‹ Les MédicisChapitre 243 sur 262 · Ço sent RoUans la véue ad perdue · texte numérisé non relu

Ço sent RoUans la véue ad perdue

Met-sei sur piez, quanqu*il poet s'esvertue ; En Sun visage sa culur ad perdue.

De devant lui ad une perre byse, .X. cols i fiert par doel e par rancune. Gruist 11 acers, ne [ne] freint [ne] n'esgruignet ; £ dist 11 quens : « Sancte Marie, ajue ! E ! Durendal bone, si mare fustes !

RoUans férit en une perre bise, Plus en abat que je ne vos sai dire, L'espée cruist, ne fruisset ne ne brise, Cuntre [le] ciel amunt est ressortie.

Quant veit li quens que ne la freindrat mie, Mult dulcement la pleinst à sei-méisme : « E! Durendal, eûmes bele e seintisme!

rdi LES MÊDIGIS.

Graaiy par ce calice plein du sang du Christ, prix du dévouement de ses soldat^ : les héros s'efforcent de le gagner, en répandant pour le Christ leur sang , mais aussi le sang des autres. La résignation béate au plus fort ne pouvait cadrer avec les mœurs viriles de la féodalité, avec les traditions de la vertu antique, maintenues grâce à ce gui restait dans renseignement de rÉglise des leçons de la sagesse païenne. L'union de ces deux types de moralité, le chevalier et le saint, combinés , malgré leur contradiction logique , par le bon sens général, qui s'élève heureusement parfois au-dessus d'une logique étroite, cette association de l'héroïsme et de la foi s'imposant à l'imagination du sceptique Pulci, prête au dénouement de son poème un sérieux inattendu. Il importe d'autant plus de la signaler qu'elle allait disparaître, non sans éclat, en ses derniers représentants : le Chevalier sans peur et sans reproche

En Tcfriet puni asez i ad reliques :

La deat seint Père e del sanc seint Basilie,

Et des chevels mun seignor seint Denise.., etc.

(Cfumson de Roland, st. clxxi et clxxiii.)

Quant Rollans voit que la mors si Taigrie, Tint Ourandart où li ors reflambie ; Fiert el perron, que ne l'espargne mie ; Tresqu' en milieu a la pierre tranchie. Fors est l'espée, n*est frainte ne brisie. Or la regrete et raconte sa vie :

a Hé Durandart, de grant sainte garnie, Dedens ton poing a moult grant seingnorîe : .j. dent saint Pierre et dou sanc saint Denise.

{Roman de Roncevaux, st. ccxxiii.)

LUIGÏ PULCI. — LE « MORGANTE MAGGÏORE ». 523

mourra sur le champ de bataille devant la poignée de son glaive érigée en croix. Il y a du Roland dans Bayard, mais avec cette différence que, chez le héros du Pulci, qu'à quelques égards, à ce moment suprême, on pourrait comparer au pieux Godefroî de la Gerusalemme liberataj le caractère catholique prévaut sur le type chevaleresque. C'est le contraire chez Bayard. La longue confession de Roland à Turpin, ses mystiques extases, sa préoccupation du salut éternel poussée jusqu^à la minutie d'une théologie scolastique , sont d'un dévot plus que d'un preux, dont Fespérance chrétienne se fonde moins sur la claire adhésion au dogme que sur une soumission d'enfant à l'autorité de l'Église servie contre les mécréants par son bras. J'ignore ce que peuvent voiler d'ironies les dissertations orthodoxes que Pulci attribue à son héros mourant. La longueur de cette profession de foi si détaillée, si byzantine, si mal appropriée à l'individualité de Roland , autorise à cet égard le soupçon. Il n'en ressort pas moins de toute la scène suivante un ensemble grandiose , une émotion sincère, qu'il serait difficile de concilier avec le ton railleur du poète en tant de passages du Morgante :

« Mais après que Roland se vit smlet^ — il se tourna et regarda vers la plaine, — et ne vît plus Renaud et Richardet,

— tant que les morts lui faisaient peur 5 — car le sang avait trouvé où s*amasser, — et Roncevaux était tout ténèbres {una cosa oscura) ; — et que chacun pense quelle douleur il éprouvait

— quand il voyait tant de gens morts.

» Et il dit : 0 terque quaterqm beati^ -- comme dit le Troyen

TyU LES MÉDIGIS.

encore fameux, — et malheureux ceux qui sont restés, — comme je le suis, jusqu'à la dernière heure ; — car, bien que leurs corps armés soient par terre, — leurs âmes sont où l'on honore Jësus. — 0 heureux Olivier I vous êtes en vie ; — priez tous maintenant pour ma départie.

Maintenant on se rappellera Maugis ; Maintenant sera toute France en noir habit ; Maintenant sera en plaintes et larmes Paris ; Maintenant sera mon épouse affligée et triste ; Maintenant sera quasi sans culte Denis ; Maintenant sera éteinte la chrétienne valeur, {Or sarà spenta la cristiana gesta); Maintenant seront Charles et son règne détruits ; Maintenant seraGanelon content en tout^ »

Toujours la même kyrielle symétrique! Puici ne perd pas une occasion de jongler avec les mots, même quand il est le plus sincèrement ému et que ses tours de force littéraires contrastent étrangement avec l'émotion qu'il veut traduire. II semble prendre un plaisir d'enfant à aligner parallèlement huit vers commençant par les mêmes expressions :

Or sarà ricordato Malagigi, Or sarà tutla Francia in bruna vesta ; Or sarà in pianto e lacrime, Parigi, ec.

Cependant Terigi, l'écuyer de Roland, se dégage du monceau de cadavres oîi il était pris par un pied , et rejoint son maître qu'il assiste *.

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