TES ERREURS DE LÀ VANITÉ
11 n’y a pas autant d’égoïstes qu’on le croit, car celui qui ne s’occuperait que de lui ne s’inquiéterait pas de ce qu’on en pense, il concentrerait en lui seul toutes ses affections ; tant qu’il n’éprouverâitnul besoin, peu lui importerait le sentiment de ses semblables.
On cstencoreplus jaloux de paraître heureux - que de l’étre réellement ; on dirait que l’envie que les autres nous portent, fait partie de la félicité humaine. Que d’hommes seraient heureux, s’ils voulaient compter pour rien l’opinion de la foule dont ils ne sont pas connus!
Plus d’un homme est assez ennemi de luimémepour se refuser le nécessaire, dans l’idée de persuader aux autres qu’il a du superflu.
Cequi suffiraitpour s’alimenter, pour se vêtir.
pour se garantir du froid, n’est pas ce qui met tant de gens dans la gène et l’embarras d’exister, mais bien la crainte de paraître indigent.
La fierté sied à celui qui possède peu ; et quand il a le courage de se croire assez riche , il est l’égal de ceux qui le sont réellement.
Rien n’est plus digne de pitié qu’un ignorant qui veut paraître érudit , si ce n’est un triste rentier qui veut se parer des dehors du luxe.
On fuit l’indigence parce qu’on craint qu’elle n’importune de ses demandes ; on recherche l’opulence parce qu’elle est environnée de jouissances et qu’on espère y prendre part.
Les vœux que l’on forme pour son bonheur ne sont pas plutôt satisfaits que d’autres leur succèdent : c’est le tonneau des Danaïdes. On s’éviterait bien des tourmens en rejetant sur la providence le soin de son avenir.
Rien ne détourne plus de la prudence que les succès de la témérité^ mais pour un joueur que l’imprudence enrichit, combien d’autres sont tombés dans l’infortune et le désespoir, en se confiant trop aux caprices du.sort. ’
MOYEN d’allonger LA VIE.
Depuis Descartes, quelques philosophes se
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sont sérieusement occupés d’allonger le conrs de la vie liumaine : beaucoup de causes peuvent l’abréger; mais le plus sur moyen de l'étendre c’est d’en bien user. Comme elle est composée d’heures, toutes celles que le sommeil absorbe sont retranchées de l’existence. Doit-on con)pter au nombre de celles de la vie, les heures passées à des occupations oiseuses, à des jeux qui tirent tout leur intérêt des agitations et des sollicitudes de l’esprit? Voulez-vous vivre long> temps? choisissez iim contrée fertile dont les habitans soient simples et robustes, qui ne gé* missent pas sous des lois tyranniques , où vous puissiez consacrer toutes vos facultés à des sensations liouces , à des sentimens purs, à l’expression de la reconnaissance envers l’Etre- Supréme qui vivifie tout c'e qui respire : dix années ainsi écoulées dans la sécurité et dans de sublimes méilitalions formeront une vie entière, et si la mort en termine le cours , vous aurez plus vécu que des octogénaires t.ont les sollicitudes et les ennuis ont flétri les longues années.
Les pères s’occupent d’assurer le bonheur de leur postérité, parce qu’ils ont l’espérance de revivre en elle.
Dh ■■
BU spectateur français.
DES FAUX JUCEMENS,
Rien De (iéUche plus de la vie que la peasée de ne laisser après soi que l’ingratitude et l’ouhli
de sa mémoire*
L’esprit de la multitude est si borné, que c’est souvent trop exiger d’elle, qup dp lui demander de s’occuper de son bien-être personnel.
Après les envieux, les hommes les plus à plaindre sont ceux qui sont malbeurcux de la fortune des autres; il n’j a de remède à leurs peines que dans la solitude et les déserts.
11 n’a souvent manqué au bonheur des religieux ensevelis dans des cloîtres que la liberté d’en sortir.
On est si souvent trompé sur les apparences, qu’avant d’avoir une opinion sur le bonheur ou le malheur d’un hommè, il faudrait plus longtemps rédéchir sur ses habitudes, ses désirs et scs besoins.
11 y a tel indigept dont le coeur est dilaté par plus d’idées joyeuses que le propriétaire d’un palais peuplé de eommensaux et de serviteurs.
Les iodigens se plaignent des riches, peutêtre ont-ils raison : mais pourquoi se monlrcnl-
ils si souvent durs et impitoyables envers leurs égaux ?-
Les injures qu’un mercenaire n’ose proférer contre l’opulence qui l’accable de son dédain, il les fait pleuvoir sur un misérable dont d est mécontent. Tant il est vrai que l’iiomme ne «ait pas trouver le bonheur dans l’égalité , et qu’il est dans sa nature d’étre oppresseur ou opprimé.
La menace la plus effrayante qu’un créole pouvait faire à son nègre, c’était de le vendre à un noir.