout, j'ai foi dans le bon vin et je crois que qui y croit est sauvé.

» Et je crois à la tourte et au tourtelet (iortello) : Tune est la mère et l'autre est son fils ; le vrai Pater noster est le foie rôti ; et ils peuvent être trois, deux et un seul^ et celui-là dérive au moins du foie ; et, parce que je voudrais boire avec un glaçon, si Mahomet défend et condamne le vin, je croîs que c'est un songe et un fantôme ^.

» Appollin doit être une hallucination, et Trivigant est peutêtre un spectre. La foi est une plaisanterie. Tu l'entends, je crois, à demi-mot. Or, tu pourrais dire que je suis hérétique. Donc, ne prodiguons pas les discours

> Cette foi est comme Thomme se l'accommode. Veux-tu voir quelle foi est la mienne, à moi qui suis né en Turquie d'une nonne grecque et d'un prêtre païen. D'abord, j*aimais à jouer durebec, ayant fantaisie déchanter TroiB, Hector et Achille, non une, mais mille fois.

> Quand je fus fatigué déjouer de la guitare, je commençai ù porter l'arc et le carquois. Un jour que dans la mosquée je faisais du ti*ain, je tuai mon vieux pope {papcisso) ; puis je me pendis au côté ce cimeterre et commençai à vaguer par le monde, et pour compagnie je menai avec moi tous les péchés du Grec et du Turc 2. >

Il mène soixante-dix-sept péchés mortels, sans compter les véniels. Joueur, fripon, gourmand, glouton, expert en toutes friandises, « il sait toutes les sauces... » En l'art de gueule on compte soixante-deux articles, sans compter les suppléments ajoutés par lui.

tino che manchi guasta la cucina, Non vi potrebbe il ciel poi rimediare :

i. Morg. Magg.y c. xviii, st. 414-116.

1 Morg. Magg.i c. xviii, st. 117-121.

Quanti segreti insino a domattina Ti poti*ei di quest' arte riyelare I

Dove il capo non vametto la coda^.

c Mets-moi en danse, mets-moi à table, je fais mon devoir des pieds, des mains. Présomptueux, importun, hardi, je ne regai'de pas plus les parents que les étrangers : j'ai pris mon parti de la honte, et je retourne vers qui me chasse, comme les chiens.

> Si j'ai fait Tentremetteur, ne me le demande points je ne te le dirais pas... Où il y a cinq femmes, j'en corromps six^. »

Un vrai Panurge, ce Margutte auquel notre Rabelais semble avoir songé quand il résume les talents de son héros !

c Panurge estoit. . . bien galant homme de sa per- » sonne, sinon qu'il estoit quelque peu paillard, et sub-

> ject de nature à une maladie qu^on appelloit en ce

> temps là :

Faulte d'argent, c'est douleur sans pareille.

> Toutesfois il avoit soixante et trois manières d'en trou- » ver tousjours à son besoing ; dont la plus honorable et

> la plus commune estoit par façon de larrecin furtiveto ment fait; malfaisant, pipeur, beuveur, batteur de » pavés, rîbleur, s'il en estoit à Paris ;

> Au demeurant, le meilleur filz du monde ^. >

i. Morg. Magg.fC, xviii, st. 128-129.

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