IV PRÉFACE
mes qui s'obstinent, comme vous le faites, à philosopher, par amour de la vérité, sur les phénomènes politiques, religieux et sociaux de notre époque, alors qu'ils se savent condamnés à ne recueillir, pour le prix de leurs méditations, que de l'indifférence {si les journalistes les ignorent) ou des outrages {si des sycophantes entendent parler d'eux).
Puisqu'il est à peu près impossible qu'un philosophe franchisse les frontières du labeur obscur sans passer pour un suppôt, plus ou moins discret, d'une faction, pourquoi, demandera plus d'un lecteur, ne profiterait-il pas des avantages que peut lui procurer cette erreur populaire, pour propager une partie de ses idées sous la protection d'un drapeau politique ? L'exemple de Proudhon montre que cette habileté produit de graves inconvénients. Lorsque l'auteur de La Guerre et la Paix parvint à l'âge où il pouvait donner complètement sa mesure, il se trouva gêné par les souvenirs de ses anciennes participations socialistes; sa pensée ne s'est pas dégagée des scories dont elle avait été encombrée pendant son passage à