DE NOS RÉGIMENS SUISSES
Je me demande quel peut-être le motif de . ceux qui s’efforcent de repousser du sein de la France, d’écarter de la garde royale une milice courageuse quine devrait plus être regardée » comme étrangère depuis qu’elle a donné tant de preuves d’attachement à la nation, et de sa fidélité à la personne de nos rois. Êst-ce parce que le trésor de l’état la paie? Mais ne consommet-elle pas en France ce qu’elle en reçoit? Le
56o , SOUVENIRS ,
çommerce ne nous rend-il pas le fruit de se»
épargnes ? Le service qu’elle fait, dit-on, des soldats licenciés le feraient avec le même zèle. Je veux le croire, mais ils n’en ont pas toujours donné la preuve. S’ils étaient animés de cette noble.ardcur qu’on leur suppose, hésiteraientils à s’enrôler dans les nouveaux corps , exigeraient-ils une solde plus forte, un grade plus élevé pour servir leur patrie? faut-ü pour les réarmer , se montrer ingrats envers ceux dont la fidélité a été constante, sacrifier à une impolitique économie un allié qui tient lieu àlaFrance d’une barrière formidable? sont-ils bien les amis sincères du roi, les sujets qui tentent d’aljl'aiblir sa garde, de séparer de sa personne ceux dont le sang a de'jà coulé pour la défense d’un prince qui eut le malheur de s’en séparer pour aller chercher un asile au sein de la perfidie? ne serait-ce pas plutôt parce qu’on rend à cette milice la justice de la croire incorruptible, et soumise aveuglément aux ordres de ses chefs , qu’on aurait l’intention de l’écarter de son poste? Çloiguous de nos esprits^ -une pensée trop affligeante et un soupçon trop injurieux. (i]f
(i) A Dieu ne plaise qu’eu publiant ces réflexions.
Dü SPEÇjTATEÜR FRANÇA^
DE la DIFFICULTE DE RAMENER A L EQUITE CEUX QUI s'en sont UNE FOIS ÉCARTÉS.
Qui pourra le croire ûii jour? Je lutte depuis loiig-tcmps contre des Icf^istes estimables, contre des organes de la jusÿce pour les amener à reconnaître que nous sommes en contradiction, avec la loi qui veut qu’iui îUcusé ne soit pas condamné à une peine capitale et même infamante d’après une majorité de deuxsufiTrages, puisque nous le condamnons à la majorité d’un seul. C’est cependant ce qui arrive journellement dans nos cours d’assises lorsque le ^ry , divisé d’opinions, n’a déclaré un accusé cou-
nous .lyons l’idce d’aggraver le sort de quefoues ëerîvains dont le véritable tort est peut-être de retre laissé iropémeuyoir par les suites funestes de l’eniportement d’un soldat ivre, et de s’ètré montrés trop sensibles aux. regrets de quelques braves militaires condamnés au repos parce qu’ils ne peuvent plus trouver de place dans les cadres detiotre armée. Nous aimons à çroire que le tribunal qui les a soumis à sa juridiction ee per> dra pas de vue, s’ils.ont' le malheur d’éire trouvés coupables, que leurs imprudentesdéclamations ont précédé les limites que la sagesse du législateur vient d’opposer à la liberté de la pensée, et que ceux-lli seuls qui oseropt les fraochtr, devront encourir toute la sévérité de la justice.
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pable cju’à la tnajorilé de sept contre cinq. La loi suspend son {"laive, elle exige que les cinq juges^ tcunoins muets des débats , descendent du tribunal., se recueiflerit dans la chambre du conseil et interviennent pour'opiner soit eu faveur de l’accusé, so;t contre lui. Eh bien ! si .des cinq juges, trois. seulement ne le trouvent pas coupable, il^st condamné, par la raison que, sur dix-sept suffrages il n’en a que huit pour son absolution. Courageux Dupaty! quelle idée aurais-tu de nos principes, si tes yeux trop tôt fermés à la lumière q)0uvaient lire ce peu
de lignes? ' '
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DO MAGNÉTISME ET 'DES SOMpAMBULOS Qü’oN
DEVRAIT PLUTÔT APPELER SOMMLÛQüES.
L’expmcnce nous a trop appris qu’ifne faut pas toujours croire ce que l’on a vu , ce* que l’on cuteud, ce que l’on sent : et cependant, que de choses qn n’a pas vues et qu’il faut croire sous peine d’être taxé d’incrédule ! Je n’ai pas vu les pyramides d’Egypte, et je crois aussi fermement à leur existence que si j’en avais mesuré la hauteur. Est-il aujoùrd’hui quelqu’un d’un sens droit qui croye aux* miracles du bienheureux Paris et aux prodiges des convulsionnaires ?
Cependant, combien de témoins oculaires, et
qui paraissaient dignes'de foi , en ^ont attesté la vérité? Quand lûen luétue les prédictions delà .lèbre Lenormant se vérifieraient , je ne lui ferais pas l'honneur de croire que Dieu l’cùt douée de la faculté de (Jeviner l’avenir.
• N’en sera-t-il pas de même un jour de larenommée de ces somnambules pour lesquels les dames un peu crédules désertent la médecine, auxquelles on accorde si géuéi eusem nt le mé-, rilc de lire dans l’inlérieurde nos corps, ^^en connaître toute rorganls.iliou, d’indiquer les seuls remèdes salutaires.
11 ne faut pas pourtant conclure du doute que j,’ose mettre en avant aux ris([ucs de m’attirer beaucoup d’ennemis , que je conteste formellemcnirinfluence du magnétisme , de cet agent universel dontia subtilité animetous lesN'orps, lésvivifie et les fait renaîtrede leur destruction, ^lais en admettant ce principe , il doit être permis d’en restreindre les conséquences qu’on en a tirées, et de ne pas croire qu’il soit possible, par la force de la pensée, par une longue contention d’esprit et à l’aide de qm Iques signes , de se mettre en rapport avec un individu , malgré les distances et l’épaisseur des corps*intermédiaires , et d’avoir des influences sur $on moral et sur son jpbjsique. La nature
a déjà trop demjslèrcs impénétrables à l’int( lliÿ'ence humaine , gardons-nous d’en ajouter d’autres sortis de notre imagination.
DES AUTESSES ROYALES.
Les F rançais sont si disposés à aimer , à chérir leur Monarque , que ce sentiment s’étend * sur tous les membres de son auguste famille.
Co^ien il leur est facile de le nourrir , de l’animer ! Un regard affectueux , un sourire de bonté ; voilà de quoi satisfaire une multitude de spectateurs , les enivrer d’amour et de respect; mais aussi , à combien peu il tient que cette affection ne se refroidisseetne se change on murmures. Ce serait alors bien moins la faute des princes que celle d’une escorte qui croit se parer d’un beaû zèlo en écartant avec , le ton de la menace et du mépris une loule de " curieux qui n’ont d’autre désir que celui de^ contempler de plus près des personnages sur lesquels la nation fonde scs espérances, de jouir du plaisir qu’ils prennent dans un exercice auquel ils se livrent tout' entiers.*
Si cette foule ne se lientpastoujoqrsà une distance assez respectueuse , si elle se montre importune n’est-ce que par des iujureaet d’une voix
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DD SrECTATEÜÏl FRANÇAIS. 5G5
farouche qu’oupeut l’éloigner ? Ah ! comhien il serait che'ri de la multitude, le prince qui sc montrerait toujours afiable à scs yeux-, qui aurait acquis assez d.’cmpire sur scs sens pour dissimuler son impatience, et surmonter scs dégoûts à la -vue d’une populace indiscrète dans ses démonstrations d’attachement et d’allc-
grcssc , qui verrait dans les sujets de son roL ceux qui seront un jour les siens ou ceux de sa postérité, qui attacherait bien plus de prix à leur alFeclion qu’à la mort d^un timide animal qui échappe en fuyant à l’adresse de scs coups, qui tempérerait par de sages réprimandes les emportemens de ses serviteurs , et ne.soulTrirait jamais que scs plaisirs fussent une cause .de douleur ou de dommage pour le cultivateur , que nul individu ne s’éloignât de sa présence avec le regret de s’y être offert. Eh’ bicni! un tel prince existe j et je me plais à le 'dire sans être soupçonné de flatterie, puisque je suis parvenu à un âge où l’on aurait à rougir si l’on ambitionnait autre chose que l’estune de ses semblables. C’est celui qui touche de plus près à la personne sacrée que la loi a couronné., et que le vœu des bons Français appelait depuis long- ten^s dans le secret de leur cœur au trûn» où il ré*e toutes nos espérances.
DE CE Qü’oïf NOMME IMPROPREMENT LE PEUPLE.
Apprécier une nation , la caractériser d’après celte masse iqnoble qui passe si rapidement du calme à la fureur , aux atrocités , qui consomme en un jour de débauche le salaire de la semaiuc, qui fuit sî*s enfuns pour ne pas entendre leurs cris , qui se rapproche de sa femnie pour répoavanter de ses men i< es , que rappareiice du plus léger tort rend homicide , c’est évaluer une liqueur sur la lie qui la trouble et la dénature lors(|u’une puissance étrangère l’agile au fond du vase où elle est déposée: sans doute, c'étailfaire injure à l’ordre du tiersétat que de le confondre avec cet abject résidu.
L’ordre delà noblesse, on peut le dire sans avoir l’intention de rofi’enser , avait aussi son peuple : il rejetait à une grande distance cette foule d’anoblis qui avait acheté à prix d’or les parchemins de fraîche date qui couvraient son origine , et dérobaient à la vue la source d’une opulence honteuse? N’avail-il pas trop souvent à rougir de celte multitude de.
gentilshommes désœuvrés dont la parole d’honneur n’él ait qu’une fumée j qui seJouaient de la crédulité du marchand, de la^nfiance
DU SPECTATEUR FRAXPAIS. Su/
de l’artisan ; qui imposaient silence à la bonné foi trompée pai*la démonstration d’une fausse bravoure ; qui acceptaient tous les emplois , se dévouaient à tous les services pouruuvilsalairej qui séduisaient par de fausses promesses l’iiinocence, et bravaient les reproebes d’une famille déshonorée ;qui , dans les jeux de hasard, soumettaient le sort à la j’use; qui, affectaient du dédain pour^ le jurisconsulte qui les avait éclairés , pour le médecin qui les avait ;;uéris , pour l’homme de lettres (font ils pouvaient à peine lire les ouvrages.
Cet ordre du clergé, si fier de ses privilt^ ges, si impérieux dans ses prétentions , élevaitil jusqu’à lui ce qu’il nommait le bas clergé ? De quel air , de quel ton il le protégeait ? A peine lui permettait-il de s’en approcher pour solliciter sa faveur? Aurait-il jamais admis à sa table un habitué de paroisse , un vicaire, de ville et de campagne ? De quel œil regardaitil ces réguliers si peu réglés dans leurs moeurs, qui , à certaines époques de l’année, sortaient de Iclfts monastères , se répandaient dans les villages sous leurs bizarres costumes pour solliciter une part dans les récoltes, qui quelquefois s’enivraient avec les maris, s’égayaient avec les femmes , et faisaient peur aux enfans ?
Puisqu’il n’y avait pas un des trois ordres de l’e'tat qui n’eût ses taches , ses*difTormités , il était sage d’accorder sans distinction la prééminence an véritable honneur , au mérite personnel , à des services rendus , au savoirutile, ahx talens distingués. C’est cependant cette opinion dictée par la justice qui a jeté le trouble dans l’état , la division dans les esprits, qu’on combat avec acharnement , et qui ne triomphera des amours-propres et des préjugés qu’après qu’un Qemi-siècle aura passé sur l'es générations qui naîtront de celle-ci.
DE l’État actuel de la monarchie.
Je suis quelquefois tenté de comparer des ministres qui rivalisent de zèle et de talent pour faire triompher la prérogative royale de ses nombreux ennemis à de superbes coursiers attachés au char de la monarchie quila'dliigent dans toute sa gloire à travers des vaincus humiliés , consternés , forcés de s’écarter pour lui laisser un libre passage. Plusieurs d’entre eux commencent à sentir qu’ils ne peuvenf plus l’arrêter , et qu’il est plus prudent de marclîer paisiblement à sa suite que de s’exposerau danger d’être écrasé sous scs roues.