‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 1 sur 95 · PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE

L’Écrivain donl la vie entière s’est près* que ocoulee sous trois règnes , en traversant une longue période d’anarchie et dé despotisme , a-t-il autre chose à faire que de réfléchir , qué de méditer ? Son imagination épuisée , peut à peine produire quelques pensées éparses qui "jaillissent de son cxpécience et de ses souvenirs ; il revient souvent sur celles qu’il a déjà publiées s’il les Croit utiles , parce qu’il se flatte qu’elles ne seront pas toujours infructueuses. Qu’on me pardonne donc d^donner le jour à ces Méditations qui ne seront peut-être pas perdues pour cette jeunesse à peine entrée dans un monde que j’ai trop bien vu, trop bien observé, pour être douloureusement affecté d’être sur le point de le quitter. Je le sais, d’autres écriy'ains , av»nt moi , ont revêtu de pilus bnl-

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}anles couleurs plusieurs des pensées que je présente aujoud'hui ; on ne manquera pas de dire qu’elles n’ont ni le piquant ni le coloris de celles de Labruyère, ni l’originalité des^Maximes de Larochefoucault , ni la profondeur de celles de Pascal : mais si elles sont justes sans être ambitieuses , si elles sont plus d’accord avec nos moeurs actuelles , avec les progrès que noos avons faits en politique et en législation » si elles s’adaptent mieux atecnoftre enseignement public ; pourquoi les laisserais-je tomber "dans le silence?* '

Il est dans la littérature deux routes à suivre: l’une conduit à la célébrité,- l’autre à l’estime publique. Il faut du génie pour se hasarder dans la première ; il ne faut que Tardent amour du bien pour marcher dans là seconde : et c’est dans celle-ci que j’ai été entraîné. Combien elle a été pour moi pénible et épineuse ! que de'contradictions, que d’obstacles j’y ai rencontrés ! âh ! si j’étais doué du charme qui vivifie les détails de la vie privée de Rousseau , ou seulement dé celui qui donne tant d’intérêt aux Mémoires de Marmootel, je me

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plairais à rcli’acer ici tontes les diüîcullés tluiii il m'a falfti triompher pour parvenir à publier les projets les plus utiles , à opc^rer les réformes les p^us salutaires. Alors combien nos jeunes littérateurs se trouveraient heureux d’élre arrivés à une époque où, délivrés des entraves delà censure, ils peuvent donner un libre, essora leurs pensées, louer Iranchcment tout ce qu’il y a de beau , d’honnéte, éclairer le gouvernement sur tous les abus de l’autorité, indiquer les in.stitulions qu’il .serait de la sagesse de créer , les élablissemens que rhumanilé réclame. C’est pour avoir osé devancer cette précieuse, époque de la liberté, que nia jeunesse fut abreuvée de dégoûls et d’amerfurne* A pejne étais-je parvenu à faire sortir mon nom de l’obscurité dans la carrière du barreau , que , vivement affecté des erreurs auxquelles lesformesde notre ancienne procédure criminelle exposaient l’innpcence, je tentai , par des réflexions philosophiques, de dissi-, per les ténèbres dont on enveloppait les poursuites dirigées contre les accusés. Je réclamai en leur faveur la publicité des

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audiences , et la lutte ost jhsible des tëmoins contre les tortueuses dénégations du crime ou la noble affirmation de l’innocence. Je déclan)ai avec force contre le supplice anticipé des prisons où d’horribles cachots engloutissaient les victimes d’une prévention trop précipitée. Je signalai la torture comme une invention perverse qui fesait sortir le mensonge de la faiblesse, et arrachait souvent la calomnie de l’impatience de là douleur; Je tonnai contreîcelfe épouvantable disposition de la loi qui contraignait le faux témoin à persister dans le mensonge après le recollement. Puisque V' . à la confrontation, touché du danger auquel il exposait l’accusé , il revenait, à la vérité, il courait le risque d’étre puni comme criminel. Ëh'bien ! ces vérités que Je iis retentir aux oreilles de tous les magistrats * attirèrent sur moi la censure de ceux qui .avaient vieilli dans l'habitude des condamnations. L’éloge que se permit d’en faire le Journal de Paris , suspendit pendant plusieurs Jours le cours de cette feuille , et «es rédacteurs , irappés d’épouvan^ , ne trouvèrent grâce devant

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