II PRÉFACE
macopée intellectuelle, il voudrait que ses lecteurs pensassent d'une façon originale, afin qu'ils pusseni miirhir d'intuitions nouvelles le patrimoine de l'humanité. Tous les écrivains qui vivent de l'exploitation de lieux communs se coalisent contre lui, pour empêcher que son influence ne s'exerce sur la jeunesse. Si Bergson occupe enfin la place qui est bien due à son génie, ce n'est pas faute qu'un grand nombre de nos universitaires n'aient fait de grands efforts pour étouffer sa voix; fort heureusement William James a proclamé en Angleterre et en Amérique la haute portée des nouvelles doctrines; la France lettrée, toujours avide d'être au courant de la pensée étrangère, ne pouvait consentir à ignorer un philosophe français dont la gloire était devenue considérable dans les pays de Spencer.
Le gros public, qui ne peut rien comprendre aux activités de l'esprit libre, pas plus à la vie désintéressée du métaphysicien qu'à celles du véritable artiste et des mystiques, croit faire honneur à la philosophie quand il l'agrège à
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la politique, — celle-ci étant , en effet, pour le philistin le champ des plus hautes idéalités qu'il puisse concevoir. Les chefs de parti ne redoutent rien tant que les penseurs indépendants dont les paroles ne sont pas susceptibles d'être expliquées, comme celles des ennemis officiels de la faction, par la haine, la mauvaise foi ou l'intérêt; qui peuvent en conséquence séduire assez facilement la jeunesse grâce à la hauteur de leurs principes, à la perspicacité de leurs divinations, à l'efficacité de leurs conseils; et dont l'autorité est propre à être invoquée par des indisciplinés que gêne le dogmatisme des vieilles barbes. L'aventure de Bergson est particulièrement instructive à ce point de vue; bien qu'il ait toujours évité, avec le plus grand soin, de rieii écrire qui puisse le faire soupçonner de s'intéresser à nos luttes civiles, il a été cependant signalé par TEcho sioniste et par Anatole France comme un corrupteur des nouvelles générations, qui à son école sentent s'affaiblir l'horreur que des âmes vraiment républicaines doivent éprouver pour la réaction. Aussi ne saurait-on trop admirer l'abnégation des hom-