INJUSTICE TROP FRÉQUENTE DES PEUPLES ENVERS LES SOUVERAINS
Les peuples ne divinisent plus les roisj certains malades ne s’agenouillent plus devant eux pour en obtenir leur guérison; mais en leur refu- ‘ sant le don des miracles, la raison ne doit pas en exiger des prodiges. Est-il en leur pouvoir de faire régner l’abondance sur une contrée dont les orages ont fait évanouir la récolte , d’écarter la foudre qui consume des villages , d’arrêter des inondations qui submergent une cité? si une déloyauté à laquelle on ne devait pas s’attendre avait fait reparaître un usurpateur dont la présence eût animé la fureur de
DU SPECTATEUR FRANÇAIS. 5o5
tous les souverains de l’Europe qui pre'céde's de troupes innombrables seraient accourus pour renverser le ténie'raire et punir les parjures; le monarque Jui-méme contraint de s’éloigner de ses e'tats et à peine replacé sur son trône, aurait-il pu faire autre chose pour le salut de ses peuples que d’adoucir la vengeance, que de la désarmer avec des sacrifices exigés par l’empire de la force. On ne sait pas toujours gré à l’autorité de tout le bien qu’elle a fait , et on l’accuse de tout le mal qu’il lui était impossible d’arrêter. Le peuple demande la justice à ses rois, il commence souvent par la lui refuser.