‹ Les mélanges poétiques d'Hildebert de LavardinChapitre 69 sur 118 · LXXXIX. Epitaphium Senecœ · texte numérisé non relu

LXXXIX. Epitaphium Senecœ

C'est encore d'après son manuscrit de Tours que Beaugendre nous a donné cette épitaphe sous le nom d'Hildebert. Il ignorait sans doute qu'elle avait été déjà publiée par Nicolas Çhamart, dès l'année 1621, sous le nom de Philippe, abbé de Bonne-Espérance. Nicolas Ghamart ne savait pas davantage que, dès l'année 1590, Pierre Pithou l'avait insérée dans son recueil d'épigrammes, Epigramma etpoematia vetera, p. 96, comme appartenant à l'antiquité profane. Le P. Labbe, ordinairement trop enclin à reproduire les attributions de dom Ghamart, s'est rangé cette fois du côté de Pithou ; il a donné cette épigramme, sans aucun nom, après celle de Lucain, comme étant Tune et l'autre du même temps (1). On en pourra lire une édition meilleure que celle de Beaugendre dans l'Anthologie latine de Burmann, n° 228, dans celle de M. Henri Meyer, n° 838, et dans celle de M. Alexandre Riese, n° 667. Nous la trouvons aussi reproduite dans plusieurs catalogues : par M. Mangeart, dans celui de la bibliothèque de Valenciennes (2) ; par M. Mucciolo, dans celui de la bibliothèque Malates-

(t) Thesaur. epitaph., p. 6.

(2) Mangeart, GataL des man. de Valenciennes, p. 363.

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tine (1). Avec Pithou, Labbe, Burmann et M. Meyer, M. Biese la tient pour antique. Il est évident qu'elle n'est pas d'Hildebert, puisqu'on en connaît des copies du ix e siècle. C'en est une de cette date que nous offre le n° 373 de Valenciennes* Le nom de l'auteur manque dans tous les manuscrits qui nous sont connus, notamment dans les n 08 6630,8319 (fol. 40), 13468 (fol. 77, bis) de la Bibliothèque nationale, 903 (fol. 170) del'Arsenal, 215 de Troyes, 206 de Gharleville, 459 de Laon, 211 de Berne, 28 de laMazarine, et dans les deux manuscrits de Valenciennes et de la Malatestine. Elle appartient sûrement à l'antiquité si le témoignage que nous allons produire mérite une entière confiance. Un volume de la Bibliothèque nationale, inscrit sous len° 162 parmi les manuscrits latins de récente acquisition, contient un recueil d'inscriptions latines recueillies au xvn c siècle, à Rome et dans les villes voisines, par un épigraphiste italien. Or, la première de ces inscriptions est notre épitaphe de Sénèque. Deux manuscrits de Vienne, désignés par M. Endlicher sous les n 08 174 et 3380 (2), l'attribuent à Sénèque luimême : A se dictatum. Mais c'est là, comme il semble, une conjecture du xiv 6 siècle. Elle n'est pas facilement acceptable.

XG. De Hermaphrodite.

Maintes fois publiée, d'abord par Laurent Valla, puis par Nicolas Perotti, G y raidi, Joseph Scaliger,

(1) Catalog. cod. mon* Malatest. bibl. a J. Mar. Muccîolo; t. II, p. 131.

(2) Endlicher, Cotai cod. phUol. Vindob., p. 95, 104.

Pierre Pithou, Fabricius, La Monnoye, Burmann, M. Meyer, M. Riesê, etc., cette épigramme a joui longtemps de la plus grande célébrité, tous les critiques s'étant accordés à la trouver d'un rare mérite. « L'Anthologie entière, dit La Monnoye, n'a rien de « mieux tourné, de plus fin ni de plus joliment ima- «r giné (1) ». Quoique cette admiration soit évidemment excessive, elle n'a guère rencontré de censeurs. Avant La Monnoye, Politien et Lascaris avaient mis la pièce en vers grecs, et Doublet, M Ua de Gournay, en vers français. Il se pourrait même que, depuis La Monnoye, elle ait été traduite dans toutes les langues

connue s * Quel en est l'auteur? Laurent Valla l'attribuait à un

poète de Vicence qu'il appelait en latin Duplex (2). Il voulait dire Pulex, c'est-à-dire Pulci ou Pulice, de Custozza, bourg voisin de Vicence, lettré de quelque valeur. Plusieurs manuscrits cités par M. Hiese offrent, en effet, ce nom de Pulex* Mais ce sont des manuscrits* trop récents pour mériter aucune confiance. Pulci de Custozza, qui vivait dans la seconde moitié du xiv e siècle, n'est certainement pas auteur d'une épigramme dont on a des copies qui portent la marque du xn g . D'autres manuscrits, un que cite Bandini dans son catalogue de la bibliothèque Laurentienne (3) et le n° 8413 (fol. 47) de la Bibliothèque nationale, volume

(t) La Monnoye, Œuvres choisies, U III, p. 418. On trouvera le môme travail de La Monnoye sur cette épigramme dans le quatrième volume du Menagiana.

(2) Lucubrationes aliquot L. Valise* 1632; p. 338.

(3) Angélus Maria Bandinius, Catalog, cod. lat. UbL Laurefa tîanx, t. II, col* 111.

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du xv 6 siècle, nomment l'auteur Antoine de Palerme. Cette attribution avait été connue de Politien, qui Ta condamnée pour s'en tenir à Pulci de Custozza. Fabricius Ta néanmoins acceptée sans aucune méfiance (1); ce qui nous impose l'obligation de prouver qu'elle n'est pas mieux fondée que l'autre. Antonio Bologna Beccadello, qu'on a coutume d'appeler An* toine de Palerme, mort en 1471 à l'âge de soixantedix-huit ans, est postérieur de près d'un siècle à Pulci de Custozza. La Monnoye nous explique, d'ailleurs, par quelle méprise on avait mis l'épigramme à son compte. Antoine de Palerme avait fait, dans sa jeunesse, un recueil de vers très obscènes, qu'il avait intitulé, parce que ces vers concernaient l'un et l'autre Sexe, Herrrïaphroditus. Peu de gens les avaient lus ; mais on en avait beaucoup parlé, même en chaire, la chaire étant alors une tribune où Ton parlait de tout. L'intention des prédicateurs avait été de déshonorer ce poète cynique ; mais ils n'avaient réussi qu'à le rendre célèbre. Comme pour le féliciter d'avoir mérité les vives censures des prédicateurs, on le surnomma lui-même Y Hermaphrodite .' Joannes Antonius Hermaphrodita. Fabricius a donc simplement confondu le titre d'un recueil et celui d'une épigramme. Cela ne peut surprendre; les bibliographes écrivent dur les livres, mais ne les lisent pas.

Pour trouver Jouteur de cette épigramme nous devons remonter beaucoup plus haut. En l'attribuant à

(!) Biblioth. med. et inf. xtatis, 1. 1, p. 130. Fabricius doit plus loin, t. VI, p. 23, oublier cette attribution et publier le môme poème sous le nom de Pulex de Custodia*

Pulex, qu'il appelle antiquus poeta, Politien a pensé peut-être la restituer à l'antiquité profane. C'est ainsi, du moins, que Gyraldi (1), Bentini, Nicolas Bourbon et d'autres encore ont compris ces mots antiquus poeta dans le texte de Politien. Mais rembarras était qu'aucun ancien n'avait parlé de ce Pulex. C'était d'ailleurs, pour l'auteur d'une épigramme si belle, un bien vilain nom. Voilà sans doute ce qui l'a fait attribuer à Pétrone. La Moniïoye ne paraît pas avoir connu cette attribution.. Cependant la tradition l'a presque consacrée. Ouvrez une des plus récentes éditions de Pétrone; la pièce y est encore (2). Est-ce la place qui lui convient? Cela n'est aucunement prouvé. La critique, recherchant une preuve, n'a trouvé qu'une conjecture, faite sans doute au hasard, ainsi que tant d'autres. Il parait néanmoins généralement admis que cette pièce est de quelque poète profane, peut-être contemporain de Pétrone. C'était l'opinion de Pithou, de Scaliger; c'est encore celle des derniers éditeurs de V Anthologie latine. Nous allons la combattre. D'abord le style del'épigramme semble prouver qu'elle est moins ancienne :

Dum mea me mater gravida gestaret in alvo,

Quid parent fertur consuluisse deos.

Phœbus ait : Puer est ; Mars, femina, Junoque neutrum ;

Jam qui sum natus hermaphroditus eram.

Queerenti lethum Dea sic ait : Occidet armis ;

Mars, cruce ; Phœbus, aqua. Sors rata quseque fuit.

(i) Lilii Greg. Gyraldi De poetarum histor. Dialogus decimus. Gyraldi Oper. t. II, col. 503.

(2) Le Satyricon (trad. de M. Ch. Héguin de Guérit) ; édit. Panckouke, t. II, p. 272.

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Arbor obumbrat aquas ; ascendo; labitur ensis Quem tuîeram ; casu labor et ipse super.

Pes haesit ramis, caput iacidit amne, tulique Vir, mulier, neutrum, fluroina, tela, crucem (1).

Nous ne reconnaissons pas, disons-nous, au style de ces vers, la façon, l'air indéfinissable de la poésie antique. A cette observation générale s'en joignent de particulières. Ainsi nous remarquons la licence du quatrième vers. Les anciens ont sans doute usé de cette licence, mais avec discrétion ; le cas est rare et même très rare. Les poètes du moyen âge en usent, au contraire, à toute occasion, sans aucun scrupule. De plus, la construction

tulique

Vir, mulier, neutrum, flumina, tela, crucem,

est tout à fait dans le goût du xn e siècle ; ce laborieux arrangement de mots est même, pour ainsi parler, le cachet de presque toutes les épigrammes composées en ce temps-là.

On a fait une autre objection à la conjecture de Scaliger et de Pithou. Suivant dom Liron et les auteurs de V Histoire littéraire , l'épigramme que nous venons de citer est P abrégé de l'autre, que Scaligçr et Pithou n'ont pas connue. Le défaut de la première était un luxe d'an, tithèses superflues ; le mérite de la seconde est d'avoir,

(i) A ces vers Y Anthologie ajoute ce distique, qui manque dans la plupart des manuscrits, et qui nous parait mal terminer la pièce :

Nescio quem sexum mihi sors extrema reliquit Félix si sciero cur utriusque fui.

dit-on, réduit la première à si peu de mots qu'on n'en peut retrancher un seul. Or la première n'est pas antique ; étant plus longue, elle offre bien d'autres infractions aux règles de la vieille langue et de la Vieille métrique ; on peut môme remarquer qu'il ne lui manque aucun des signes auxquels un poème du moyen âge est facilement distingué. Ainsi la première étant moderne, la seconde Test pareillement. Alors nous n'avons plus qu'à chercher l'auteur de la seconde parmi les poètes qui vécurent après Riga, puis* que nous savons maintenant qu'il est l'auteur de la première.

Mais si le moyen âge nous a laissé beaucoup d'àbrévations, nous avons reçu de lui des amplifications non moins nombreuses. Il est donc bien possible que le plus long des poèmes sur l'hermaphrodite ait été composé sur le plus court.

Quoi qu'il en soit, le plus court ne se trouve pas en des manuscrits très anciens. Il nous est offert par les n M 3761 (fol. 69), 7596 A (fol. 164), 14194 (fol. 164) de la Bibliothèque nationale, 115 de Saint-Omer, 2521 (1) et 4013 de Vienne, 350 dé Munich, 344 de la reine Christine, au Vatican (2) et 53 de Digby (3). Eh bien, tous ces manuscrits sont du xn* ou du xm* Jièclé. On ne cite pas une seule copie de la plus courte épigramme qui soit antérieure à cette période du moyen âge où

(1) Voir Endlicher, Catdl. coi. philol. Vindob., p. 70.

(2) Hist. UU. de la France, t. XV, p. xvi. — Notic. et extf. dé man*. t. XXIX, deuxième partie, p. 330.

(8) Paul Moyer, Arch. des missions, 1868, p. î$0.

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fut commencée la renaissance poétique par quelques imitateurs de Virgile, d'Ovide et de Martial.

On peut de là, comme il nous semble, sûrement conclure que la seconde pièce, si souvent imprimée, appartient à quelqu'un de ces imitateurs! et, sans con» tredit, à l'un des plus habiles. Est-ce Matthieu de Vendôme ? Est-ce Hildebert?

XC1. De oppositis.

Beaugendre a publié ces quatre vers d'après son manuscrit de Tours, et nous ne les rencontrons pas ailleurs. Ils nous semblent, il est vrai, composés suivant le goût d'Hildebert ; mais c'est là tout ce que nous pouvons en dire.

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