‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 57 sur 95 · DE LA GÉNÉROSITÉ · texte numérisé non relu

DE LA GÉNÉROSITÉ

J’aime la générosité parce qu’elle caractérise une ame noble ; je ne hais pas même la prodigalité lorsqu’elle ne s’étend pas aux dépens de la justice : elle est toujours le signe de l’impré-

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voyance ; . mais si elle Unit pat nuire à celui qui ne calcule pas avec l’avenir, elle donne des jouissances à ceux sur lesquels elle se répand.

J’ai connu beaucoup de riches qui sont tombés dans l’indigence pour avoir voulu surpasser en faste, en générosité des hoftimes plus opniens quVnx.Je n’en ai jamais vu qui se soient ruinés en secourant des indigens. C’est un grand abnsdes richesses que de donner àceux qui ont déjà trop et de refusera cenx qui n’ont pas assez.

^ Je me rappelle que dans le temps où nos libéraux enlevaient la liberté aux riches et la vie aux nobles, après avoir dépouillés les uns et les autres, un égoïste qui avait plus d’une fois figuré à la table du plus opulent de nos financiers , disait, en parlant de sa veuve, qui le croirait? cette pauvre madame de Laborde est réduite à se priver de sa tasse de café.

Cela, lui répbquai-je, est d’autant plus incroyable que plusieurs de ceux qui se disaient ses amis, et se louaient de ses cxcrllens dîners, pourraient lui épargner un sacrifice aussi pénible.

Je suis convaincu qu’un homme d’une prodigalité assez imprévoyante pour di&sipnr tout son bien en œuvres d’une cliarité éclairée , ne manquerait jamais du nécessaire; il le trouve-

rait toujours dans la reconnaissance de ceux qu il aurait soulages avec discernement. <

Ne craignez-vous pas d’étre délaisse' dans l’indigence? Âüichez une grande opulence, dissipez vos revenus, vos capitaux, multipliez vos emprunts pour soutenir une table somptueuse et donner de l’éclat à vos bals, à vos plaisirs, pour avoir de beaux attelages, qu’on ne remarque que vous dans les promenades champêtres. Lorsque vous serez complètement plongé dans le discrédit et la misère , soyez bien assuré de l’isplement le plus absolu. Malheur à vous si vous avez besoin du plus faible secours pour vous soigner dans vos maladies , dans vos infimités! Tous ceux qui vous ont prodigué des louanges et des caresses se souviendront à peine de vous avoir connu et n’en parleront que pour vous accuser d’une sotte vanité, et répéter d’un commun accord, que Vous n’éprouvez que le sort auquel vous deviez Vous attendre.

Remettre après sa mort le bien que l’on peut faire de son vivant, c’est le moyen défaire paraître son existence longue et importune aux autres, c’est vouloir égayer ses funérailles.

Un célibataire, qui n’avait pas l’égoïsme trop commun à ses semblables, imagina de vendre

tout son patrimoine pour doubler son revenu et soulager un plus grand nombre de petits xne'nagcs qu’il alimentait tous les mois. Il habitait un hôtel garni , renouvelait tous les ans sa garderobe , et distribuait à ses gens celle qu’il quittait. Lorsqu’on lui demandait la raison d’une conduite si bizarre, je veux, disaitil, que mon dernier jour soit, pour ceux qui m’approchent et me servent , un véritable jour de deuil.

Ne serait-ce pas flétrir l’amitié que de penser qne, pour mourir sans exciter au moins une feinte douleur, il faudrait n’avoir ni légataires, ni héritiers? Il est si doux de laisser des souvenirs à ceux dont on se croit aimé !

Une effroyable vérité'qu’on voudrait écarter de son esprit, c’est que, de quelques charmes que la nature ait doué une créature humaine , ce qu’elle doit désirer , pour ne pas inspirer de l’horreur à ceux qui lui survivent, c’est d’éti’e un jour dérobée à tous les regards, et enfouie si avant dans les entrailles de la terre , qu’une main sacrilège ne puisse jamais rendre scs tristes restes à la lumière.

DTJ SPECTATEUR FRANÇAIS. 289

DE l’influence DE l’ AMBITION SUR LE CHARME

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