‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 100 sur 118 · XIX. Fabula. l · texte numérisé non relu

XIX. Fabula. l

Au même feuillet, sans titre, la fable suivante : '

Fertur, erat biais meretricibus.unus amator, . 7

Hœc œtate fuit marcida, floruit hœc.

Ille viro senior, junior sene, mfxtus utroque, Nec bene non canus, nec bene canus ërat. ' *'

Hune miserum dum quteque fcibi copit aséimilari, ■ < \ Fit neutri similis dissimilisque sibi.

(i) Du Congé, Glossarium, au 'mot CerevUia.

Alterutrûm quia dum gremiis incumbit earum, Huic junior canos, vellit anus reliquos.

Sic deformatum, depilem ridiculumque Exponunt populo. Ridet eum populus.

Ésope avait fourni la matière de cette fable, et, dans le recueil de Phèdre, c'est la seconde du livre II. L'abréviateur latin qu'on appelle Romulus ne l'ayant pas reproduite dans sa mauvaise prose, faut-il supposer que l'auteur des distiques, qui ne savait certainement pas le grec, a connu les sénaires de Phèdre et

s'en est inspiré ? Cette supposition serait sans doute mal fondée. Si Ton avait, au moyen âge, l'œuvre de Phèdre, on ne savait pas l'avoir, et cependant la fable dont il s'agit ici était alors une de ces historiettes banales que les prédicateurs avaient coutume d'introduire dans leurs sermons, pour les égayer un peu. Etienne de Bourbon nous atteste l'avoir entendu citer en chaire par un frère Mineur nommé Guillaume deCordelles (1). Elle a été aussi racontée par Jacques de Vit ri. Notons que, dans les sermons, le vieillard est un prêtre. Que n'osaient pas se permettre les prédicateurs de ce temps là ?

Mais l'auteur des distiques est-il Hildebert ?

Il existe une série de soixante fables, en vers de ce rythme, qui, souvent copiées, souvent imprimées, ont été tour à tour données à une vraie foule d'auteurs différents. On désigne Hildebert, Bernard de Chartres, Alain de Lille, Serlon, Gautier, Ugobard de Sulmone,

(I) Tvoctatus de divers, materiis} p. 590 de l'édit. de M. Lecoy de la Marche.

d'hildebert de lavardin 197

Geoffroi, Garicius, etc., etc. (1). Sans aborder l'examen de toutes ces attributions pareillement contestées, faisons du moins, connaître notre opinion en ce qui regarde Hildebert. « Je crois volontiers », dit un récent critique, « qu'Hildebert doit sa grande renom- « mée plutôt à ses fables qu'à ses autres poèmes (2). » Eh bien, cette croyance est une fausse opinion. Oui, sans doute, les soixante fables ont joui longtemps d'une grande vogue, mais sans contribuer aucunement à la gloire d'Hildebert. En effet on en possède des copies vraiment innombrables, et pourtant une seule de ces copies, qui n'est pas antérieure au xiv e siècle, nous est citée comme offrant son nom (3). Ainsi que le remarque à bon droit M. Du Méril, le moyen âge ignora Fauteur de ces fables populaires (4) ; ce sont les critiques modernes qui l'ont cru connaître, pais aucun n'a pu réussir à justifier sa propre conjecture. Les plus mal inspirés ont été, selon nous, ceux qui ont mis en avant le nom d'Hildebert. Ces fables, qui ne sont pas de son style, ne semblent pas même appartenir à son temps. ■■ t

Quoi qu'il en soit, les distiques que nous venons de reproduire manquent dans la collection des soixante fables. Si donc Hildebert n'est pas l'auteur de celte collection, cela ne veut pas dire qu'il ne le soit pas des distiques recueillis par Baluze. Mais sur quelle

(I) Édéi. Du Méril, Poésies inédites du moyen âge, précédées d'une histoire de la fable ésopique, p. 162.

(-2) Hébort-Duparroa, De Hitdeb. vita et script., p. 149.

(3) St. Eadlichor, Cat. cod. philoL* Vindob , p. 158.

(4) Poésies inéd. du woytn âge, p. 162.

autorité Baluze devait-il les publier sous son nom ? C'est là oe que nous regrettons d'ignorer.

Ces distiques ont été connus, au xvi* siècle, de Pantaléoa Weiss (Candidus), qui les a plus imités que les vers de Phèdre. Voici la narration du fabuliste autrichien :

Duas habebat concubinas vir senex, Canis respersus jam capillis tempora.

Hœ moribus fuere et ore dispares :

Juvencula hœc procaxque, tetrica altéra ; Benexque ut banc accessit aut eara, pilos Ita queeque dormienti ei sîbi dispares Evulsit, hœc nigros, sed iila candidos.

Sic il le fronte depilatus uudique Risurajocosque in urbe raovit omnibus (1).

Etienne de Bourbon cite ces deux vers, où la fable entière est ingénieusement abrégée :

Crine virura vario spoliabant Bacchis et Io.

Hœc facit ùt juvenem redderet, illa senem.

On en trouve une leçon différente dans le n° 8433 fol. 118, col. 2, de la Bibliothèque nationale. La voici :

Crine virum vario spoliant et Bacchis et Io, Ùt juvenis juvenem reddat, anusque senem.

Nous ne connaissons les auteurs ni de Tune ni de l'autre leçon. Ce sont probablement encore de malins écoliers.

(6) Delicix poet.germ. t. II,p«.i09.

d'hildêbert db LAVARBIN 109

Page 1