DE LA PRÉDICATION ET DES PRÉDICATEURS
Les orateurs sacrés ne devraient pas d'un côté mettre en question ce qui est décidé, et de l’autre essayer de démontrer ce qui est soumis à une foi aveugle. La morale évangélique est le beau champ que leur éloquence doit parcourir,
et dans Içqrfel ils doivent sans cesse ranlcner
leurs auditeurs.
Plus une religionade mystères, plus ceux qui la prêchent doivent paraître y croire.
La foi ne s’inspire pas avec des paroles. Les exemples d’un modeste prélat prouvent plus que toute l’éloquence de Bossuet.
Les solennités religieuses émeuvent même les esprits pervers. C’est une raison de plus pour laisser au culte qu’on veut maintenir toute sa pompe, et pour accroître la magnificence de » ses temples.
Comme il importe plus à la religion de Ciire aîmer Dieu que de le faire craindre, il vaut encore mieux le peindre sous les attributs de la bonté, que sous ceux de la vengeance et de la terreur. ‘
On ramène plus aisément des enfans égarés à l’autorité d’uu père indulgent qu’à celle d’uu père menaçant.
11 est des ubjçts si sacrés, que nulle main ne devrait y toucher, que l’esprit même devrait craindre d’en approcher de trop près, et cependant tout le monde écrit et parle sur la religion, comme si c’était Un objet livré par le ciel au caprice et à l’égarement de l’imagination.
Les pensées religieuses portent l’empreinte
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du génie qui les présente; on reconnaît le géomètre dans celles de Pascal , le théologien dans celles de Bourdaloue , l’auteur de Télémaque dans celles de Féuélun.
Celui qui , en parlant de religion, n’a pour objet que de recueillir les suffrages, prouveavec beaucoup d’esprit qu’il lui manque précisément le talent essentiel à son ministère.
DE l’ÉVANCILE. ÿ
Toute la raison humaine n’aurait jamais pu trouver un remède plus efficace contre l’indigence, la persécution et les douleurs, que cetto consolante doctrine de l’évangile. I.a religion ne guérit pas seulement les afflictions de l’âme, elle les convertit en jouissances , elle fait envisager la pauvreté comme une richesse , les souffrances comme un bienfait , le signe de la destruction comme les avant-coureurs d’une résurrection glorieuse. Le savoir de l’homme peut-il opérer uu aussi favorable prodige ?
DE l’ingratitude.
L’honuno indifférent sur le sort de ses semblables, éprouve un malheur de moins, il ne fait point d’ingrats.
*• On n’eiigerait des ingrats que de s’abstenir
de nuire par leurs discours ou par leurs écrits à leurs bieufaiteurs.
S’il y a quelque chose d’iiumiliant pour l’iiumanité , c’est d’avuir placé la reconnaissauce au nombre des vertus.
L’amitié universelle est le désir d’un sot:
l’estime générale est l’ambition d'un sage.
S’il paraît y avoir de la différence entre le naturel des hommes du monde et de ceux qu^on nomme le peuple, c’est parce que les premiers se donnent la peine de couvrir le leur d’un vernis de dissimulation et de politesse , et que les autres le laissent franchement à découvert,
DES GUERRES d’oPINIONS.
Les guerres d’opinions ont cela de commun avec les guerres civiles que , lors même qu’une puissance supérieure a forcé les combattans de mettre bas les armes , il reste toujours quelques bandes attachées à leur système et qui ne pardonnent jamais à leurs adversaires. Une réconciliation sincère ne peut être que le fruit du temps et ne sera jamais le résultat d’une victoire.
D est si peu de vérités démontrées, si peu de pi'incipes inconteltables , qu’on peut assi-
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miler les querelles d’opinions aux combats des fantômes.
Rien ne prouve plus la faiblesse de notre jugement que le doute qui paraît inséparable de i
la prudence et du savoir.
Nos sens sont si peu d’accord avec la raison, qu’il y a plusieurs choses que nous avons vues et entendues , et que cependant il ne faut pas croire, tandis qu’il en existe beaucoup d’autres que. nous n’avons jamais vues, et dont il serait absurde de douter.
L’entctement est un des attributs de l’ignorance et de la sottise.
Défendre son opinion tant qu’on la croit bonne , c’est franchise ; y tenir par amour-propre, c’est rougir de se montrer accessible à la raison.
Dans les temps de trouble et de révolution, c’est souvent un grand tort que d’avoir raison ; alors les lâches agissent et parlent contre leur pensée ; les sages l’ensevelissent dans le silence.
J’ai vu un temps où les hommes étaient si fous et si furieux , qu’il n’y avait de sûreté que pour ceux dont le délire était une maladie de la nature.
Lorsqu’il m’arrive de jeter les yeux sur ce que j’ai écrit et osé publier aux époques les
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plus orageuses de notre révolution, je suis forcé ' de m’avouer que j’étais plus insensé que ceux que je me proposais de ramener à la sagesse.
La folie des peuples ressemble à celle des |
individus : on la guérit quelquefois par de fortes secousses, par des é/notious inattendues, par des ébranlemens surnaturels : dans ces ^
crises publiques , les gratuls médecins préfè- «j
reut à la saignée et à la terreur des cbàtimeçs, I
des diversions éclatantes qui subjuguent les esprits par l’admiratian et< par la reconnaissance. • , ■ .
Lorsqu’on lient à la société comme à l’bumanité, il faut savoir en supporter les charges et les inconvéniens , ou se .résoudre à s’jen séparer : et ce dernier pgrti n’est pas toujours aussi facile qu’on le pense. ^ «■
DE l’amouh-
On a tant parlé de l'amour, on l’a présenté sous tant d’aspects diflerens , qu’on devrait se contenter de le sentir, sans chercher encore à le définir.
Si l’on pouvait comparer une passion à un être vivant, ce serait à l’homme même qu’il faudrait assimiler l’amour. Il est, comme lui, composé de deux natures ; l’une physique, l’autre mo-
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raie : et cette partie morale est encore comme
chez l’homme , modiSée de bien des manières.
Quelquefois elle est si étroitement unie à' la