XX PRÉFACE
tent pas de nier la possibilité de la création, des miracles ou des expériences mystiques.
L'Evolution créatrice a été composée en se conformant à ces principes. Il avait fallu que Jacob eût vraiment l'esprit fort porté à mal comprendre les textes métaphysiques pour qu'il écrivît que, suivant Bergson, « Dieu n'est que le produit de deux erreurs naturelles de l'esprit qui ne résistent pas à un examen critique » (Bulletin de la Société française de philosophie, avril 1908, page 156). Divers théologiens ont cru que Bergson avait voulu esquisser une métaphysique panthéiste; mais cette interprétation n'est plus possible depuis que le P. de Tonquédec a publié deux lettres explicatives de Bergson (Etudes, SO février 1912, pages 514-516) ; si le langage de Bergson a pu paraître parfois avoir des allures panthéistes, c'est qu'un fort sentiment de la nature {nous le savons par Chateaubriand) est facilement classé par l'intelligence dans la catégorie du panthéisme. Bergson a, maintes fois, écrit que ses doctrines n'ont rien de contraire à la religion; mais il ne se reconnaît pas le droit de franchir le fossé que la mé-
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taphysique actuelle est tenue de tracer entre la biologie et la théologie.
Ceux de nos contemporains qui respectent {d'une façon plus ou moins consciente) les banalités démocratiques, sont disposés à penser que la philosophie devrait placer au premier rang dans le système intellectuel les notions qui intéressent la majorité des citoyens, dans le plus grand nombre des circonstances, en excitant chez eux les désirs les plus vifs. Une doctrine qui fait descendre à une place très humble toutes les connaissances qui nous touchent de près dans le développement de la vie commune, pour placer sur des cimes la physique-mathématique et la théologie, ne pourra jamais être acceptée par la tourbe immense des gens qui s'imaginent s'être transportés aux plus hautes régions de l'esprit lorsqu'ils ont lu des dissertations abondantes sur la prospérité des peuples, sur les questions sociales et sur la diplomatie. Les bons bourgeois, les hommes de progrès et