‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 70 sur 118 · XCII. Ad Hugonêm · texte numérisé non relu

XCII. Ad Hugonêm

Cette épigramme contre un poète obscur se trouve, avec quelques différences, dans les n ' 3761 (fol. 68) et 14194 (fol. 160) du fonds latin de la Bibliothèque nationale, ainsi que dans le n° 120 des papiers de Baluze (fol. 328). La place qu'elle occupe dans le n° 14194 prouve que le copiste Ta transcrite comme étant d'Hildebert. Il ne s'est peut-être pas trompé.

Pourquoi Beaugendre n'a-t-il donné qu'une épigramme sur ce méchant poète ? Il y en a deux, Tune à la suite de l'autre, dans les papiers de Baluze, et elles sont, à n'en pas douter, du même auteur. Voici la seconde ;

Obscures versus facis, Hugo, parumque latinosi Quos Vitio lingu© vix reticeft potes*

Vis videam versus? Expone latinius illos, Yel taceas. Melius si reticere potes.

Nous ne connaissons en France, au commencement du xn° siècle, qu'un poète latin de ce nom; c'est Hugues Primat, ou plutôt Hugues, primat des écoles d'Orléans. Ajoutons que ses vers facétieux sont généralement obscurs et d'une très mauvaise latinité. Il est donc possible que les deux épigrammes le regardent.

XC1II. De avaro promissore.

C'est encore une épigramme. Le manuscrit où Beaugendre l'a prise est le n° 5129 (fol ; 105) de la Bibliothèque nationale, où elle ne porte le nom d'aucun auteur. Elle est également anonyme dans le n° 825 de Douai. Nous regrettons de ne pouvoir confirmer l'attribution de Beaugendre, car la pièce est plaisante et bien tournée.

XGIV. Enigma.

Hildebert a dû faire des énigmes; s'étant exercé dans presque tous les genres de poésie, il n'a pas sans doute négligé celui-là. Cependant il n'est peut-être pas l'auteur de la seule énigme que lui donne Beaugendre. Dans le n° 5129 (fol. 105), d'où Beaugendre l'a tirée, ainsi que dans le n° 825 de Douai, elle est sans nom.

XCV. Conclusio operum metricorwm Hildeberti, forte cum ex Anglia in Galliam transfretaturus esset.

C'est encore un titre de Beaugendre. La pièce n'a pas de titre dans notre n° 5129 (fol. 105), le seul

mamjscrit où l'éditeur l'ait rencontrée, et l'on s'étonne, après avoir parcouru la pièce, qu'il Tait assez mal comprise pour l'intituler ainsi. On s'étonne bien plus encore de trouver dans l'Histoire littéraire, non pas la juste censure, mais cette amplification d'une telle bévue : « L'éditeur a terminé le recueil des poésies « d'Hildebert par une pièce de dix-sept vers hexamè- « très, qui est une invocation que le poète fait aux « Muses, étant sur le point de s'embarquer, pour ob- « tenir un temps favorable. Il la composa apparem- « ment l'an 1099, lorsque, après la prise du Mans « par Guillaume le Roux, il fut obligé d'accompagner « ce prince en Angleterre, ou lorsque, ayant obtenu « sa liberté, il s'embarqua pour revenir en France. « D. Beaugendre aurait pu faire un meilleur choix, et « donner, à la fin de la collection des poésies de ce « prélat, quelque pièce qui lui fît plus d'honneur. On « serait plus édifié en voyant un successeur des apôcc très s'adresser, comme eux, à celui auquel la mer « et les vents obéissent, que do le voir invoquer les « Muses pour obtenir une heureuse navigation : lan- « gage profane, qui devrait à jamais être banni de la « bouche des chrétiens ! » Ne croit-on pas avoir entendu la voix formidable de Bossuet tonnant contre le pauvre Santeuil ? Eh bien, cette sévère réprimande est faite à contre-temps ; il ne s'agit pas plus dans la pièce d'un voyage en Angleterre que d'un retour en France, et le successeur des apôtres n'a pas commis l'inconvenance d'invoquer les Muses, plutôt que Dieu, la Vierge ou les saints, avant de quitter sur un frêle esquif les eaux de Calais ou de Douvres. Beaugendre

et ses confrères ont pris une fiction poétique pour une réalité. Le poète réveille ses Muses :

Haotenus, ô Mus», somno satis et satis usœ ;

vous avez, leur dit-il, trop dormi. Maintenant, à la besogne! Enflez ma voile et guidez mon navire! Clio, Galliope, soyez mon Auster et mon Palinure, mon vent propice et .mon habile pilote! C'est l'exorde d'un poème. Rien de plus banal que cet exorde. Il semble néanmoins que l'auteur ait craint de n'être pas un jour bien entendu par tout le monde. Nous voyons, en effet, qu'il a pris la peine d'expliquer son allégorie. Sumratis, dit-il ; c'est # moi, j'en préviens, qui suis le navire. Mais Beaugendre et ses confrères n'ont pas mieux compris cette explication que le reste.

Quel est, d'ailleurs, l'auteur de ces vers médiocres ? On ne le sait. Ils suivent, dans le manuscrit, le Somnium de lamentations Piotavensis eoclesiœ, qui n'est pas, on l'a dit, d'Hildebert. On reconnaît que l'auteur est moderne à sa langue comme» à sa métrique ; mais c'est là tout ce qu'on peut dire de lui.

Ici fiait l'examen des pièces publiées par Beaugendre sous le titre commun de Carmina miscellanea. En résumé, Ton peut ainsi diviser les attributions de cet éditeur. Les unes sont reconnues bien fondées ; d'autres, en nombre à peu près égal, sont d'une évidente fausseté ; beaucoup, nullement justifiées, doivent être réputées douteuses. Nous allons maintenant faire connaître les pièces du même ordre, qui, manquant à l'édition de l'année 1708, ont été, soit avant, soit depuis, imprimées sous le nom d'Hildebert.

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