XXI. Cur Deus homo
Cette pièce s'offre à nous sous ces titres divers : Cur Deus homo, De incamatione Verbi, De modo salulis, et, le plus souvent, sans aucun titre. Le nom de Fauteur manque dans un grand nombre de manuscrits, comme, par exemple, les n 08 459 (fol. 216), 3088, 3696 B (fol. 18), 8321 (fol. 41) 8484 (fol. 30), 15149 (fol. 14) et 15172 (fol. 105) de la Bibliothèque nationale, 14834 de Munich, 215, 1331 et 1748 deTroyes, 415 de Saint- Omer, 145 et 239 de Valenciennes, 704 de Berne, et dans un volume de la bibliothèque Laurentienne décrit par Bandini (1); mais le nomd'Hildebert se Ut dans les n" 3696B (fol. 18), 13343 (fol. 40), 14867 (fol. 166), 15291 (fol. 152) de la Bibliothèque nationale, 663 et 887 de Troyes, 1565 de Vienne et 8304 de Munich. Ajoutons que, dans presque tous les manuscrits où cette pièce est anonyme, elle se rencontre entre des vers dont Hildebert est l'auteur incontesté. On ne pourrait donc hésiter à recevoir comme valable l'attribution de Beaugendre, quand elle ne serait pas confirmée par un témoignage encore plus considérable que celui des manuscrits. En des vers longtemps inédits, récemment publiés par M. Thomas Wright, Alexandre Neckam s'exprime ainsi :
Jam Cenomanis adest, cui magnus prœficit Hilde- Bertus, flos cleri pontificumque decus.
Plurima festive scripsit dictamina ; scripsit « Sicut hiems laurum, » — « Pergama flere volo, »
(1) Gâtai, cod. lai. bibl. Laurentianx, t. I, col. 656.
D'HILDEBERT DE LAVARD1N 49
Altarisque sacri docuit mysteria, necnon Causam qua Christus et Deus est ethomo,
Depinxitque stylo placide mores muliebres Multaque quœ gravis est enumerare labor (1).
Alexandre Neckam, qui brilla dans les dernières années du xn e siècle ; n'était pas encore né quand Hildebert mourut. Mais ce qui donne à son témoignage beaucoup d'importance, c'est qu'il était, en toute matière, un des hommes les plus instruits de son temps. Ayant lui-même, d'ailleurs, le goût de la poésie, il devait avoir fait une étude particulière des œuvres poétiques d'Hildebert. Ses indications sont donc très précieuses. Nous n'en négligerons aucune. Qu'il nous suffise présentement de constater qu'Hildebert est bien, suivant lui, l'auteur des vers dont il s'agit ici.
Cwr Deus homo? A cette question le prince des mystiques, saint Anselme, a fait une réponse verbeuse et peu claire, qu'il a pourtant regretté de n'avoir pu faire plus longue et conséquemment plus obscure. Celle d'Hildebert est si brève, si concise, qu'il s'est évidemment donné la tâche d'exposer en huit vers tout le dogme de la rédemption. Mais on no peut guère apprécier, d'après les textes donnés tant par Hommey que par Beaugendre, s'il l'a bien ou mal remplie. Non seulement il y a dans ces textes plusieurs mots altérés, mais il y a de plus une omission grave. Voici toute la pièce, corrigée sur les bons manuscrits et sur l'édition récente qu'en a donnée M. Mangeart d'après le n° 145 de Valenciennes (2) :
(1) Alex. Neckam, edente Th. Wright, p. 454.
(2) Mangeart* Calai, des man. de Valenciennes, p. 129.
Adaepeccatum quae conveniens aboleret Victima?Numquidhomo?8ed et hicreus ; undeplaceret ? Angélus, an fruges, an vacca? Sed hostia talis Natura dispar, pretio minor, esset inanis.
Hœc eadem quœ displicuit natura placere Debuit, atque aliquid quo pacificaret habere. Ergo fuit quœrendus homo cui, prœter id ipsumf Quod puri est hominis, quiddam foret unde placer et (1). Unitur carai Deus, et natura creatrix Quod redimit recipit, fit et ipsa redempta redemptrix. Par homini quia verus homo, sed dignior ortu, Dissimilis culpa, deitate potentior idem.
Quem quia non genuit ex lapsu nata voluptas, Justuspro lapsis agit occisusque pérorât; Hostia sufficiens quœ cœlos cive replevit, Qua furor offensi cecidit, qua gratia crevit ; Antidotum felix quo vulnera nostra cotisèrent. Angélus exsultat, homo gaudet, Tartara mœrent.
Ces vers manquent d'élégance ; mais il est évident que le poète n'a recherché que la concision. Dans le n° 16699 (fol. 181) de la Bibliothèque nationale, ils sont attribués à saint Anselme. On comprend d'où l'erreur est venue. Il suffit de la signaler.