LA FIN DE L^ÈRE ALEXANDRINE
mais une idée de gens qui vivent en dehors de la production et prétendent la dominer pour en être les parasites; par conséquent, une idée de bourgeois, d'échangistes, de marchands; une idée d'intellectuels et de politiciens. M. Bergson, dans son
rant, cette centralisation fut nécessaire, et n'est-ce pas Proudhon lui-même qui a écrit dans la Justice ces lignes, qu'on sera sans doute étonné de trouver sous sa plume de fédéraliste et de décentralisateur pourtant assez convaincu : « Quoi qu'ait écrit Saint-Simon, avocat d'un ordre de choses évanoui; quoi que ressasse à sa suite une démocratie absurde, notre jugement sur Louis XIV doit être celui de Voltaire. Avant lui, il n'y avait pas eu véritablement de roi de France: c'était toujours un chef féodal. Il fallait un homme qui, faisant tout plier sous le niveau d'une loi commune, ralliât la nation et grandît la royauté en sa personne de tout l'abaissement de la noblesse. Pour ce rôle d'orgueil qui enchanta nos pères et servit de transition à d'autres Ans, Louis XIV fut sans pareil » (t. III, p. 393). La raison d'être essentielle du mouvement centralisateur ébauché par la monarchie et achevé par la Révolution et l'Empire, ce fut de détruire le particularisme féodal: et, comme je ne sache pas qu'on rêve de revenir à ce particularisme, s'il peut bien s'agir aujourd'hui de décentraliser et de transcender l'Etat moderne, le véritable jugement historique à porter sur la centralisation monarchique et révolutionnaire ne doit pas être un jugement de pure négation et de condamnation pure et simple; ce doit être un jugement largement compréhensif et qui montre h quelles Ans, comme dit Proudhon, le mouvement centralisateur doit servir de transition. {Note de 1913.)
Evolution créatrice, nous montre, par une fine et subtile analyse de l'idée d'ordre, que ce qu'on imagine comme étant l'absence de tout ordre, comme étant le désordre et l'anarchie, c'est tout simplement l'absence de l'ordre auquel on est habitué; en l'espèce, de l'ordre géométrique; mais qu'il y a un ordre vital qui, pour être tout l'opposé de l'ordre géométrique, n'en est pas moins un ordre, et même un ordre bien supérieur. On pourrait dire de même, que l'ordre gouvernemental est, dans le domaine politique, l'analogue de l'ordre géométrique; c'est celui auquel on est habitué, voilà tout; et que l'anarchie, ce spectre qui hante nos bourgeois... socialistes, et qu'on conçoit comme l'absence de tout ordre, est un ordre sans doute tout opposé à l'ordre gouvernemental, mais un ordre tout de même, et même un ordre bien supérieur, l'analogue de l'ordre vital. Et remarquez que l'analogie est d'autant plus exacte que, si la géométrie est la forme naturelle de notre intelligence, le gouvernement semble, lui aussi, la vocation naturelle de nos intellectuels: intellectuels et politiciens sont d'accord pour faire du métaphysique un prolongement du physique, lui-même conçu geometrico more, et du social ou économique un prolongement du politique ou gouvernemental. Mais la vérité, c'est que le métaphysique est l'inverse du physique, tout comme le social est l'inverse du politique ou du gouvernemental. Seule-