PREFACE XXV
presque tous fait aujourd'hui des études scientifiques sérieuses, que chez les gens du monde et les petits bourgeois. Flaubert avait remarqué qu'il existe une grande ressemblance entre ces deux espèces d'hommes qui semblent si distantes à un observateur superficiel. Il écrivait^ en 1871 à Georges Sand : « Tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli. Il lit les mêmes journaux et a les mêmes passions » ; — « Nous ne souffrons que d'une chose : la bêtise. Mais elle est formidable et universelle. Quand on parle de Vabrutissement de la plèbe, on dit une chose injuste, incomplète. Conclusion : il faut éclairer les \ classes éclairées » ; — « Quand tout le monde * pourra lire le Petit Journal et le Figaro, on ne lira pas autre chose, puisque le bourgeois, le monsieur riche, ne lit rien de plus. La presse est une école d'abrutissement, parce qu'elle dispense de penser » (Correspondance, tome IV, page 80, page 78, page 74). — On a vu souvent des gens du monde se muer sans la moindre peine en démagogues, et obtenir de grands
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succès dans ce rôle ; ils n'avaient eu qu'à apprendre le dictionnaire des lieux-communs populaires; ce travail leur était facile, attendu qu'ils étaient habitués, pour briller dans les salons, à suivre les modes politiques, littéraires ou musicales. — Anatole France, en devenant un révolutionnaire distingué, n'est point sorti de sa famille intellectuelle ; il avait toujours composé ses livres en cueillant des bouquets dans les bibliothèques ; les socialistes utilisent infiniment plus souvent leur mémoire que les facultés d'observation dont ils peuvent être doués.
Depuis de nombreuses années, Salomon Reinach étudie l'histoire des religions avec l'intention d'utiliser ses recherches pour propager parmi les petits bourgeois un scepticisme analogue à celui qui existait chez les gens du monde à la fin du xviit siècle; il croit que la renaissance catholique du xiX' siècle ne fut qu'apparente, n'étant réellement qu'une manifestation des croyances qui existaient dans des classes arriérées que la Révolution avait fait