‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 5 sur 95 · XIJ · texte numérisé non relu

XIJ

refuser l’audience qu’il m’avait d’abord promise , et eut la perfidie d’imposer si-* lence aux journalistes sur mon ouvrage , après m’avoir conftitué en frais par les nombreux changemens qu’il avait exigés , et qui détruisirent tout l’effet de ma composition.

En voilà trop, sans doute , sur un sujet qui m’est personnel, et auquel je n’ai donné de l’étendue que pour prouver aux jeunes écrivains qu’ils doivent s’estimer* heureux que leurs talens puissent, sous l’influence de la loi, se développer sans avoir à redouter l’arbitraire d’une censure inquiète et soupçonneuse ; tandis que celui qui ne s’était jamaùs écarté des sentiers de la loi et des principes de la morale, fut exposé, dans sa pénible carrière, à lant d’orages et de persécutions. Qu’ils ne se fassent cependant pas assez d’illusion pour croire que la littérature ne sera plus pour eux qu’un champ de roses sans épines : la censure est abolie , mais les censeurs vont naître en foule : s’ils ont la liberté de tout écrire, on aura celle d’imprimer d’eux et de leurs ouvrages tout le mal que la haine

préliminaire. xiij

suggérera ; s’ils se jettent dans les écarts d’un parti', ils seront en butte aux traits dont l’autre les accablera : on dira d’eux qu’ils font de leur esprit l’usage le plus funeste , et soufflent la sédition avec une perfide adresse ; qu’ils mettent en péril les fortunes publiques : d’un autre côté on les accusera d’être des hypocrites qui , sous le masque de la religion , veulent nous ramener aux fureurs du fanatisme, faîi’e reparaître parmi nous le monstre de l’inquisition : si, plus sages, plus modérés, ils se proposent de marcher à uqe égale distance de deux puissances littéraires qui se ‘ * disputent aujourd’hui l’opinion publmue , on les laissera passer en silence pouraller se perdre tranquillement dans, le gouffre de l’oubli.

Tout pénétré que je sois de la vérité de ces réflexions) je n’en persévère pas moins à publier mes pensées : quel que soit le jugement qu’on en portera , je le déclare, jamais je ne me repentirai de leur avoir .

donné le, jour., parce qu’elles ont été inspirées par un sentiment pur, par le désir qu’elles fussent utiles à, la génération nais- ■

tolSCOÜRS

Âante. Si je ne craignais d’étre accusé de vanité , j’oserais dire que j’ai la coritiance • que cet ouvrage pourra devenitun jour le nianu^ de la jeunesse.

Je ne m’aveugle pas néanmoins sur son mérite au point de croire qu’il ramènera ' les pervers à la vertu. Ce n’est pas .à de froids moralistes que cet honneur est réservé; 'il n’appartient d’opérer de semblables conversions qu’aux orateurs de la chaire. Puissent-ils ne jamais abuser de la faculté qu’ils ont de remuer les âmes , d’agiter les esprits, d’entraîner leurs dociles auditeurs aux actes les plus vertueux, con^e aux’excè^ les plus condamnables!

Je tie le dissimulerai pas, j’ai réuni tous les efforts de mon imagination pour donner à cet ouvrage le plus haut degré d’utilité , pour amener tous les esprits aux vérités les plus essentielles à l’ordre public , pour tempérer toutes les exaltations politiques et religieuses, enfin pour terminer ma carrière littéraire, sinon avec gloire, dumoins de la manière la plus honorable pour un écrivain.

’ Il ne m’appartient pas de prononcer sur

Digittc-d by Googli-

mÉilMINAIRE:

le mërîle des Conseils à une mère que fai ajoutés à mes Méditations : je me contenterai de dire que si je les avais crus élran- • gers à- l’objet de mon travail , je me serais abstenu de les publier. Plus je les relis, plus je me persuade que pas une esçcellente mère, pas un vertueux chef de famille ne me saura mauvais gré d’avoir tenté d’éclairer les nouvelles roules que la révolution a frayées devant la jeunesse qui s’y engage souvent avec plus de témérité que de prévoyance. ,

Je n’ajouterai pins qu’un mot : depuis que j’ai essayé de faire revivre dans notre littérature le Spectateur français que 'Marivaux a laissé mourir, les feuilles que j’ai publiées sous ce titre ont été tellement altérées par tant de contrefaçons, ont reparu sous tant de formes diverses ; des écrivains très-estimables ont , en si grand nombre, publié sous le même titre leurs opinions politiques et littéraires , que je crois devoir déclarer que je n’avoue pour être véritablement de moi, que le Spectateur açant la révolution, que l’édition du Spectateur sous le gouvernement révolution-

XV) DISCOURS |PRÉItIMlNAlRE.

noire, précédée d’une épîfre à Monsieur; qu’un Ministre de l’intérieur dont, me»

éloges blesseraient la modestie, a jugé digne de trouver place dans toutes les .

bibliothèques publiques, eplin que le Spectateur français sous le gouvernement royal de Louis XVlll; les autres me sont* étrangers , et je ne demande pour toute justice à mes lecteurs, que d’étre jugé sur ceux dont je me déclare l’auteur.

Page 1