LXXXV. De Mathilde, regina Anghrym
Hildebert a plus (f une fois célébré les vertus de la reine Mathilde. Les vers de cette pièce ne sont pas, d'ailleurs, d'une facture banale, Il nous paraît donc vraisemblable qu'il sont de lui. Cependant noua n'en connaissons aucune copie, avec ou aans nom d'auteur,
LXXXYI. Ad virgintm quamdam versu ptritiuimam.
Nous insisterons davantage sur cette épître, dont le sujet est plus intéressant et dont le mérite est plus grand. Le poète chassé de son pays et vivant dans la solitude de l'exil, une femme, une vierge, virgo, lui a fait parvenir un compliment de condoléance, écrit en vers, en vers latins; ce dont le poète la remercie dans les termes les plus courtois, les plus touchants ;
Tempora prisca decem se jactavere aybillis Et vestri sexus gloria magna fuit;
(i) Hist. mu de la France, t. XIV, p. 993.
(2) Thesaur. epitaph., p. 104. • .
Ûnius îngenio prœsentia sœculà gaudent
QUDd (1) non ex toto virgine vate carent.
Nunc quoque sunt homini quœdam commercia divûm,
Quos puto, nec fallor, virginis ore loqui.
Mente tua posuere dii pettetrale verendum,
Osque tuum vatem constituera summ.
Ore tuo quœcumque fluunt vigilata priorum
Transcendunt, solis inferiora diis.
Quidquid enim spiras est immortale, tuumque,
Tanquam divinum, mundus adorât opus.
Deprimis îngenio vates celebresque poetas, "
Et stupet eloquio sexus uterque tuo.
Carmina missa mihi decies spectata revolvens,
Mir&r et ex adytis îllà venire reor.
Non est humanthn tam sacros passe labores,
Nec te, sed per te nu mina credo loqui.
Pondéra verborum, sensus gravis, ordo venustus
Multum divinse conditionis habent.
Cum miror quanta se majestate tuentur,
Parcius exsilii triste recordor onus.
Forsitan ignoras; sed ego, dum tutor honestum,
Dum sacri partes ordinis, exsul agor.
Exsilii curas et pondéra dura laborum
Alleviare potes carminé, virgo, tuo.
Allevies oro, nec quem Fortuna relinquit
Linquere, Fortunœ tu cornes ipsa, velis!
Ne mihi verba neges! Levius nil poscere possum.
Nil a te spero si mihi verba neges.
Exsulis obsequium nisi cujus forte récuses,
Exsul in obsequium nitar ubique tuum.
L'élégance, la correction, le style, à part quelques mots, vraiment classique et la pleine harmonie de ces
(1) Dans Beaugendre : EL Nous corrigeons le texte de Beaugendre, en quelques endroits très corrompu, sur les n°« 3761, 14194 (fol. 164) de la Bibliothèque nationale et sur une copie de Baluze; Pap.,n» 120.
D f HILDEBERT DE LAVÀRDIN 137
vers sont assurément très remarquables ; mais on rémarquera bien plus encore, dans le ton du 'poète, les raffinements de son exquise urbanité.
Ce poète si poli dans un tfmps si barbare ne peut être qu'Hildebert. fies contemporains ont médit de ses mœurs. Il était, disait-on, en commerce habituel et public avec des femmes légères; on lui reprochait même d'avoir eu d'elles plusieurs enfants* C'est ce dont l'accusa, sur le rapport de certains clercs manceaux, un très grave personnage, Yves de Chartres (1). On prétend aujourd'hui que ce rapport avait été fait par des gens envieux et conséquemment indignes de confiance. Admettons qu'ils aient chargé le portrait. Excusé des grands désordres qui lui furent imputé s avec tant d'injustice, que sera pour nous Hildebert? Non plus un libertin, mais non pas un ascète : un prélat de belle humeur, aisément aimable avec les femmes et narguant sur ce point le rigorisme de qui mal y pensait. Voilà bien, comme il nous semble, l'auteur des vers qu'on vient de lire.
Ils ne sont, d'ailleurs, attribués qu'à lui. Dans le n° 3761 (fol. 68) de la Bibliothèque nationale, ils sont mêlés à des vers d'auteurs variés ; mais ils sont réunis à d^autres poèmes d'Hildebert dans le n° 14194 (f> 164) de la même bibliothèque et dans un manuscrit de Vienne décrit par M. Endlicher (2). Enfin Baluze les a copiés sous son nom pour l'édition qu'il préparait, n° 120 (fol. 319).
(1) Hist. litt. de la France, t. XI, p. 255 et suiv.
(2) Catal. œd. philoL Vindob., p. 175.
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