‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 4 sur 95 · VII · texte numérisé non relu

VII

noire révolution, lorsqu’un calme trompeur s’offrit à ma vue; je crus qu’il était possible (le manifester quelques senlimens de douleur, de laisser tüanspirer des regrets, sans doute superflus, mais dont l’expansion pouvait soulager un c(»uraniigé. Ce fut cette illusion qui remit dans mes mains une plume que j’avais depuis long-temps délaissée', etï-allumamon imagination. Elle se conijilut à peindre les afleciions et les égaremens d’un ancien serviteur du roi (jui semblait ne plus vivre que dans le passé*, et se traînait lentement la mort , accablé de ses pénibles souvenirs. Tout l’art que j’employai pour adoucir mes couleurs et voiler ma plus secrîîfe pensée, ne put me préserver d’une nouvelle persécution, tin ministre incpiiet et soupçonneux ne démêla que trop mon intention , et accabla de tout le poids de son autorité le fruit de mes veilles ; ma composition lui parut un outrage à la puissance dont il se glorifiait ‘d'être le premier appui. Que de démarches, que /de sacrifices de tout genre ne fus -je pas obligé de fair^ pour préserver de l’anéantissement une

PRÉttMlNAlRE.

création à laquelle j’attacliais d’aulanl plus d’inteR^t «qu’elle était sortie du sein de la tristesse ! La France était , à cette époque, sous la domination de l’ambitieux étranger qui feignit d’abord de vouloir partager la souverai*ieté avec deux collègues , qu’il lil bientôt descendre dans un rang inférieur , en ne leur laissant que l’éclat d’un vain titre. Après avoir absorbé toute l’autorité , il se montra jaloux de toutes les affections , de tous les hommages., il voulut qu’on nç.vît que lui dans le mon'de ^ jcntier : jaloux du seul souvenir qu’on pouvait conserver pour une dyna'stie qu^l s’ef- . forçait d’effacer de .tous les esprits, le moindre regret qu'on paraissait exprimer était un crime à ses yeux. Il avait alors pour ministre un grand inquisiteur dont les familiers pénétraient dans toutes les demeures , s’insiriuaient dans tous les cercles ; ce furent eux qyi rappoiièretil à leur' chef qu’un ouvrage qui avait pour titre le Danger des Souvenirs^ commençait à exciter une vive émotion parmi ceux qui chér rissaient encore la mémoire de la plus*illustre viétime du siècle. A l’instant l’ordre lut

DISCOURS

donné d'arrêter la vente de cette perni' cieuse production ; les plus terribles menaces jetèrent répouvan}e*dansla librairie; tous les exemplaires furent saisis, resserrés avec soin , et fauteur fut signalé comme im incendiaire qui venaiUde rallumer une flamme qu’on se flattait d’avoir éteinte ; cependant quelques amis effrayés du péril qui menaçait au moins ma liberté , parlèrent si hautement en ma laveur , que le chef de l’empire voulut prendre connaissance d’un ouvrage sur Içquel on portait des jugemens si ct»ntradictoires ; ses yeux . •

s’arrêtèrent sur une page où je disais , en parlant du conquérant de l’Egypte , qu’il s’était élevé à un si haut degré de puissance , que tout ce qui avait formé l’empire de Se’sosiris n’était plus qu'une de ses provinces.. YVdiié de cette hyperbole , il s’écria dans un sentiment d’orgueil : quel est donc le stupide censeur qui a pu condamner un pareil ouvrage? A. cette exclamation, tous les témoins crurent que fauteur et f ouvrage allaient triompher de la censure : mMS bientôt le terrible ministre, averti du danger qui allait compromettre

Di"" Gooi^Ic

PRÉLIMINAIRE. xj

Son âiitorité, fit remarquer à son maître qu'à la fin de mon ouvrage, je paraissais m’excuser des éloges que je lui avais donnés, en disant que Im livres, comme les voyageurs, avaient besoin de passeports pour nepas ^.tre arrêtés en route. Tl n’en fallut pas davantage pour 'me replacer sous la main de l’inquisiteur , qui ne me pardonnait pas d’avoir tracé le portrait d’un régicide en proie aux remords les plus déchirans : rien • ne put l’adoucir, ni les témoignages favorables de Charles Lacretelle, qui n’avait point oublié que, réfugié à Rouen, je m’étais exposé à la prison pour l’en garantir en lui donnant l’hospitalité, (i) ni le zèle du spirituel Lemontey, qui eut la franchise de me révéler la véritable cause de l’aversion queme portait mon persécuteur, qui poussa l’insolente fierté jusqu’à me

(i) Hélas! je ne fis pour lui que ce que j’«i fait de-, puis pour le sage Desmeunier, que j’ai soustrait au& recherckes actives des révoluliusaireSa, que ce que j'aûrois voulu fkire pour le chantre des mois , et poup tant de lettrés qui furent victimes de leur attachement à la cause royale. t

D iscouns '

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